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Un film sur un scandale de pédophilie au sein de l'Église ne sera pas projeté au Liban

Cinéma

Les distributeurs de "Spotlight" ont estimé que le sujet était trop sensible.

12/02/2016

Nommé aux Oscars, le film "Spotilght", du nom de l'équipe de journalistes d'investigation du quotidien américain Boston Globe qui a enquêté sur un scandale de pédophilie au sein de l'Église catholique aux Etats-Unis, ne sera pas projeté dans les salles de cinéma au Liban et au Moyen-Orient. La raison ? Les distributeurs estiment que ce film pourrait heurter les sensibilités des spectateurs dans cette région du monde où la question religieuse reste délicate. Par leur décision, les distributeurs devancent ainsi la censure des autorités.

Autocensure
"Nous sommes face à un cas classique d'auto-censure", estime Léa Baroudi, cofondatrice et présidente de l'ONG March contre la censure, interrogée par L'Orient-Le Jour. Elle cite l'exemple du film "God of Egypt", distribué au Liban sous le titre "King of Egypt" sur décision de ses producteurs. "Les producteurs et les distributeurs s'adaptent aux différents publics et à leur réaction", explique Léa Baroudi.

Un responsable de salles de cinéma au Liban, qui a souhaité que son témoignage reste anonyme, a expliqué à L'Orient-Le Jour qu'il s'agit aussi d'une question commerciale. "Lorsqu'un film nous est proposé, nous calculons sa rentabilité. Un film comme Spotlight qu'il faut adapter et traduire - et cela coûte cher - ne sera pas rentable tout simplement parce que le nombre de places vendues ne suffira pas à couvrir les frais", explique-t-il. "Nous vivons dans un pays, une société, où ce genre de film, qui peut heurter, rencontrera difficilement l'adhésion du public", poursuit-il, rappelant que d'autres films, sortis ailleurs, n'ont pas été projetés au Liban.

L'enquête des journalistes américains, couronnée par le prix Pulitzer, a révélé que l’Église catholique a protégé pendant des décennies les personnalités religieuses, juridiques et politiques les plus en vue de Boston. L'enquête devait déclencher une vague de révélations dans le monde entier.

 

(Pour mémoire : « Je n’ai pas réalisé ce film pour provoquer, mais pour normaliser l’autre »)

 

Les autorités dédouanées
La décision de ne pas projeter "Spotlight" n'a donc pas été prise par le bureau de la censure de la Sûreté générale (SG), rappelle ce responsable. L'instance n'a en effet pas interdit ce film car elle ne l'a pas examiné. Le responsable de salles trouverait "injuste" que la SG soit mise en cause dans cette affaire. "Dans ce pays, il y a des lois et nous les respectons, comme nous respectons aussi les sensibilités de chacun. En projetant un film comme Spotlight qui peut jeter le discrédit sur tous les hommes d’Église, nous heurterions inutilement une partie de l'opinion", insiste ce responsable.

"Je suis certaine que la SG aurait censuré ce film si elle l'avait examiné", assure Léa Baroudi, pointant du doigt une nouvelle tendance. "La SG tient à montrer une image d'ouverture. Depuis quelques temps, elle a élargi ses critères et autorise les films à forte connotation érotique ou sexuelle mais elle reste extrêmement attentive aux thèmes portant sur la politique et la religion", poursuit-elle, soulignant l'action de "groupes de pression politiques et religieux".

Spotlight est en lice pour quatre Oscars, dont la 88ème cérémonie se déroulera le 28 février prochain à Hollywood : celui du meilleur film, celui du meilleur réalisateur avec Tom McCarthy, celui du meilleur acteur dans un second rôle avec Mark Ruffalo et de meilleure actrice dans un second rôle avec Rachel McAdams.

 

Pour mémoire
La censure frappe de nouveau : un documentaire sur les déplacés de la guerre civile interdit

Une ligne directe pour venir en aide aux internautes libanais confrontés à la censure

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PAUL TRONC

Et c'est bien mieux comme ça.

Qu'on arrête de nous souler avec ces attaques sur les religions. c'est toujours les mêmes qu'on attaque et jamais l'autre là, comme si elle était parfaite.

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