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Une ligne directe pour venir en aide aux internautes libanais confrontés à la censure

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16/03/2015

À l'instar des livres, des films et autres publications, Internet peut aussi être la cible de la censure au Liban. Face à cette situation, l'ONG March, qui milite entre autres pour la liberté d'expression, a pris les choses en main. Vendredi dernier, elle a inauguré une ligne verte (hotline) dont l'objectif est de donner des conseils légaux aux internautes, blogueurs et journalistes souvent démunis face à la censure étatique.

« Au cours des deux dernières années, nous avons recensé plusieurs cas d'internautes, de blogueurs et de journalistes interpellés par le bureau de lutte contre les crimes cybernétiques », explique à L'Orient-Le Jour Léa Baroudi, cofondatrice de l'ONG March, qui dénonce le fait que des utilisateurs du web sont poursuivis « pour des écrits ».

Comme son nom l'indique, le bureau de lutte contre les crimes cybernétiques – qui relève de la police judiciaire – traite des actes criminels commis sur la toile. Entrent donc dans ses compétences des crimes sérieux, par exemple liés au terrorisme. Mais Léa Baroudi souligne que « ce bureau traite de toutes sortes d'affaires sur Internet. Le procureur général, qui transfère les dossiers au bureau, le fait de manière discrétionnaire, sans même s'attarder sur le contenu. Les internautes au profil le plus ordinaire sont donc traités comme des criminels, remarque-t-elle Nombre d'entre eux pratiquent désormais l'autocensure pour se protéger ».

Gino Raidy, blogueur libanais à succès et membre de March, a lui-même été interpellé par « le bureau » à plusieurs reprises. « Il a ainsi mis en exergue la nécessité de créer une plate-forme pour protéger les internautes, précise Léa Baroudi. C'est à ce moment-là que l'idée de créer cette ligne verte nous est venue. »

Un internaute, quand il est dans le collimateur des autorités libanaises, est d'abord « invité à prendre un café ». Mais cette invitation équivaut souvent à une interpellation en bonne et due forme. Une fois « l'individu interpellé, alors qu'il n'a pas d'avocat, on ne lui explique pas ses droits, et il est parfois retenu pendant 48 heures », dénonce Léa Baroudi. Des internautes « nous appelaient souvent paniqués, confus et effrayés par les suites que pourrait avoir leur interpellation », poursuit la jeune femme. D'où la nécessité de mettre en place une structure d'assistance légale.

C'est ainsi qu'est né le 70 235 463, un numéro d'appel permettant de bénéficier d'une aide d'avocats bénévoles, en collaboration avec March. « La ligne verte est le fruit de nombreuses réunions au cours des derniers mois avec des avocats experts du domaine des médias et d'Internet, précise la cofondatrice de l'ONG. L'équipe légale est formée d'une dizaine d'avocats et une expansion est en vue, avec cinq ou six avocats supplémentaires qui viendraient renforcer les rangs », ajoute-t-elle.

Le fonctionnement de la ligne est simple : « l'internaute nous appelle, nous l'interrogeons sur les détails de son cas, et nous le redirigeons vers l'un de nos avocats, afin que ce dernier lui prodigue les conseils légaux nécessaires », explique l'activiste.

« Rendre des comptes »
Interrogée sur les difficultés inhérentes au projet, Léa Baroudi répond sans hésitation : « La loi. » Celle-ci est extrêmement vague et le bureau de lutte contre les crimes cybernétiques n'a même pas été créé en fonction d'une législation, explique-t-elle. En conséquence, les autorités de censure ont des compétence très vastes, menant à toute sorte d'abus. Souvent poursuivis pour diffamation, les internautes sont victimes d'une interprétation très large de la notion.

Léa Baroudi note toutefois que le caractère vague de la loi permet aussi aux avocats de trouver des brèches pour défendre les internautes poursuivis. Le problème étant toutefois que trop souvent on interdit à l'avocat d'être présent avec l'internaute lors de son interrogatoire. « Dois-je me présenter à l'interrogatoire ? Puis-je m'en abstenir ? Voilà quelques questions que se posent les internautes », et auxquelles ils devraient trouver une réponse via la ligne verte, précise-t-elle.

Outre cette dernière, l'ONG March travaille également sur une brochure qui devra être mise en ligne d'ici à un mois et sera distribuée en version papier. Une conférence est également prévue d'ici à quelques mois afin de discuter directement avec les autorités responsables de la censure, confie Léa Baroudi.
March veut trouver des solutions légales à opposer à ces questions de censure, tout en espérant, à terme, ne plus avoir besoin de recourir à cette ligne verte. « D'ici là, le bureau de lutte contre les crimes cybernétiques devra rendre des comptes », souligne-t-elle.

 

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