Charles Malek.
La jeune chef de la diplomatie européenne, Federica Mogherini, en larmes le 22 mars 2016, lors d'une conférence de presse à Amman à la suite des attentats terroristes à Bruxelles, fait espérer que désormais, les grandes chancelleries dans le monde, les organisations internationales, les universités et les militants pour la paix et la démocratie vont désormais rompre avec une diplomatie apparemment innocente et pourtant criminelle et barbare qui, depuis 1948 et avec les guerres multinationales au Liban, a régi de la façon la plus louche les rapports internationaux.
De quoi s'agit-il ? Pour moi, Libanais, qui ai vécu les années 1975-1990 et leurs séquelles au Liban et les attentats terroristes en série, dont ceux contre le président Rafic Hariri et son convoi et contre nos grands martyrs, ce qui s'est passé à Bruxelles est du déjà vu, vécu et subi. Un Libanais à Bruxelles durant les attentats témoigne d'ailleurs : « Tout ça m'a rappelé le Liban, la guerre que j'ai vécue, les explosions, et voilà que ça m'arrive à Bruxelles » (L'Orient-Le Jour, 23/3/2016).
Si le terrorisme ne débouche pas sur une remise en question radicale, à partir du Moyen-Orient, de la diplomatie internationale, de 1948 à nos jours, nous risquons l'extension de la barbarie et de la « décivilisation » de l'humanité. La remise en question porte notamment sur trois pratiques diplomatiques :
1. La diplomatie du chantage.
Cette diplomatie a commencé en 1948 avec la transformation de Dieu par le nationalisme sioniste en propriétaire terrien et spéculateur foncier, suivant les expressions de Youakim Moubarak et Ghassan Tuéni. Puis la victime s'est transformée en bourreau avec la persistance d'une idéologie de victimisation.
La contagion de la diplomatie du chantage face à un Occident qui vit le « déclin du courage », selon le discours d'Alexander Soljenitsyne à Harvard (8 juin 1978), a été pratiquée tout au long des guerres au Liban en 1975-1990 et de ses séquelles par un État devenu spécialiste d'adjudications de sécurité, au Liban, en Palestine, en Irak et ailleurs... avec un laminage stratégique de l'État libanais et le renforcement d'organisations parallèles, en propageant l'illusion qu'il est l'agent de stabilité, le rempart contre le fanatisme et le protecteur du pluralisme.
2. Des diplomates cyniques.
Parallèlement à des diplomates de la plus haute élévation humaine qui se sont occupés du dossier libanais de 1975 à 1990, des diplomates sionistes et un diplomate américain ont considéré que le Liban est une « erreur géographique et historique » et qu'il pourrait être une quarantaine où on circonscrit les risques de contagion.
Face à Ghassan Tuéni qui criait à l'Onu : Laissez vivre mon peuple (1984), et face au pape Jean-Paul II pour qui « le Liban est plus qu'un pays, un message », l'architecte de la politique étrangère américaine, Henry Kissinger, considère que « le Liban est une erreur dans l'histoire et non pas une nation », comme le rapporte récemment Sonia Frangié, fille de l'ancien président Sleiman Frangié, dans une interview à Radio Nour. Sonia Frangié rapporte : « Le président Frangié avait bien compris et il avait l'air effrayé. C'était la première fois de sa vie qu'il avait cet air, au point de me dire : J'ai vu Satan... »
3. La limite du machiavélisme dans les relations internationales.
Metternich disait à propos du Liban : « Ce petit pays si important... » On ne joue pas impunément avec le Liban. Ce qu'on a fait subir au Liban, dans un but d'hégémonie régionale, se transpose dans le voisinage. La diplomatie du chantage sécuritaire, sursaturée, épuise aujourd'hui ses derniers moyens de crédibilité internationale.
L'expérience des relations internationales et de la chute de plusieurs tyrans arabes devrait inciter, non pas à un moralisme incompatible avec l'essence du politique, mais à dégager des leçons pragmatiques sur les limites aujourd'hui du machiavélisme dans les relations internationales. Mouammar Kadhafi criait à ses bourreaux : « Ayez pitié de moi ! »
Comme on ne joue pas impunément avec le Liban, on ne joue pas impunément dans les relations internationales par la diplomatie de la victimisation, du chantage sécuritaire et de rêves impossibles d'hégémonie. Ceux qui préfèrent, à cause du « déclin du courage », le déshonneur à la guerre auront à la fois la guerre et le déshonneur, comme le dit Clemenceau.
Dans un monde où on relève l'affaiblissement des États en faveur de groupes transétatiques et transfrontaliers et la brutalisation du monde (Josepha Laroche, La brutalisation du monde, Montréal, Liber, 2013), la diplomatie internationale a besoin désormais de grands diplomates humanistes de la trempe de Charles Malek, Ghassan Tuéni, Philippe Habib, Boutros Boutros-Ghali, Lakhdar Brahimi, etc., et non de diplomates célèbres et barbares sous des apparences civilisées.
Antoine MESSARRA
Membre du Conseil constitutionnel
Titulaire de la Chaire Unesco d'étude comparée des religions, de la médiation et du dialogue, USJ


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Le LIBAN EST UNE NATION Mrs PAS UNE ERREUR...C'EST LA DEMEURE DE DIEU POUR LES SIECLES DES SIECLES...Clair ?????????????????
09 h 32, le 03 avril 2016