Un dépotoir sauvage, à Jamhour, à l'est de Beyrouth. AFP / PATRICK BAZ
Le ministre de l'Environnement, Mohammad Machnouk, a de nouveau confirmé hier que le plan de gestion des déchets, approuvé samedi par le gouvernement, entrera en vigueur sous 48 heures, quelques détails devant être réglés avant que les bulldozers ne commencent à enlever les montagnes de déchets amoncelés ici et là dans le Grand Beyrouth et le Mont-Liban.
Une réunion de coordination s'est tenue dans ce but au Sérail sous la présidence du chef du gouvernement, Tammam Salam, et en présence du ministre de l'Agriculture, Akram Chéhayeb, en charge du dossier des déchets, du député Hagop Pakradounian, représentant le parti Tachnag, et du président du Conseil du développement et de la reconstruction, Nabil Jisr.
Le débat était centré sur la réouverture et le traitement du dépotoir de Bourj Hammoud, pour en faire une décharge sanitaire. M. Chéhayeb a plus tard fait état d'un « climat positif », repris par M. Pakradounian qui a cependant laissé entendre que Bourj Hammoud « doit être une partie de la solution et non pas la solution » à la crise des déchets. Le député a expliqué qu'il a voulu obtenir certains éclaircissements du Premier ministre au sujet du plan prévu pour le règlement de cette crise, avant de souligner que le mot de la fin concernant la réouverture du dépotoir de Bourj Hammoud appartient au Tachnag, dont le comité central doit tenir ce soir une réunion qui sera consacrée à ce sujet. « La priorité pour nous est d'en finir avec la montagne d'ordures à Bourj Hammoud, et je pense qu'il existe plusieurs moyens pour atteindre cet objectif », a-t-il ajouté.
Pendant ce temps, à Khaldé, le président du Parti démocrate libanais, Talal Arslane, assurait qu'il comptait combattre le projet d'aménagement d'une décharge sanitaire dans la région dite de Costa Brava – polluée pourtant par un dépotoir sauvage – en mettant en relief l'incompatibilité de celle-ci avec des conventions écologiques internationales. Il s'est défendu d'avoir adopté une position ambiguë par rapport au projet de solution gouvernemental à la crise des déchets.
« Nous n'approuverons pas et nous ne garderons pas les bras croisés devant le crime écologique et sanitaire que le gouvernement est en train de commettre pour essayer de cacher son incapacité à régler de manière acceptable ses dossiers, notamment celui des ordures », a-t-il dit, en assurant qu'il ne va pas se laisser « entraîner pour cela sur la voie de la discorde, mais compte s'y opposer en ayant recours à la politique et au droit ».
« Des ONG de Choueifate ont rendez-vous demain (aujourd'hui) avec les représentants de l'Union européenne pour consigner auprès d'eux une plainte selon laquelle le gouvernement libanais enfreint la convention de Barcelone sur la protection de la Méditerranée des sources de pollution terrestre », a annoncé le parlementaire.
Les solutions immédiates approuvées par le gouvernement prévoient l'aménagement de deux décharges sanitaires avec des centres de traitement à Bourj Hammoud et sur le site de Costa Brava, à Khaldé. Les déchets du Beyrouth administratif seront répartis entre ces deux décharges ainsi que dans l'usine de traitement de Saïda.
(Voir aussi : Crise des déchets au Liban : le cauchemar, vu du ciel (vidéo))
Salam : Protéger le Liban de ses responsables
Le chef du gouvernement et le ministre de l'Environnement ont tous deux insisté sur le fait qu'il n'y a pas d'autres solutions immédiates possibles, en tirant à boulets rouges sur les « politiques » qui ont fait avorter au cours des derniers mois toutes les propositions de règlement. M. Salam, qui a pris part hier à la cérémonie organisée au Sérail par le ministère de l'Économie pour la Journée mondiale des droits du consommateur, a axé une grande partie de son discours sur la crise des déchets, affirmant notamment : « Nous avons surtout besoin d'une Journée libanaise pour protéger le pays de nous, ses responsables. »
Mettant l'accent sur l'incapacité des dirigeants libanais à être « à la hauteur de leurs responsabilités dans des domaines essentiels, en rapport notamment avec l'exercice démocratique », M. Salam a souligné les difficultés auxquelles son équipe est confrontée du fait de la vacance présidentielle et de la paralysie du Parlement.
Selon lui, la crise des déchets, « un legs d'une vingtaine d'années, aurait dû faire l'objet d'une solution radicale, mais la négligence et les faux pas ont fait qu'elle s'est exacerbée au point que le pays dans son ensemble est devenu un dépotoir gigantesque ». « J'avais soutenu à plusieurs reprises que nous vivons parmi non seulement des déchets organiques, mais politiques aussi », a martelé le Premier ministre qui a dénoncé « une pollution politique locale qui entrave toute solution radicale et durable ». « C'est à grand peine que nous avons réussi à mettre en place une solution provisoire en attendant une autre, durable », s'est-il plaint.
M. Salam a reconnu que le règlement préconisé aujourd'hui « n'est pas l'idéal ». « Mais c'est ce qui est disponible. Nous essayerons de toutes nos forces de l'appliquer et d'en finir avec ces poisons qui étouffent les Libanais », a-t-il encore dit en promettant de « ne pas baisser les bras, notamment devant les réactions négatives hostiles aux décharges, à l'exportation et aux incinérateurs, dont les auteurs ont pour principal souci de faire entendre leur voix ».
« Nous appelons les responsables politiques et la société civile à ne pas faire obstruction à la mise en application du plan », a insisté à son tour M. Machnouk, qui a signé hier avec le PDG d'EDL, Kamal Hayek, un accord de coopération pour la lutte contre les polluants dans le domaine de l'électricité.
Pour mémoire
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15 h 45, le 16 mars 2016