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Cinema-

Danielle Arbid : « Ce film devait exister, à tout prix »

Après Dans les champs de bataille, Un homme perdu ou Beyrouth Hotel, Danielle Arbid retourne au Liban pour affirmer sans aucune crainte son cinéma.

Danielle Arbid : « Le cinéma est désir. » Photo Julien Lienard

Cette Libanaise qui parcourt les rues du Paris des années 1990 est la jeune Manal Issa. Mais elle est aussi la réalisatrice Danielle Arbid, qui à l'âge de 17 ans s'est établie en France pour étudier le journalisme et la littérature. Elle en est aujourd'hui à son quatrième long métrage (et multiples documentaires) à la recherche de son identité ou sa place dans la vie. Le cinéma, c'est son monde, sa seconde vie. Et elle témoigne de cet amour avec fougue, sensualité mais aussi avec un réalisme qui fait dire qu'elle s'inspire des écrivains naturalistes. Pour Émile Zola qui considérait que « le romancier est fait d'un observateur et d'un expérimentateur [...]
les seules œuvres grandes et morales sont les œuvres de vérité ». À l'occasion de la sortie de son dernier film Peur de rien (le film est intitulé Parisienne hors France), la réalisatrice parle de cette vérité à
L'Orient-Le Jour.

 

Chaque film est une aventure pour vous, comment la vivez-vous ?
D.A. J'ai une relation très affective avec mes films. Ce n'est ni un rapport logique ni scientifique. Je suis donc une personne très émotive et j'aime mes films d'après ce que j'ai vécu sur le tournage. Peur de rien se rapproche à 90 % d'un rêve abouti. Ainsi si on revient par exemple à Beyrouth Hotel qui était une commande pour Arte, m'étant querellée avec l'acteur durant le tournage, j'ai dû achever le tournage plus par devoir que par plaisir. Néanmoins ce long métrage m'avait permis de vivre cette autre expérience. Quant aux trois autres, ils sont reliés par un fil peut-être indicible mais lisible pour moi. Le premier, Dans les champs de bataille, raconte la colère, le second, Un homme perdu, la perdition, et celui-ci, Peur de rien, représente l'apaisement, l'arrivée. C'est ce que j'ai compris a fortiori. Ce film devait exister, à tout prix.


Vous semblez aimer vos acteurs. Comment les dirigez-vous ?
Je ne peux filmer quelqu'un que je n'aime pas. D'ailleurs le casting a nécessité beaucoup de temps contrairement au tournage qui a eu lieu en un mois (avec soixante décors et un petit budget, il faut le faire !).
Ces jeunes acteurs français sont des trésors. Quant à Manal Issa, c'était une trouvaille. Ma priorité, c'était de trouver une fille qui se sente étrangère dans un pays. Mais également une jeune fille libre qui ressemble un peu à Marianne Feghali (actrice des Champs de bataille). J'ai retrouvé ce profil en Manal, laquelle n'a jamais fait de cinéma. Par ailleurs, ma direction d'acteurs ressemble à de la cuisine. Même si le rôle est écrit, l'acteur et moi fabriquons ensemble le personnage, à force de conversations et de côtoiements. De plus, je suis toujours au-dessus de leurs épaules.

 

Que raconte exactement Peur de rien ?
Dans ce film, je raconte d'abord une histoire, puis deux, puis trois. L'évolution d'une jeune fille qui arrive dans un pays inconnu et qui essaye de se frayer un chemin. Je n'essaye ni de provoquer ni de faire un film à sensations fortes, mais simplement dire la réalité de cette jeune fille à travers ses expériences : avec les hommes, ses amis, sa famille. Je voulais raconter comment elle regarde la France, non pas la France qui la regarde. Tout comme moi, Lina (Manal Issa) apprend petit à petit à aimer l'Hexagone. Comment connaît-on un pays ? En ayant une relation avec lui, en observant ses habitants, qui mangent, qui s'amusent, qui parlent et aiment.

 

L'érotisme est-il un langage essentiel dans vos films ?
J'aime filmer les corps et leur grâce. Non pas l'acte sexuel en soi. Alors pourquoi ne pas redonner cette grâce aux corps qui sont malmenés en Orient. Le cinéma est désir. Il est fait pour représenter des corps désirables et non fermés. La caméra est mon outil. C'est elle qui me permet d'être proche de mes acteurs et de sentir leur souffle.

Distribué par MC et après Toronto et la France, Parisienne ou Peur de rien est dans les salles beyrouthines.

 

 

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