À gauche, l’ayatollah Ali Khamenei, à droite, le président iranien Hassan Rohani. Les deux hommes semblent aujourd’hui en désaccord quant à la politique économique que l’Iran devrait mener. Archives AFP
En Iran, un membre important des gardiens de la révolution islamique a incité hier le gouvernement à suivre la position du guide suprême, portant sur la mise en place d'une économie autonome, et a indiqué dans le même temps que les gardiens souhaitaient jouer un rôle plus important dans la concrétisation de ce projet.
Dimanche, l'ayatollah Ali Khamenei, personnalité la plus puissante d'Iran, avait appelé à la mise en place d'une « économie de résistance », expliquant que les politiques américaines pour restreindre les échanges avec l'Iran avaient empêché le pays de tirer un quelconque bénéfice économique de la levée des sanctions en janvier.
Ses déclarations ont mis au défi le président Hassan Rohani, principal architecte de l'accord sur le nucléaire, qui essaie depuis janvier d'attirer les investisseurs étrangers et d'ouvrir les marchés iraniens.
« L'audience visée par (le concept de) l'économie de résistance est le gouvernement », a déclaré à l'agence Fars l'adjoint du chef d'état-major des forces armées, le brigadier général Massoud Jazayeri. Ce dernier est membre du Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI), une puissante faction contrôlant un empire commercial ainsi qu'une force armée d'élite en Iran, et dont les intérêts économiques pourraient être menacés par la hausse de la concurrence en provenance de l'étranger. « Les forces armées sont prêtes à jouer un rôle significatif dans l'économie de résistance et dans la mise en place des suggestions du guide suprême », a-t-il poursuivi. Massoud Jazayeri a ajouté que Hassan Rohani devrait considérer la création d'un système de missiles balistiques de pointe par les gardiens de la révolution comme la preuve que l'Iran n'a pas besoin d'investissements étrangers pour réussir.
Tout accroissement de l'empreinte économique du CGRI pourrait faire de l'Iran un marché plus risqué pour les investisseurs étrangers. En effet, la majorité de ses membres et de ses entreprises de façade restent assujettis aux sanctions américaines visant les industries de défense et le soutien présumé à ce que Washington considère comme des « actes de terrorisme ».
Action et initiative
En réaction aux commentaires de Jazayeri, le vice-président iranien Eshaq Jahangiri a déclaré que le gouvernement n'était pas l'audience visée par le discours de Ali Khamenei. « Tous les corps de l'État étaient visés... Ce n'est pas à une personne, une faction ou une organisation d'interpréter le concept d'"économie de résistance" à sa guise », a-t-il indiqué, cité par l'agence de presse publique Irna.
L'ayatolah Khamenei a appelé la nouvelle année iranienne, qui a débuté dimanche dernier, « l'année de l'économie de résistance : action et initiative », signifiant qu'il attendait plus de la part du gouvernement en ce qui concerne la protection de l'économie vis-à-vis de possibles sanctions ou d'activités étrangères nuisibles. Dans un message vidéo publié le même jour, le président Rohani a déclaré que le développement des relations avec d'autres pays était la clé de la croissance économique, un point de vue qui le place en porte-à-faux avec le guide suprême.
Réitérant ses remarques, le président iranien a déclaré hier qu'il avait cherché à renforcer l'économie depuis son élection en 2013, et qu'« un engagement constructif avec le monde » était la pierre d'angle de cette politique. Son chef de cabinet, Mohammad Nahavandian, a également déclaré le même jour que l'ouverture de l'Iran aux investissements étrangers était le meilleur moyen d'aider à bâtir une « économie de résistance ». « Afin d'accroître la résistance de l'économie iranienne, nous devrions développer les relations avec les pays voisins et le monde », a indiqué Mohammad Nahavandian selon l'agence Irna. « Si l'Iran est un membre actif des organisations internationales, les chances d'être frappé par de nouvelles sanctions et par des restrictions économiques seront limitées », a-t-il ajouté.
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