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Culture

Pourquoi le cœur de Bachar Mar-Khalifé bat déjà la chamade

Dans les coulisses...

Quelques jours avant son premier concert au Liban* et six mois après la sortie de son nouvel album « Ya Balad », le Libano-Français se confie à « L'Orient-Le Jour », une heure avant l'un des concerts de sa tournée française, sur son nouveau rapport à la scène et la résilience des Franciliens après les attentats du 13-Novembre.

06/04/2016

Capter le regard de ses camarades tout en jouant derrière son piano. Voilà ce qui obsède Bachar Mar-Khalifé quatre heures avant son concert de Massy, dans la région parisienne. Désormais entouré par deux musiciens, il se sent renforcé. Il a rencontré son batteur l'an dernier. Le jeune Dogan Poyraz, tout juste majeur, apporte de la fraîcheur. Il jouait alors avec son groupe Zeska, avant de partir en tournée avec le Franco-Libanais. « C'était comme une évidence », confient les musiciens. Le bassiste Aleksander Angelov – ami de longue date – les a rejoints afin de compléter le trio de confiance.


« Il y a une énergie incroyable qui se dégage sur scène désormais. Je ne suis plus seul à cogiter dans mon coin », raconte, souriant, Bachar Mar-Khalifé. Le pudique musicien n'a (presque) plus envie de se défiler avant ses concerts. Depuis la sortie de son troisième album Ya Balad et le début de la tournée en octobre dernier à La Courneuve, tout s'est accéléré. Déjà une trentaine de concerts, des dizaines d'interviews ou de performances filmées pour différents médias et des éloges qui pleuvent régulièrement sur l'artiste franco-libanais. Jusqu'ici, c'est une réussite. Mais l'angoisse du faux pas ne le lâche pas.


« Si cela pouvait s'arrêter là, ça serait génial », se dit-il souvent, soulagé et heureux, lorsqu'il sort de scène sous les applaudissements à la fin de ses concerts. « Le problème, c'est qu'il y en a toujours d'autres », rajoute-t-il, mi-résigné, mi-provocateur. Justement, la prochaine date de tournée, le 10 avril au MusicHall de Beyrouth, dans le cadre de LibanJazz, n'a rien d'anodin pour celui qui s'avoue « facilement submergé par les émotions ». Cela sera la première fois qu'il jouera au Liban.

 

 

« À tous les réfugiés... »
Le concert de Nanterre – ville dans laquelle il a atterri à l'âge de six ans en 1989 et où il a grandi – était déjà comme un avant-goût pour lui à la fin du mois de mars. « C'était difficile à gérer émotionnellement. Alors, qu'est-ce que cela va être à Beyrouth ! s'exclame-t-il comme pour exorciser la peur. Il ne faut pas que j'y pense trop, à chaque fois mon cœur n'est pas loin de me lâcher. Une fois que cela sera fait, j'aurai l'impression d'avoir grandi. »
Habituellement, Bachar Mar-Khalifé garde près de lui son thermos de thé, dans lequel il glisse quelques gouttes de whisky avant le concert. Le pichet de vin rouge et la bière du dîner feront l'affaire pour ce soir. Le trac n'a pas disparu, mais rien ne transparaît. Les musiciens se tancent amicalement à table. Des taquineries d'adolescents envoyées pour évacuer la pression. À 20 heures, le musicien abandonne sa casquette noire, sa veste en cuir et son jean pour enfiler un costard immaculé.
Les fragilités que l'on croirait déceler s'évanouissent lorsque Bachar Mar-Khalifé entre sur scène. En état de transe, il s'oublie et se déconnecte de tout. La musique le transcende. La très progressive et sombre Madonna envoûte subrepticement le public, avant que la mirifique Layla ne retentisse. Le chanteur dédie ensuite la très personnelle Ya Balad « à tous les réfugiés », dans une émotion saisissante.

 

En équilibre dans le vide
La complicité entre les trois musiciens est flagrante. Ils se jaugent du regard, se provoquent, se défient. « C'est l'état d'urgence, mais on est censés foutre un peu le bordel. Liberté ! » s'enflamme Bachar Mar-Khalifé, avant d'offrir une version savoureuse du fougueux Lemon. À l'image de son œuvre au croisement de l'électro, de la musique classique et de la musique traditionnelle arabe, l'artiste apparaît comme en équilibre dans le vide. Il se balance – en avant, en arrière – derrière son clavier en gardant un pied en l'air. Ses chansons, d'autant plus en live, donnent le vertige. Après 75 minutes d'un concert survolté, intime autant que fraternel, les trois musiciens sont acclamés par le public, mais ils doivent céder la place au saxophoniste français Guillaume Perret et à son groupe. « C'est toujours un peu frustrant », glisse le trentenaire dans les coulisses quelques minutes après.


Depuis le début de la tournée, les concerts qui ont suivi les attentats de Paris resteront gravés dans la mémoire des musiciens. « Cela m'a rappelé des sentiments d'impuissance que j'avais déjà ressentis durant mes étés au Liban, alors en guerre. J'ai désormais envie de partager mon assurance, de rappeler qu'il faut aller vers davantage de paix et d'innocence », explique le pianiste. D'abord la sidération puis la pulsion de vie qui revient malgré tout. « On est dépassés, mais on a tous une capacité d'adaptation et de survie qui est exacerbée dans ces moments-là », positive le chanteur en rappelant pour exemple la résilience des Libanais. Derrière la noirceur des chansons de Bachar Mar-Khalifé, l'aube n'est jamais loin.

*Le dimanche 10 avril à 21h au MusicHall de Beyrouth, dans le cadre de LibanJazz, avec le soutien de l'Institut français du Liban.

 

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AIGLEPERçANT

Cet artiste est génial.
Son style fait même planer les mouettes en partance pour des régions chaudes en hiver,
Bref son prénom à lui tout seul ,milite pour lui.

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