Un brouhaha assourdissant et une gesticulation bruyante planent sur la Cité, des hordes de tout genre traversent nos frontières, s'incrustent dans nos villes et nos campagnes sans crier gare, le peuple est étourdi, l'État affaibli est constamment secoué, la République malade vacille et la nation hagarde plonge chaque jour davantage dans une mer houleuse et imprévisible... !
Depuis le départ du dernier locataire de Baabda, le Liban est dans les soins intensifs, et tous les politiques tournent autour de lui comme des vautours, à qui mieux mieux, à celui qui pourra arracher ce fauteuil, ou peut-être même continuer à le prendre en otage, en attendant d'y asseoir une personnalité qui desservira au mieux leurs intérêts politiques... !
Les crises se succèdent et s'accumulent, l'une chassant l'autre, histoire de gagner du temps, de détourner l'attention de l'essentiel, de permettre aux plus forts d'asséner, le moment venu, le coup fatal et d'imposer leurs desiderata... Le Liban va à vau-l'eau, le peuple a le vertige, las, il continue quand même à vaquer à ses occupations sans aucune réaction, quel drame... !
Mais est-il tolérable que les citoyens continuent à subir le laisser-faire des politiques, leur ignorance, leur mauvaise foi, leur corruption et surtout leurs diktats de tout genre ? Est-il honorable que ce peuple ne réagisse même plus, face à toutes les atteintes quotidiennes et insupportables qui foulent aux pieds sa dignité individuelle et nationale (les ordures ménagères, l'électricité, l'eau, etc.) ?
La mascarade autour de l'élection présidentielle n'est-elle pas, elle aussi, une preuve supplémentaire de cette érosion de notre système politique et de la dilution d'un régime, devenu incapable de répondre aux besoins les plus élémentaires de ses citoyens et au blocage de toutes les institutions nationales ? Le branle-bas de combat auquel nous assistons, depuis près de deux ans autour de cette campagne, met en évidence la déliquescence des deux principaux groupes d'électeurs (entendu les 8 et 14 Mars) et leur incapacité d'imposer séparément n'importe quel candidat, malgré un léger avantage au 8 Mars au niveau du blocage. C'est pourquoi les deux grands alliés du 14 Mars ont cherché, chacun de son côté, à dégager le pays de cet enlisement, mais en occultant le fondamental et privilégiant la tactique. Ce choix révoltant a frappé de plein fouet tous ceux qui croyaient encore à toute la symbolique représentée par cette marche historique de l'indépendance ! Le plus inquiétant encore, c'est qu'en optant pour une même stratégie mais avec des choix croisés de candidats (tous deux du 8 Mars), ils ont à ce jour tous les deux échoué, et ont abouti malheureusement à un nouveau type de blocage au sein même du 14 Mars. Saad Hariri l'a d'ailleurs implicitement reconnu au Biel, lors de la 11e commémoration de l'assassinat de son père, et ce malgré le rabibochage de façade affiché à la fin de cette manifestation. Ce triste paysage confirme chaque jour davantage combien l'esprit de bazar prévaut sur celui de la Constitution, dans la gouvernance de la chose publique et les choix institutionnels de nos politiques... !
C'est pourquoi un changement en profondeur s'impose, mais naturellement dans la légalité et le strict respect des libertés publiques et privées.
Cette action est en effet largement souhaitée par toutes les franges de la population qui vont de déception en déception. La multiplication du nombre d'ONG et les revendications de tous les corps professionnels et institutionnels en sont la preuve. Il faut donc réfléchir et organiser dans les meilleurs délais cette transition, pour qu'elle soit efficace et utile. Un coordinateur général venu de ses rangs pourrait se charger de cette mission, son rôle consisterait à canaliser tous ses intervenants et à les encadrer pour tirer le meilleur de tous et de chacun (cette démarche est peut-être déjà en cours, depuis le début de cette année). Grâce ensuite à l'établissement d'une très large base de données, il sera alors possible de déterminer une vision politique prospective, des objectifs à atteindre et une logistique appropriée pour construire les contours d'un régime plus apte à répondre aux attentes de la population et plus capable de construire un État citoyen. Parallèlement à cette initiative, il lui faudrait entreprendre de corriger les instruments politiques et institutionnels existants et bâtir de nouveaux modèles pour accompagner la démarche susmentionnée. Le moyen de le faire consisterait à confier à des personnalités académiques et professionnelles de référence, le soin de débattre et de conclure sur des sujets relatifs à la Constitution, à l'accord de Taëf, au « vivre-ensemble », au régime civil, à un programme économique basé sur l'innovation, la technologie, la concurrence, la rentabilité, et enfin à la neutralité permanente du Liban. Une fois ce grand chantier terminé, il faudrait pouvoir mobiliser les forces actives de la République pour faire adopter, par les voies légales et constitutionnelles, les réformes institutionnelles souhaitées et le passage vers un nouveau régime. Il est bien entendu que le coordinateur en question doit être à même d'assumer cette fonction, c'est-à-dire qu'il se doit d'être crédible, transparent et à égale distance de tous les intervenants. Il lui faudra avoir naturellement les moyens administratifs, techniques et professionnels, ainsi que les capacités financières nécessaires pour exécuter ce long et délicat parcours.
C'est ainsi que les Libanais auraient façonné et construit de leurs mains leur destin de demain. De simple gare routière, ou de caravansérail, ils auraient réussi à transformer leur pays en une véritable nation, phare exemplaire de démocratie, de citoyenneté, de justice et de « vivre-ensemble » des religions et des cultures, au cœur d'un Orient en pleine mutation, mais déchiré par des guerres de religion, démembré géographiquement, assassiné et exsangue.
Salim F. DAHDAH
P-S. Cet article reprend volontairement une thématique développée précédemment. Il a pour but de marteler la nécessité de s'engager très vite dans des changements immédiats et profonds, sans quoi nous allons perdre notre entité nationale et notre chance circonstancielle et unique de demander et peut-être d'obtenir le statut de « neutralité permanente » pour le Liban.


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Je suis un fervent lecteur de vos écrits, Mr. Dahdah, et votre première déclaration: "un brouhaha assourdissant et une gesticulation bruyante "décrit à merveille la situation dans laquelle nous nous trouvons a l'heure présente. Pourquoi donc suis-je reste sur ma faim, à la lecture du reste de l'article? Les mots que vous employez: corruption, diktats, laissez-faire, mascarade sont pourtant bien révélateurs des tourmentes auxquelles nous faisons face. Mais alors, que manque-t-il d'essentiel au tableau? C'est uniquement après avoir lu votre P-S que je constate l'absence de détails au sujet de ces changements immédiats et profonds dont vous soulignez l'importance sans en décrire la nature. Et pourtant, ce serait si simple à mon avis. Ces changements consisteraient en une application soigneuse d'un plan rationnel de remboursement de la dette. Que nos édiles acceptent d'adopter une telle solution et vous verrez comment tout rentrerait dans l'ordre, comme par magie. Je ne regrette qu'une chose. C'est de ne pas etre en mesure de joindre à ces lignes, un tableau et un graphique dénotant comment réaliser cet exploit. Je compte le faire en annexe de la copie que je publierai sur facebook, dans l'espoir que vous aurez l'occasion de la lire.
22 h 40, le 27 février 2016