La baisse des prix du pétrole ne menace pas la situation financière des propriétaires de générateurs. Photo P.H.B.
Début mars, un groupe de propriétaires de générateurs à Saïda manifestaient leur colère face aux nouveaux prix des abonnements fixés par le ministère de l'Énergie et de l'Eau, jugés insuffisant pour couvrir leurs frais. « Il y a eu quelques échauffourées mais le calme est revenu depuis. Nous soupçonnons toutefois ceux qui se sentent lésés de le faire payer aux usagers en ne respectant pas la tarification officielle », raconte à L'Orient-Le Jour Ziad Hakawati, le président de la commission municipale chargée d'appliquer les tarifs dans la ville et ses environs.
Les tarifs légaux des abonnements des générateurs sont calculés à la fin de chaque mois à partir du prix du mazout – fixé à 6,33 dollars en février – et de la moyenne mensuelle des heures de coupures de courant (332 h sur la même période). Une méthodologie qui s'applique sur l'ensemble du territoire à l'exception de Beyrouth, où le rationnement gravite autour de 4 h par jour – contre 6 à 10 h dans d'autres régions –, et où la facture pour 5 ampères (A) oscille entre 20 et 30 dollars par mois.
« La dernière tarification pour le reste du Liban, publiée le 26 février fixe le prix des 5A à 165 livres – 330 livres pour 10 A – », rappelle le directeur du service de protection du consommateur rattaché au ministère de l'Économie et du Commerce, Tarek Younès. « Sur cette base, le prix d'un abonnement mensuel pour 5A en février a été fixé à 36,5 dollars environ, un tarif en baisse de plus de 26 % en glissement annuel », explique-t-il. Il souligne néanmoins que dans le même temps, les cours du brut ont perdu 33 % de leur valeur.
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Crainte d'un rationnement inférieur...
Si la baisse du prix des carburants a partiellement été répercutée sur les abonnements des générateurs, la marge réalisée par les exploitants reste confortable. « On ne peut pas parler de crise », lance le coordinateur des comités de générateurs du Metn, Dany Odisho, qui rassemble les propriétaires de 350 groupes électrogènes dans cette région. Un avis partagé par Kozhaya Mansour, un exploitant qui distribue près de 2 mégawatts (MW) aux résidents d'Adonis (Kesrouan). « Si on écarte la location des terrains, mes coûts de fonctionnement ont dépassé les 26 000 dollars en février : 5 000 dollars de salaires pour 6 employés, près de 2 000 dollars pour les frais d'entretien du moteur, et la facture de carburant pour 3 générateurs de plus de 600 kilowatts (kW) chacun », expose M. Mansour. « En parallèle, nous collectons chaque mois l'équivalent d'environ 800 abonnements de 5A – représentant près de 30 000 dollars –, ainsi que les suppléments liés au branchement des ascenseurs et des parties communes, qui peuvent ajouter plusieurs dizaines de dollars supplémentaires par facture, selon l'immeuble », ajoute-t-il.
« La marge dégagée reste acceptable malgré la baisse des tarifs et nous permet de faire face aux frais exceptionnels tels que le remplacement d'un générateur défectueux, les réparations de branchements suite à des intempéries, le rachat de pièces défectueuses, etc », détaille encore M. Mansour.
« Nous commencerons à tirer la langue lorsque les abonnements pour 5A descendrons en dessous de la barre des 26 dollars, un scénario possible si le niveau de rationnement devient inférieur à 150 h par mois et que les tarifs du ministère restent aussi bas », estime de son côté M. Odisho. « S'il n'y a plus assez de coupures de courant, nos recettes seront insuffisantes pour pouvoir couvrir nos dépenses, malgré les économies réalisées sur la facture du carburant », surenchérit M. Mansour. Reste que si ce scénario ferait rêver la majorité des Libanais, il semble en tout point improbable : la durée du rationnement a en effet augmenté de 0,9 % en glissement annuel, selon les chiffres du ministère de l'Énergie, et les prix du carburant « repartiront à la hausse », anticipe M. Younès.
(Pour mémoire : Électricité : une année sombre malgré quelques éclaircies)
Contrôle insuffisant
En attendant, il paraît impossible d'estimer véritablement les marges des acteurs d'un secteur d'activité « en principe illégal et dont l'existence est tolérée par les pouvoirs publics à cause du rationnement en électricité », comme le rappelle M. Younès. « Aucune étude statistique ne recense les exploitants sur l'ensemble du territoire, ainsi que la taille de leurs parcs respectifs de générateurs ou leur revenus », ajoute-t-il.
De plus, des disparités existent dans l'application des tarifs réglementés sur l'ensemble du territoire. « La direction de la protection du consommateur a rédigé plus de 200 procès-verbaux à des exploitants qui ne respectaient pas la tarification du ministère de l'Énergie, soit près de 20 % des visites effectuées en 2015 », déplore M. Younès. Des infractions qui, selon lui, relèvent aussi bien de la responsabilité des exploitants que de celle de « municipalités qui s'octroient – illégalement – le pouvoir de fixer les prix des abonnement ».
À Saïda, par exemple, la commission municipale a fixé le tarif mensuel pour 5A presque à 50 dollars, soit près de 15 dollars de plus que le prix fixé par le ministère. « Nous ajustons le prix en fonction du rationnement à Saïda et ses environs (dont le camp de réfugiés palestinien de Aïn el-Heloué), qui est plus élevé qu'ailleurs », se défend M. Hakawati, sans donner plus de détails.
« La situation est moins grave à Saïda qu'ailleurs », regrette M. Younès, citant par exemple le quartier de Laylaki, dans la banlieue sud de Beyrouth, « où les exploitants fixent les tarifs et intimident les contrôleurs pendant les inspections ».
Pour M. Odisho, la direction de la protection du consommateur « a de toute façon besoin de plus de moyens pour faire respecter la tarification du ministère sur tout le Liban ». Un constat approuvé implicitement par M. Younès, qui rappelle que le contrôle des prix des générateurs n'est pas la seule mission de son service, qui doit par ailleurs traiter toutes les plaintes des consommateurs au Liban.
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Bande de voyous éxploitant un filon inventé de toutes pièces qui n'existe nullepart ailleurs, idem pour les ordures.....
20 h 15, le 19 mars 2016