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Cinema- - Rencontre

Les années de plomb en Tunisie, quand Farah avait 18 ans...

« As I Open My Eyes » est le premier long métrage de Leyla Bouzid. Il a obtenu le Muhr d'or au Festival international de Dubaï. Distribué par MC, il sort exclusivement dans la salle Metropolis Empire Sofil.

Pour son premier rôle, Baya Medhaffer livre une performance pleine de fraîcheur.

Rencontrée à l'hôtel Smallville à l'occasion de la sortie de son film au Liban distribué par MC, la jeune cinéaste, née à Tunis d'un père cinéaste et d'une mère médecin généraliste, mais effectuant incessamment des allers-retours entre la Tunisie et la France, dit avoir hérité pourtant l'amour du cinéma de sa mère. « Je me souviens quand je traînais sur les plateaux de tournage avec mon père, je ne comprenais pas grand-chose. Je percevais par contre des tensions et du stress. Alors que c'est ma mère, avec laquelle j'ai grandi, qui m'a donné le goût de la littérature, de la musique et du 7e art, comme portes d'évasion vers l'imaginaire, avoue Leyla Bouzid. C'est elle qui m'invitait souvent à plonger dans les salles obscures et à essayer de comprendre, lors de nos discussions, l'ampleur d'un film. »

Quand elle décide d'être réalisatrice, avec comme bagage des études de cinéma et de lettres, elle est tout à fait consciente que ce métier ne serait pas facile et qu'il serait semé d'embûches. « Il faut toujours persévérer et se battre pour le second film, même si le premier a été consacré », souligne-t-elle. « Même si on vend du rêve, le cinéaste sait que les moments de joie sont très furtifs, alors que les moments d'angoisse et de fatigue sont plus nombreux. Je peux dire que j'ai de la chance d'avoir été armée pour cela et d'avoir choisi mon métier en connaissance de cause », reconnaît-elle.

L'État policier en Tunisie
Si Leyla Bouzid choisit de réaliser As I Open My Eyes, c'était pour revenir sur cette période marquée par l'ex-président tunisien Zine el-Abidine Ben Ali qu'on ne pouvait aborder à l'époque et, de surcroît, au cinéma. Parler de l'État policier, de la peur et de ce sentiment d'étouffement qui sévissait à l'époque. « J'étais désireuse de le faire à travers le portrait de cette jeune fille de dix-huit ans, son parcours initiatique, alors qu'elle se réveille à la vie, ainsi que tout son entourage, ses amis, sa famille... Même si cette ambiance n'existe plus en Tunisie, il n'en demeure pas moins que la tradition d'État policier reste très ancrée dans le pays. »

As I Open My Eyes est interprété par des comédiens non professionnels qui ont tous voulu participer à une aventure humaine. C'est pourquoi on perçoit dans le long métrage une note de fraîcheur, de juvénilité, mais aussi une énergie incroyable. Par ailleurs, Leyla Bouzid avoue avoir bien « mariné » l'actrice principale, Ghalia Benali, avant de lui confier le rôle de Farah. « En fait, c'est elle qui porte le film sur ses épaules. Il fallait vraiment qu'elle soit à la hauteur. » Se retrouve-t-elle un peu dans Farah ? La jeune réalisatrice esquisse un sourire et répond sans hésiter : « Je suis une fonceuse tout comme Farah. Ce film s'est réalisé très vite. Aussitôt sortie de l'école, j'ai écrit un premier jet. Je voulais que le film se fasse rapidement et qu'on trouve très vite les solutions pour le faire. Pour rassembler les fonds, c'était un parcours du combattant, mais on a réussi à le faire. Grâce aussi à mes producteurs qui ont été très honnêtes et qui m'ont permis de ne pas faire de concessions artistiques. Mais si j'ai la fougue de Farah, je suis par contre très consciente de mes limites. »
« Alors bon, disons qu'il y a un peu de Farah en moi », finit-elle dans un sourire.

 

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Fiche technique

Réalisatrice : Leyla Bouzid
Directeur musical : Khyam Allami
Montage : Lilian Corbeille
Acteurs : Ghalia Benali, Baya Medhaffer
Scénario : Leyla Bouzid, Marie-Sophie Chambon

 

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