Le Premier ministre Nawaf Salam au Grand Sérail, lors d'un entretien avec L'Orient-Le Jour, le 14 septembre 2025. Photo Mohammad Yassine / L'Orient-Le Jour
Le Premier ministre Nawaf Salam a adopté, mercredi soir, une ligne de fermeté à l'égard du Hezbollah au cours d'un entretien télévisé, sa première prise de parole publique depuis la signature vendredi dernier du cadre de négociation conclu entre le Liban et Israël. « Quel État peut fonctionner avec deux armées ? », s'est-il interrogé, qualifiant les conséquences des deux guerres menées par le Hezbollah contre Israël, en signe de solidarité avec son parrain iranien, de « véritable catastrophe ». Il a ajouté que c'est en raison de ces conflits initiés par le parti chiite en octobre 2023 et mars 2026 que l'État libanais en est arrivé à engager des négociations directes avec Israël.
Après les violentes réactions ces derniers jours du tandem chiite Amal-Hezbollah en réaction à l'accord-cadre, qui lie notamment le désarmement du Hezbollah au retrait israélien, Nawaf Salam a averti que son gouvernement ne cédera « ni au chantage ni aux menaces de guerre civile », et ne « reviendra pas sur l'objectif de restaurer le monopole d'État sur les armes ». Il a cependant assuré ne pas chercher « la confrontation » avec la formation pro-iranienne et fera tout pour éviter « un affrontement armé ».
Depuis vendredi, des cadres du Hezbollah agitent le spectre de la « guerre civile » si les autorités ne revenaient pas sur l'accord signé à Washington, avant d'atténuer quelque peu leurs menaces et affirmer qu'ils n'auront pas recours à la rue. Il a ajouté avoir adressé ses remerciements au président du Parlement Nabih Berry, également chef du mouvement Amal, pour son intervention visant à empêcher « la discorde » et une escalade dans la rue. M. Berry avait rejeté à l'instar de son allié chiite l'accord, assurant qu'il ne « passera pas », tout en rejetant les dissensions internes.
Nawaf Salam par ailleurs demandé au Hezbollah « de respecter les engagements auxquels il avait lui-même souscrits dans l'accord de Taëf, la résolution 1701, la déclaration de cessation des hostilités de novembre 2024 et la déclaration ministérielle » concernant le désarmement. « Nous voulons que toutes les armes au Liban soient sous le commandement de l'armée libanaise. Quel État peut fonctionner avec deux armées ? », s'est-il interrogé. Le chef du gouvernement a rappelé que le Liban s'était engagé, en vertu de la résolution 1701, à faire du Liban-Sud une zone démilitarisée. « Or, nous découvrons aujourd'hui des tunnels et des armes », a-t-il regretté. L'armée avait affirmé, dans le cadre du plan de désarmement de l'été 2025, avoir quasiment finalisé le démantèlement des infrastructures du Hezbollah au sud du Litani. Toutefois, dès l'entrée en guerre du Hezbollah le 2 mars 2026, le mouvement a effectué des tirs et mobilisé ses combattants dans cette zone.
Évoquant le retrait israélien de 2000, M. Salam s'est interrogé sur les raisons pour lesquelles l'armée libanaise n'avait pas été autorisée alors à se déployer dans le Sud. « Aujourd'hui, chaque zone évacuée par l'armée israélienne sera investie par l'armée libanaise, qui y étendra son autorité », a-t-il dit. Dans ce cadre, le chef du gouvernement a annoncé que le retrait israélien des « zones pilotes » - prévu dans l'accord-cadre - interviendrait « dans les prochains jours ». Des informations de sources israéliennes faisaient état mardi soir à la chaîne 11 israélienne que le retrait sera reporté dans ces zones jusqu'à ce qu'une commission de supervision, comprenant les armées libanaise et israélienne et les États-Unis, soit mise sur pied.
Le Premier ministre a précisé qu'une première zone comprendrait Zaoutar el-Gharbiyé et Zaoutar el-Charkiyé, sur la rive nord du Litani dans le caza de Nabatiyé, ainsi que plusieurs autres villages de cette région. La seconde, au niveau de Ghandouriyé et Froun dans le caza de Bint Jbeil, sur la rive sud du Litani face à Zaoutar, présente selon lui une situation différente. Si aucune présence de chars israéliens n'y est signalée, elle demeure sous le contrôle des tirs israéliens.
Deux guerres successives
Évoquant la guerre « de soutien » à Gaza (octobre 2023-novembre 2024), le Premier ministre a estimé qu’« indépendamment de l'aventure de la guerre de soutien et de ses conséquences, que certains qualifient de victoires, nous voyons, nous, le nombre de victimes et le coût de la reconstruction : c'est une véritable catastrophe ».
« Nous ne sommes pas des amateurs de négociations, mais nous en sommes arrivés à ce stade après deux guerres qui ont fait des milliers de victimes », a poursuivi Nawaf Salam, rappelant que la première avait causé plus de 7 milliards de dollars de dégâts directs, sans compter les pertes économiques estimées à 13 milliards de dollars. Il a aussi qualifié le second conflit de « guerre de vengeance liée à Ali Khamenei », assassiné le 28 février dernier au début de la guerre israélo-américaine contre l’Iran.
Un cadre tripartite
M. Salam a enfin affirmé que la priorité du Liban pour les prochains cycles de négociations directes avec l’État hébreu sous égide américaine sera d'établir un calendrier pour le retrait israélien du territoire national. Il a précisé que si le texte de l’accord Liban-Israël est compris comme un cadre définissant le déroulement des négociations, la question du retrait israélien devra être réglée selon un calendrier précis. « Notre priorité pour les prochains cycles de négociations sera d'établir ce calendrier », a-t-il souligné.
S'adressant aux habitants du Liban-Sud, le chef du gouvernement a affirmé que le texte prévoyait bien un retrait israélien. « Quelle est la différence entre un redéploiement hors du territoire libanais et un retrait ? Le cadre prévoit un redéploiement hors du territoire libanais. Le terme « territoire » est défini avec l'article défini, ce qui signifie qu'il s'agit de l'ensemble du territoire libanais. Cela signifie donc un retrait », a-t-il dit.
Nawaf Salam a enfin admis avoir « un problème » avec l'expression « accord-cadre ». Il a estimé que cette appellation était « source de malentendus ». « Nous ne parlons pas d'un accord appelé « accord-cadre », mais d'un cadre tripartite », a-t-il affirmé, expliquant encore qu'il s'agissait d'un « cadre de négociations, afin de parvenir à un accord, et non d'un accord en soi ou d'un traité ».



