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Lifestyle - La Mode

Jumelage Alba-La Cambre : Tony Delcampe promet de belles choses

À la veille de l'annonce de l'alliance, nous avons rencontré le directeur de cette ruche bruxelloise qui fait rêver les futurs appelés d'une industrie exigeante.

Émilie Duval, directrice de l’école de mode de l’Alba, et Tony Delcampe, directeur de la section stylisme et création de mode de l’École nationale supérieure des arts visuels, La Cambre. ©Maison Rabih Kayrouz

« Le grand brassage, le grand remue-ménage, les passages sous niveau et la vigueur des idéologies, la rigueur de la pensée, l'exigence de cohérence, la dimension du rêve et... tous les avatars de l'imaginaire ! » C'est ainsi que Robert-Louis Delevoy, directeur de La Cambre de 1965 à 1979, décrit l'École nationale supérieure des arts visuels, belge, l'une des plus convoitées par les aspirants stylistes. La nomination, le 4 avril, d'Anthony Vaccarello, l'un des jeunes surdoués de La Cambre, à la direction artistique de Saint Laurent en remplacement du mythique Hedi Slimane, n'a fait qu'amplifier le rayonnement de cette institution et la fierté de Beyrouth de l'accueillir dans ses murs.
Tony Delcampe, directeur de La Cambre Mode(s), lève un coin de voile sur l'école qu'il dirige et ce qui attend les nouveaux inscrits à l'Alba dont le cursus commence en septembre 2016. Coach des coaches, quand il replie sa longue silhouette pour se prêter à cette interview, on est tout de suite frappé par la disponibilité, le sens de l'écoute, la voix feutrée, mesurée, qui révèlent en lui un éducateur impliqué.

Quel a été votre propre parcours avant de diriger La Cambre Mode(s) ?
J'ai étudié le design textile à l'Académie des beaux-arts et arts décoratifs de Tournai, en Belgique. Comme j'étais aussi attiré par la mode, j'ai poursuivi ma formation à La Cambre. À ma sortie de l'école, en 1995, j'ai lancé ma propre collection féminine avec une amie, Sandrine Rombaux. Ça s'appelait « Comment tu la trouves ? Quoi ? Au milieu du dos ». Une boutade pour un projet très sérieux qui avait nécessité plusieurs mois de travail. Quand, en 1999, j'ai été invité à prendre la direction de La Cambre Mode(s), j'ai abandonné mes projets personnels pour me consacrer à cette responsabilité qui est devenue un sacerdoce. On ne peut pas créer de la mode à mi-temps. Cela nécessite de très gros investissements et une implication de chaque instant.

Votre plus grande fierté ?
La Cambre a donné à l'industrie de la mode quelques-uns de ses plus grands jeunes talents. On peut citer Cédric Charlier (Céline, Lanvin et désormais sa propre marque), Olivier Theyskens (Rochas, Nina Ricci, Theory), Jose Enrique Ona Selfa (Loewe) ou Laetitia Crahay (modiste chez Chanel). En 2006, La Cambre a réussi un tiercé unique avec trois étudiants qui ont remporté les concours les plus prestigieux de l'industrie de la mode : deux grands prix du Festival international de Hyères, Vaccarello alors qu'il était en 5e année, et Julien Dossena (aujourd'hui directeur de création prêt-à-porter féminin de Paco Rabanne) qui était en 4e année ; et le prix Maria Luisa de l'ITS à Trieste attribué à Matthieu Blazy (NDLR, dont l'identité de créateur de la ligne couture de Maison Martin Margiela a été révélée par un scoop de Suzy Menkès). La Cambre Mode(s) célébrait cette année-là ses 20 ans.

Comment parvient-on à ce niveau d'excellence ? Quel est le secret de La Cambre ?
Le département de stylisme et de mode de La Cambre est relativement jeune, puisqu'il n'a été créé au sein de ce qui est à l'origine une académie d'architecture et d'arts visuels qu'en 1986. Si vous venez chez nous, vous serez étonné de voir que nous sommes logés entre le 5e et le 12e étage d'un immeuble quelconque, plutôt austère, qui est la réponse bruxelloise aux locaux de l'Alba. Ici, on offre avant tout un savoir-faire rigoureux. Le reste dépend du travail acharné et du talent des étudiants. Ils peuvent être une centaine en première année, mais au bout de cinq ans, il n'en reste qu'une poignée, entre 3 et 9 tout au plus, selon les promotions. Il faut du courage, de la persévérance et avoir le feu sacré pour résister à la quinzaine d'heures de travail quotidien pour préparer la dizaine de pièces du défilé de diplôme qui va décider de l'avenir. À La Cambre, on ne vend pas d'illusions. On prépare à la réalité d'un métier à la fois très dur et très gratifiant. Le rythme du travail fait qu'on peut arriver à l'épuisement, mais c'est là que les choses deviennent intéressantes, quand on est prêt à tout remettre en question. À l'arrivée, nos étudiants sont capables de maîtriser toutes les tâches, toutes les étapes de la création. C'est un apprentissage riche et dense au bout duquel la personnalité de chacun doit se révéler.

Quel sera selon vous l'apport de La Cambre à l'école de mode de l'Alba ?
Tout d'abord, il est intéressant d'apporter aux jeunes Libanais qui ont une vocation pour la mode une formation de haut niveau qu'ils n'auront pas besoin d'aller chercher au loin. Sinon, le programme que nous avons construit avec l'Alba est calqué sur celui de Bruxelles : trois ans de formation pour la licence et deux années de master. Je viendrai personnellement sur place, avec mon équipe d'enseignants, plusieurs fois l'année pour donner des cours et des séminaires. L'école de Beyrouth sera dirigée par Émilie Duval, une ancienne de La Cambre qui a été styliste chez Dior, Balenciaga et Martin Magiela. Et naturellement, Rabih Kayrouz, parrain de cette nouvelle école, gardera un œil attentif sur les travaux des étudiants. Il sera intéressant de voir ce que donnera la fusion entre l'esprit beyrouthin tel qu'on le voit sur les podiums, très féminin et conventionnel, et l'esprit belge, plutôt conceptuel et déjanté. Sûrement de très belles choses.

 

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