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Liban - Université Libanaise

« Les partis déjà en place sur les campus craignent de ne pas être réélus »

Un scénario à l'image du pays : les élections estudiantines de l'Université libanaise viennent d'être reportées pour la énième fois depuis 2008. La direction de l'UL évoque des problèmes reliés à l'organisation interne de l'université ainsi qu'à la situation sécuritaire du pays. Les étudiants, eux, dénoncent la mainmise des grands partis politiques sur leur campus.

Initialement prévues pour le 8 avril puis reportées au 22 avril, les élections estudiantines de l'UL n'auront finalement pas lieu cette année. C'est ce qu'a annoncé Adnane Sayyed Hussein, recteur de l'université, à L'Orient-Le Jour. « Les élections seront remises au début de l'année prochaine puisque l'année universitaire en cours touche à sa fin et que les étudiants qui seront élus pour représenter les élèves de troisième année ne seront probablement pas là l'année prochaine », a-t-il dit. « Nous avons voulu faire des élections en 2015 mais la situation sécuritaire du pays nous en a empêchés. L'UL subit des pressions de la part de tous les partis politiques et nous ne voulons pas importer les tiraillements de la scène politique locale au sein de l'université », a confié M. Sayyed Hussein.

Les élections auraient dû se dérouler selon une loi électorale proportionnelle votée par la direction de l'établissement il y a trois ans. Mais, selon le quotidien al-Akhbar, des membres de la direction et du corps enseignant affiliés au parti Amal et au Courant patriotique libre ont signalé leur refus de mener ces élections à temps, lors d'une réunion qui s'est tenue mercredi. « Le doyen de la faculté des sciences, Hassan Zeineddine, et le représentant des enseignants de la faculté de droit, Ali Rahhal (tous deux affiliés au parti Amal), ainsi que le représentant des enseignants de la faculté de médecine dentaire, Tony Zeinoun (proche du CPL), se sont prononcés contre la tenue des élections », pouvait-on lire dans un article publié avant-hier par al-Akhbar. Ces derniers auraient contesté la loi proportionnelle et posé comme condition à la tenue des élections la mise en place d'un règlement interne à l'Union des étudiants de l'UL, selon le quotidien.


(Dans nos archives : Lorsque la droite, la gauche et le centre s'affrontaient à l'Université libanaise)

 

Une atteinte à la démocratie
Face à cette décision, certains partis politiques représentés à l'UL se sont retenus de dénoncer une atteinte à la démocratie... L'Organisation de la jeunesse progressiste a exhorté, dans un communiqué publié hier, les différentes forces politiques à « lever le siège imposé aux élections estudiantines et à cesser de les lier à la paralysie qui touche le pays ». Les étudiants des Forces libanaises ont quant à eux dénoncé jeudi « une atteinte aux règles les plus simples de la démocratie ». De même pour le Hezbollah qui a invité hier la direction de l'université « à revenir sur sa décision ».

L'Association libanaise pour des élections démocratiques (Lade) a également estimé que « le report des élections de l'UL est une atteinte au principe de démocratie ». « Les quelque 70 000 étudiants actuellement inscrits à l'UL ont le droit d'élire ceux qui vont les représenter, a indiqué l'association avant-hier dans un communiqué. Ce report vise à porter atteinte au rôle que les étudiants peuvent jouer dans la vie politique, notamment en réclamant des comptes. C'est ce que certains partis politiques, qui veulent continuer à soumettre la jeunesse libanaise aux leaderships politiques traditionnels, ont l'air de craindre », a estimé l'association.

Un ancien étudiant de la branche 1 de la faculté des beaux-arts, proche du dossier des élections, a révélé à L'OLJ qu'aucun des partis politiques présents sur les campus de l'UL n'a intérêt à ce que les élections aient lieu. « La nouvelle loi proportionnelle pourrait faire peur aux partis déjà bien en place dans les différentes branches de l'université. Ces derniers craignent de ne pas être réélus aux prochaines élections parce qu'ils ne sont plus aussi populaires parmi les étudiants », a-t-il indiqué. L'exemple des élections de 2008 à la faculté des sciences à Hadeth illustre selon lui la dure bataille que les puissances politiques mènent pour garder la main sur les campus. « Lors de ces élections, les trois grandes listes qui s'étaient présentées étaient presque à égalité. La victoire s'est jouée sur quelques voix, ce qui montre que plus personne ne détient la majorité écrasante. Le Hezbollah, qui dépassait de peu le 14 Mars et les partis de gauche, a été élu à quelques voix près », a-t-il révélé. Il a par ailleurs mis en garde contre le fait que les grands partis pourraient tenter de saboter les listes indépendantes en leur imposant, par exemple, « de présenter des listes comportant le nombre maximal de candidats autorisés, ce qui est presque impossible quand on ne fait pas partie d'une organisation politique ».

 

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