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Culture

Bachar Mar-Khalifé à Beyrouth, les yeux fermés

Concert

L'artiste a hypnotisé pendant plus d'une heure un Music Hall conquis par sa poésie
et subjugué par sa technique. Et surtout par celle de son batteur de 18 ans.

11/04/2016

Dès l'arrivée dans la salle du Music Hall, on sent une attente, une excitation. De très bons échos ont précédé l'arrivée de Bachar Mar-Khalifé et l'écoute de son troisième album, Ya Balad, est un must depuis plusieurs semaines. Mais l'excitation se fait surtout parce que l'artiste a acquis sa nouvelle notoriété grâce à des prestations scéniques remarquées et impressionnantes, notamment dans une ancienne église au festival de Groningue, le 15 janvier dernier. Les spectateurs beyrouthins vivront cependant une expérience unique en comparaison des publics européens ayant eu droit à son talent. Ils comprendront les paroles chantées en arabe et vivront donc les chansons de manière moins sensuelle. Pour des non-pratiquants, l'arabe chanté et la manière de chanter en arabe donnent des airs de prière, renforçant le côté sacré du concert. Il règne d'ailleurs dans la salle une atmosphère de recueillement quand commence le spectacle.

Les longues volutes qui ouvrent le show et le morceau Madonna, écrit par son père Marcel Khalifé, comme un hommage au créateur et à son berceau, ressemblent à des orgues joués en la cathédrale d'Uzès. Connu de tous, ce titre permet à Bachar de se présenter en douceur tout en imposant son style, à la fois poétique et doux, hypnotique et puissant. La trinité piano-batterie-basse est ici en osmose totale, en communion très solennelle. Et même si la structure des morceaux a tendance à se répéter, et donc à les faire se ressembler, un concert est toujours sublime par ses interprètes. On sent plus que des affinités musicales, on sent du respect, de l'amour dans les regards que s'échangent les artistes. Choisissant ses présentations de manière très concise, on sent l' « émotion d'être à Beyrouth » du prophète des claviers, présentant ses partenaires comme un « batteur très jeune » et un « bassiste un peu vieux » (les musiciens ne parlant pas l'arabe, ils se contenteront d'une traduction approximative et tendrement complice).

(Lire aussi : Pourquoi le cœur de Bachar Mar-Khalifé bat déjà la chamade)

Pendant le concert, le dialogue musical se fait surtout entre les percussions et les claviers, la basse n'étant plus mise en valeur que lors du sublime, transe et presque techno Lemon, dont Bachar dit lui-même qu'il pourrait durer plus d'une heure et qui clôture la soirée. Ce morceau, long trip, au départ acidulé, puis totalement ecstasié, devrait pouvoir lui valoir les faveurs de tous les DJ sets mondiaux, même sans passer par la case remix. Mention spéciale à Dogan Poyraz, batteur de 18 ans musicalement déjà mature et surdoué, et qui prend toute son ampleur une fois devant ses instruments. Jouant des baguettes comme des mains, on a même l'impression qu'il caresse parfois ses caisses et ses cymbales de ses cheveux tellement ses battements de tête accompagnent ses solos. Sa communion avec Bachar Mar-Khalifé est totale, et leur communication passe par tous les états, des yeux fermés en prière commune, au regard de vénération qu'il envoie à son maître lorsque celui-ci se lance dans un sole de piano sensuel, pour finir par les yeux rieurs de ceux qui savent qu'ils viennent de transporter une salle entière là où ils voulaient l'emmener, plus près de saint Bachar.

Comme l'a annoncé avec beaucoup d'humour Mar-Khalifé, ses disques sont bloqués à la Sûreté générale, mais l'on peut évidemment se les procurer online. Et en attendant son prochain concert, force est de remercier Liban Jazz et ses partenaires, qui, dénichant et faisant découvrir des talents, nous permettent, un dimanche soir, de nous rendre au concert à la manière dont on devrait toujours jouer et écouter la musique : les yeux fermés.

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