Rita Hayek débarque au théâtre Monnot, où a lieu l'interview, deux heures avant son entrée en scène dans Vénus *. Moulée dans une petite veste noire et un short en jeans, le visage nu, sans fards, la jeune actrice n'a pas peur de se montrer à visage découvert, au double sens du terme. Ce qui est assez rare pour mériter d'être souligné ! D'emblée, elle confie son bonheur de vivre enfin son rêve d'enfance : être sur scène, couronnée de succès. « C'est si beau ! », s'exclame-t-elle spontanément. Et d'ajouter que tout cela a été possible grâce au soutien inconditionnel de ses parents. À tout juste 28 ans, cette passionnée de théâtre depuis sa tendre enfance a déjà près de dix ans de carrière derrière elle. « Depuis ma première année en art dramatique à l'UL, j'ai enchaîné les participations sur les planches (notamment dans le Don Quichotte des Rahbani), mais surtout dans des films et des émissions télévisés (Amélia, Kafa, une série sur la violence conjugale, ou encore la fameuse compétition de plongeons Splash). Mais ce sont les rôles de Georgia dans Kaab Aaleh et de Wanda dans Vénus que m'a offerts Jacques Maroun qui ont vraiment lancé ma carrière. Tout comme ils m'ont marquée en tant que personne. Car, s'ils m'ont révélée au public, ils m'ont aussi révélée à moi-même », dit-elle sans langue de bois.
(Pour mémoire : Un « Kaab aali » vertigineusement audacieux sur les planches libanaises ! )
« Je ne suis pas seulement Vénus... »
Deux rôles audacieux qui lui collent à la peau, elle en convient. « D'ailleurs je reçois beaucoup de scénarios allant dans ce registre... que je décline, parce que je n'ai pas envie de me laisser enfermer dans un genre unique. Oui, je suis Vénus, ou plutôt Wanda, le personnage de la pièce, mais je ne suis pas que cela. J'ai d'autres facettes aussi... », affirme-t-elle. Ainsi, c'est une toute autre facette de Rita Hayek que les téléspectateurs libanais pourront découvrir dans Hobb Haram, un feuilleton de 60 épisodes, actuellement en tournage, dont la sortie est prévue pour la période de ramadan sur la LBCI. « Il s'agit d'une histoire d'amour interdite entre une jeune femme (mon personnage) et le fils d'un premier mariage de son époux (interprétés par Carlos Azar et Nicolas Daniel). Claudia Marchalian a écrit le scénario, Samir Habchi avec Marwa Group signent la réalisation et la production, et ce sera mon premier rôle principal dans un film », indique-t-elle, enthousiaste.
Mais cette sportive, habituée des marathons (elle s'est inscrite cette année à celui de Vienne), rêve surtout de tourner dans un film d'action. « Je suis accro à l'adrénaline. Je suis accro à la vie, quoi... En fait, j'ai toujours pensé que j'avais un cœur de Gitane. J'aime multiplier les expériences, explorer de nouvelles voies, surprendre et me surprendre... », affirme vigoureusement la jeune femme. Du coup, cette « passionnée et déterminée » cumule les projets : émissions radios (elle anime, depuis peu, la matinale de Aghani chaque vendredi), cinéma, apprentissage de langues étrangères (autres que l'anglais et le français qu'elle maîtrise parfaitement), tout en affirmant n'être pas du genre à planifier sa carrière. « Ma curiosité de la vie et le goût des rencontres me guident. J'adore connaître de nouvelles personnes, m'introduire chez les gens, découvrir leurs univers, observer leurs façons de parler, de bouger, de réagir... C'est cela qui nourrit mon jeu d'ailleurs », dit-elle. Un jeu que la talentueuse comédienne cherche constamment à perfectionner. Elle a, à cet effet, suivi plusieurs ateliers de techniques théâtrales aux États-Unis, notamment à la Stella Adler Art of Acting Studio à Los Angeles. Seul hic, elle n'arrive pas à se débarrasser de ce trac dévorant avant chaque entrée en scène. « J'ai interprété à ce jour plus de 70 fois le rôle de Wanda. Ce personnage est presque devenu une seconde nature chez moi, tellement je possède mon rôle, et pourtant je continue à ressentir le trac à chaque représentation comme au premier soir », avoue la jeune femme qui n'en laisse pourtant rien filtrer sur scène. « Les gens se font souvent des idées fausses sur nous les comédiens. Ils nous imaginent effrontés et menteurs, alors que nous sommes souvent des êtres hypersensibles, plus sincères et authentiques que la moyenne, puisqu'on n'hésite pas à dévoiler notre intimité et montrer notre vulnérabilité en public... », tient à souligner cette actrice qui ne veut pas se contenter d'une certaine célébrité ni même d'un statut de « star », mais travaille à être une vraie artiste. « Quelqu'un qui va au-delà de l'image, qui habite profondément ses rôles », dit-elle. À l'instar de Charlize Theron et de Robin Williams, ses icônes, ses idoles.
Sinon, ce dont a envie cette « perpétuelle amoureuse », c'est « juste de continuer à faire des choses qui me rendent heureuse, comme je le suis en ce moment », assure-t-elle. Et c'est ce qu'on lui souhaite...
* Inspirée de la fameuse « Vénus à la fourrure » de Leopold von Sacher-Masoch, « Vénus » de Jacques Maroun avait été à l'affiche du théâtre Monnot l'année dernière. Elle y est reprise actuellement jusqu'au 20 mars.
Pour mémoire
« Venus » passionnément... ou pas du tout


Bravo Rita Hayek !
13 h 35, le 11 mars 2016