Auguste Sanders, « 3 paysans en habit du dimanche ».
Ah, Chaaniné, les Rameaux, le cortège de jupons à froufrous et de souliers vernis. Les bougies décorées de plumes et de strass, dans le souci du «à qui mieux mieux». Ah, ces femmes et leurs faux-cils, leurs talons de 12 cm et leurs robes assorties à celles de leurs filles. Ah, ces petits garçons en costume trois pièces, cravatés et gominés, assis sur les épaules de leurs papas, gigotant à cause de la chaleur des cierges qui leur brûlent les yeux. Ah, ce folklore annuel qui se décline 2 fois à 5 semaines d'intervalle, cette année.
Chaaniné, ce sont ces vêtements qu'on achète précieusement parce que les petites filles en rêvent. Ces petites ballerines qu'on pose à côté du lit et qu'on aimerait porter en dormant. Avec ces songes remplis de dentelle et de tulle, de nœuds-nœuds et de rose criard.
Mais il n'y a pas que lors de cette fête où les bougies sont troquées contre des branches d'olivier (sauf quand on veut les recycler pour les deuxièmes Rameaux du 24 avril), qu'on se concentre sur le costume à arborer. Nous, les Libanais, on aime bien avoir des «tenues de circonstance(s)». Des vêtements pour des occasions. Déjà, dans le trousseau habituel, toute jeune fille qui se respecte se doit d'avoir un «tailleur» noir pour les condoléances. Tenue obligatoire et tout aussi pratique, puisque l'on passe beaucoup de temps à faire la tournée des salons. Au-delà du tailleur classique, les femmes achètent souvent des tops, jupes, robes, pantalons et chaussures à talons, tous noirs, bien évidemment, pour les 3azawet. Idem pour les hommes qui ont besoin d'un costard de couleur neutre, indispensable puisqu'il est recyclable pour les mariages. Les hommes ont toujours plus de bol que les femmes en matière d'«uniforme» social.
Mais la quête du Saint-Graal vestimentaire ne s'arrête pas aux occasions uniquement. Il n'y a pas que la petite robe cocktail: mariages, fiançailles et autres invitations; la robe longue: grands mariages, galas – de charité (bien ordonnée commence par soi-même) et autres cérémonies; tailleur sobre: condoléances et rendez-vous de travail, qui doivent orner une penderie. Il y a les «habits du dimanche». La robe fleurie et le chapeau, le costume (du dimanche) et la cravate ont été largement remplacés par une tenue décontractée du style sport habillé. Ça tombe bien, vu la frénésie ambiante et la recrudescence d'accros au sport et du nombre de salles de gym au Liban, la combinaison legging/top dry fit/baskets aérodynamiques/iWatch/sweat dry fit/lunettes de soleil est on ne peut plus à la mode. C'est pourquoi on voit autant de femmes en total look moulant rose fluo estampillé de la célèbre virgule que de mecs en cyclistes hypermoulant et maillot jaune, casque vissé sur la tête... à la terrasse des cafés. Et, à l'instar de ces tenues d'endimanchés, il y a les «habits de tous les jours», tyeb l'chéghel. Cette espèce de combo pantalon droit ou cigarette/veste/chemise, souvent dans les tons de gris. Autant valable pour les hommes que pour les femmes. C'est que beaucoup de gens n'ont pas le luxe de pouvoir aller au bureau en jeans-baskets. Ça ne fait pas sérieux. Même si on se détend de plus en plus en optant pour un casual chic, il reste encore les adeptes du petit talon de 5 cm et ceux de la chaussure à boucles.
Et comme nous, Libanais, aimons être au top sous toutes les coutures (ça tombe bien), nous avons des habits pour tout. Pour le cinéma, confortables et chauds à cause de l'AC; pour le voyage, à peu près comme pour aller au ciné, mais avec, en plus, du maquillage (on ne sait jamais sur qui on risque de tomber) et un joli attaché-case (ça fait voyage d'affaires); pour la plage où tout est étudié au millimètre près (maillot du matin, maillot de l'aprèm, maillot pour les longueurs, robe ou abaya, tee-shirt assorti au maillot short, assortis à ceux de son fils). Et même fringues pour manifester, du même calibre que ceux pour faire Beyrouth-Paris. On ne sait jamais sur qui on risque de tomber. Parce que tout le truc est là. Sur qui on risque de tomber.
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Et alors ???? nous les libanais nous sommes comme on ne changera pas...
12 h 00, le 19 mars 2016