Rechercher
Rechercher

Nos lecteurs ont la parole - Georges Karam

Les raisons qui disqualifient la candidature du général Aoun à la présidence de la République

Le général Michel Aoun à Baabda en 1988.

En ces moments où le Liban vit la pire crise institutionnelle de son histoire dans un contexte interne et régional des plus chaotiques et des plus inquiétants, le choix d'un nouveau président de la République doit, particulièrement pour les chrétiens, se faire avec la plus grande prudence et sagesse. Il ne s'agit ici ni d'un concours de popularité ni de l'aboutissement d'une course de fond qui dure depuis un quart de siècle. Il est question de sauver ce qui reste du Liban, des chrétiens libanais, de la convivialité et de la confiance entre les différentes composantes de la population libanaise. À cela s'ajoute, et ce n'est pas le moindre défi, la capacité du nouveau président à asseoir sa crédibilité et donc celle de l'État libanais auprès des décideurs internationaux. Le Liban n'a ni la vocation ni les moyens de vivre en autarcie d'autant que la majorité de ses fils demeurent à l'étranger, dispersés sur les cinq continents, et qu'il a de surcroît sur les bras un problème gigantesque de réfugiés palestiniens et syriens qu'il ne pourra jamais régler seul. Il est donc du devoir de tous les décideurs libanais de surmonter leur ego et leurs intérêts personnels pour choisir le président qui va le mieux servir les intérêts du Liban, gagner la confiance des leaders régionaux et mondiaux, et assurer l'harmonie sociale dont le Liban a un urgent besoin.
L'accord entre les FL et le CPL a de quoi surprendre. D'emblée, disons que ce qui rapproche les chrétiens et diminue les tensions entre eux est de toute évidence non seulement souhaitable, mais aussi indispensable. Cet accord aurait dû avoir lieu depuis longtemps. C'est pourquoi sa soudaineté après l'annonce par Saad Hariri qu'il appuyait la candidature de Sleiman Frangié à la présidence soulève plusieurs points d'interrogation et rend l'accord beaucoup moins transparent pour ne pas dire opaque.
À plus d'un titre, cet accord témoigne de l'indifférence des deux protagonistes à l'égard du « citoyen-mouton ». Après avoir divisé les familles et dressé le frère contre son frère, le fils contre son père, après avoir tué de paisibles personnes et détruit leurs maisons à coups de canon et en toute impunité, après avoir maintenu un quart de siècle durant cette obscure et malveillante rivalité, voilà que les deux rivaux s'entendent pour tourner la page et oublier le passé ! Le passé ne doit pas s'oublier. Il doit à jamais faire partie de notre mémoire collective et déterminer les responsabilités de l'immense bêtise de cette guerre fratricide. En plus d'avoir tué et blessé des milliers de personnes, cet inqualifiable conflit a provoqué le plus grand exode de chrétiens libanais. Voilà un crime doublé d'une impardonnable faute historique !
C'est bien commode de tourner la page sans avoir à rendre des comptes et d'aspirer sans sourciller à la plus haute magistrature de l'État. Malheureusement, nombreux sont les chrétiens du Liban qui n'ont pas de mémoire, et le sang que leurs frères ont versé « a séché vite en entrant dans l'histoire ».
Sans s'attarder sur les nombreux témoignages peu élogieux à son égard de la part d'officiers qui l'ont côtoyé, sur le calamiteux résultat des guerres qu'il a entamées et sur le népotisme dont il a fait preuve sans aucune retenue, il y a deux réalités rédhibitoires à l'élection du général Aoun à la présidence de la République. La première est, selon lui, l'illégitimité du Parlement qui a voté sa propre prorogation. Ce Parlement deviendrait-il par miracle légitime s'il l'élisait Aoun président ? La seconde et inexorable réalité est l'âge du général Aoun : 83 ans. Ce qui veut dire qu'à la fin de son mandat, il aurait pratiquement, si l'on tient compte du temps que cela prendrait encore pour son élection, 90 ans ! Faudra-t-il alors qu'il soit accompagné en permanence d'un médecin pour attester de ses capacités juridiques et de son aptitude à assumer ses responsabilités constitutionnelles ?
Dans l'intérêt du Liban et des chrétiens du Liban, le général Aoun doit tourner lui-même non pas la page du passé, mais celle de la présidence et se rendre à l'évidence qu'il est déjà trop tard. Ce sera beaucoup plus honorable pour lui. Il pourrait alors se consacrer à la rédaction de ses Mémoires et nous livrer les secrets intimes qui ont motivé ses entreprises militaires et politiques.

