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Économie

Pour le FMI, le Liban doit entièrement revoir son système de retraites

Rapport

Dans un récent rapport, le Fonds monétaire international pointe aussi bien du doigt l'iniquité des régimes actuels que leur difficile soutenabilité à long terme en l'absence de réformes.

14/04/2016

Sous-financé et inéquitable, le système de retraite libanais n'est pas viable à long terme : tel est la conclusion d'un rapport du Fonds monétaire international (FMI) publié en mars dernier sur le sujet. « Bien que les dépenses de pensions publiques pour le Liban soient actuellement équivalentes à 3 % du PIB – soit deux fois moins que dans les pays émergents –, la population libanaise est celle qui vieillit le plus rapidement parmi les pays de la zone Mena, tandis que son filet de protection sociale pour les personnes âgées est très insuffisant par rapport aux normes internationales », résume le rapport.

 

Différences radicales
L'étude rappelle d'abord l'iniquité du système, due notamment aux différences radicales de traitements entre les catégories d'ayants droit. « Le Liban n'offre pas encore de sécurité sociale pour les retraités dans le secteur privé, de sorte que les personnes âgées sont laissées sans couverture santé, ni régime de pension de retraite », déplore Ursula Kulke, spécialiste régionale de la sécurité sociale à l'Organisation internationale du travail (OIT). Ainsi, la majorité de la population libanaise, ceux travaillant dans le secteur informel ou les entrepreneurs à revenus modestes, n'est incluse dans aucun régime de retraite. De leur côté, les membres de certains ordres professionnels – comme les médecins ou les avocats – ont mis en place leurs propres caisses de retraite. Quant aux salariés des entreprises privées et publiques, ils ne bénéficient pas non plus d'un système de rente mensuelle mais d'un régime d'indemnités de fin de service (IFS), géré par la Caisse nationale de sécurité sociale (CNSS) et financé par l'employeur via une cotisation obligatoire de 8,5 % du salaire de l'employé. Après 64 ans ou après vingt ans de service, le salarié touchera un versement unique d'un capital égal à un mois par année travaillée, basé sur le dernier salaire du travailleur, plus un salaire mensuel et demi par année d'activité au-delà des vingt premières années. S'il cesse de travailler avant, il ne touchera qu'une partie de ses indemnités en fonction des années cotisées. De plus, toutes les prestations prennent fin au moment de la retraite, y compris la couverture maladie.


A contrario, les agents publics (fonctionnaires civils, enseignants et militaires) bénéficient, eux, d'un véritable système de pensions, géré par le ministère des Finances et financé par les cotisations des agents actifs (6 % de leur traitement) et de manière complémentaire par le budget de l'État. Pour moins de vingt années d'activité, l'agent public touchera un versement forfaitaire unique (85 % du traitement multiplié par chaque année travaillée pour les 10 premières années, et par deux pour les 10 années suivantes) ; et pour plus de vingt ans d'activité, il aura le choix entre une IFS et un système de pension (85 % du montant du dernier traitement) ; enfin, pour plus de 40 années, il touchera en sus de cette traite mensuelle une indemnité (85 % du montant du dernier salaire multiplié par trois pour chaque année travaillée après 40 années de service). De plus, les retraités du secteur public conservent leur couverture santé à vie.

 

Pas de consensus politique
Le FMI pointe également du doigt la viabilité financière de ce système à long terme, compte tenu de la démographie libanaise. Car le pays du Cèdre a l'espérance de vie la plus élevée de la région – elle était de 80 ans en 2012 et est estimé à 86 ans en 2050 – et le taux de fécondité le plus faible – soit 1,5 enfant par femme en 2012 contre 2,7 en moyenne dans la zone Mena. Par conséquent, « en 2050, il y aura 10 travailleurs soutenant 3 retraités au Liban, par opposition à 10 travailleurs pour 2 retraités dans la zone Mena », prévoit Najla Nakhlé, directrice du bureau du FMI au Liban et coauteure de l'étude. Dans ce contexte, les dépenses pour les systèmes de la fonction publique et du privé devraient tripler entre 2014 et 2050, à respectivement 9 % et 1,5 % du PIB. Pour contenir cette tendance, le FMI préconise notamment l'augmentation de l'âge de la retraite: « Pour le secteur public, augmenter l'âge de retraite de 4 ans d'ici à 2030 pourrait réduire les dépenses de 1,8 % du PIB en 2050, contre une diminution des dépenses de 0,4 % du PIB en 2050 si l'âge de la retraite augmente de 5 ans dans le secteur privé », indique-t-elle.


Mais l'ensemble des acteurs interrogés appellent surtout à réformer le système en profondeur. « Il faudrait un mécanisme de pensions unifié garantissant une couverture minimale à ceux qui n'en bénéficient pas, ainsi que l'extension de l'assurance-maladie après la retraite. Dans ce cadre, l'OIT reconnaît les efforts du gouvernement qui travaille depuis quelque temps sur le dossier », explique Ursula Kulke.


Une proposition de loi, préparée avec l'assistance technique de la Banque mondiale (BM) et de l'OIT a été soumise en 2014 au Parlement. Elle vise notamment à reformer le régime du secteur privé pour mettre en place un système de pension de retraite. Le texte assurerait également l'assurance-maladie à vie, ainsi qu'une pension mensuelle minimale à 80 % du salaire minimum et plafonné à sept fois le salaire minimum pour tous les retraités âgés de 64 à 68 ans, avec une clause encadrant les préretraites à 60 ans. « S'il existe un consensus sur les points techniques, il y a une divergence politique entre ceux qui prônent le rattachement du système de pension à la CNSS, et ceux qui souhaitent qu'il en soit totalement indépendant. La proposition est donc bloquée », indique le président de la commission parlementaire de la Santé, Atef Majdalani.


Un sort qui rappelle ses précédentes moutures. Deux versions antérieures avaient déjà été proposées en 2004 et 2011 – avec l'assistance technique de la BM et de l'OIT –, mais n'avaient jamais été adoptées. « Ce sont des réformes difficiles qui nécessitent un consensus politique qui fait défaut. Or l'inaction ne contribue qu'à l'épaississement du problème, alors que les dépenses de retraites absorberont une part de plus en plus importante des ressources publiques », rappelle Najla Nakhlé.

 

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