Georges KARAM
Montréal

En ces moments où le Liban vit la pire crise institutionnelle de son histoire dans un contexte interne et régional des plus chaotiques et des plus inquiétants, le choix d'un nouveau président de la République doit, particulièrement pour les chrétiens, se faire avec la plus grande prudence et sagesse. Il ne s'agit ici ni d'un concours de popularité ni de l'aboutissement d'une course de fond qui dure depuis un quart de siècle. Il est question de sauver ce qui reste du Liban, des chrétiens libanais, de la convivialité et de la confiance entre les différentes composantes de la population libanaise. À cela s'ajoute, et ce n'est pas le moindre défi, la capacité du nouveau président à asseoir sa crédibilité et donc celle de l'État libanais auprès des décideurs internationaux. Le Liban n'a ni la vocation ni les moyens de...
commentaires (3)

De Paris, je souscrit à 100% sur ce que vient de dire Georges Karam de Montréal. A 83 ans, on a la santé de son âge, le palais de Baabda n'est pas une maison de retraite médicalisée. Il est ridicule, à 83 ans, de courir derrière une fonction qui durerait 6 ans à moins d'être un handicapé mental. Il est temps pour l'octogénaire Michel Aoun d'arrêter sa couse contre l'horloge du temps.

Annie

11 h 49, le 16 février 2016

Commenter Tous les commentaires

Commentaires (3)

  • De Paris, je souscrit à 100% sur ce que vient de dire Georges Karam de Montréal. A 83 ans, on a la santé de son âge, le palais de Baabda n'est pas une maison de retraite médicalisée. Il est ridicule, à 83 ans, de courir derrière une fonction qui durerait 6 ans à moins d'être un handicapé mental. Il est temps pour l'octogénaire Michel Aoun d'arrêter sa couse contre l'horloge du temps.

    Annie

    11 h 49, le 16 février 2016

  • DEUX RAISONS : PARAVENTISSIME.... ET CAMÉLÉON !!!

    La Libre Expression. La Patrie en Peril Imminent.

    10 h 24, le 16 février 2016

  • "Il y a, au meilleur des cas, 2 réalités rédhibitoires à l'élection de ce Äoûn à la présidence. La première est, selon lui, l'illégitimité du Parlement qui a voté sa propre prorogation. Ce Parlement deviendrait-il par miracle légitime s'il l'élisait président ? La seconde, inexorable, est l'âge de ce Äoûn : 83 ans !!!! Ce qui veut dire qu'à la fin de son impossible mandat, il aura.... 89 ans !!!! Faudra-t-il alors qu'il soit accompagné en permanence d'un staff médical pour attester de ses capacités et de son reste d'aptitude à assumer ses responsabilités ? Dans l'intérêt du Pays, tous les vrais libanais devraient imposer, enfin, à ce Äoûn, de tourner la page de son arlésienne de présidence ! Ce sera beaucoup plus honorable pour ce pays. Trêve de masseKharrâh-mascarade ! Et il pourrait alors se faire aider pour rédiger ses quelques "Mémoires", si risque d’Alzheimer, et livrer ainsi les secrets pathétiques qui ont motivé ses entreprises militaro-politiciennes si Catastrophiques pour ce Pays !". Clair, net et précis. Merci, Mont-Réel !

    ANTOINE-SERGE KARAMAOUN

    08 h 18, le 16 février 2016

Retour en haut