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Économie

Le Liban, déjà un pôle régional pour les fonds technologiques ?

Investissement

Les millions de dollars débloqués par la Banque centrale pour soutenir le secteur technologique ont permis l'émergence de fonds spécialisés, mais des défis restent à surmonter.

11/02/2016

Plus de deux ans après le lancement de la circulaire n° 331 par la Banque du Liban (BDL) pour favoriser l'essor de l'économie de la connaissance, le Liban est en passe de devenir un réel pôle d'investissements dans les start-up. « Ça l'est déjà ! Depuis la 331, nous avons énormément de fonds d'investissements en capital-risque disponibles. Nous assistons même à des relocalisations de start-up au Liban », prône Walid Mansour, directeur général de Middle East Venture Partners (MEVP) qui a lancé le fonds Impact en 2014.

Diversité
Selon un rapport publié par Arabnet au quatrième trimestre 2015, le pays du Cèdre concentre environ 14 % des investisseurs de la région, derrière les Émirats arabes unis (23 %), l'Arabie saoudite (19 %) et l'Égypte (16 %). Surtout, il figure, avec 45 investissements recensés au Liban entre 2013 et octobre 2015, au cinquième rang dans la zone Mena sur cette période, derrière les Émirats (116), la Jordanie (63), l'Égypte (52) et l'Arabie saoudite (49). Mais le rapport d'Arabnet souligne une montée en puissance puisque, sur les 10 premiers mois de 2015, le Liban grimpe à la troisième place régionale avec 13 investissements recensés.

De fait, si la circulaire 331 a permis aux banques d'investir à moindre risque – via un mécanisme de garanties à 75 % des fonds – dans le capital des start-up, elle leur a surtout ouvert la possibilité de le faire à travers des fonds d'investissements agréés. Dans un article paru dans l'édition de janvier du Commerce du Levant, la directrice du bureau exécutif de la BDL supervisant la mise en œuvre de la circulaire, Marianne Howayek, avait ainsi estimé que, jusqu'à décembre, six fonds d'investissements avaient levé 186 millions de dollars auprès des banques, contre 11,5 millions levés directement par sept start-up. « Le secteur bancaire a toujours préféré passer par des unités indépendantes, car elles connaissent mieux les rouages de l'entrepreneuriat et sont donc mieux disposées à repérer les bons projets », explique Paul Chucrallah, directeur général du Berytech Fund II.


(Lire aussi : Quand une start-up déménage de Dubaï à Beyrouth)


Au Liban, deux investisseurs en capitaux d'amorçage, un accélérateur, trois investisseurs en capital-risque et un investisseur de croissance ont été recensés par Arabnet. Cette diversité représenterait un réel avantage comparatif pour le pays dans la région. « Notre écosystème vise à assurer une chaîne fluide d'investissements à toutes les étapes de développement d'une start-up ayant le potentiel de croître et de s'internationaliser », affirme Mada Arslan, investment associate au fonds Leap Ventures. « L'avantage au Liban est que notre écosystème offre, dans de brefs délais, plusieurs opportunités de financement. Sachant qu'une start-up a besoin de 3 à 5 financements au cours de ses différentes phases de croissance : le temps consacré à la recherche de fonds ne doit pas dépasser 2 à 3 mois, au risque de détourner le jeune entrepreneur de ses objectifs commerciaux », se félicite Fadi Bizri, directeur général du programme Bader pour les jeunes entrepreneurs et cofondateur de l'accélérateur Speed.

Concurrents ou complémentaires ?
Mais compte-tenu de l'état de maturité encore peu avancé de l'écosystème de start-up libanais, ces différents fonds risquent de se concurrencer sur les même cibles. « Les marchés abritant un écosystème naissant tendent à être dominés par des investisseurs de départ, tandis que lorsque l'écosystème est plus mature, le nombre d'investisseurs augmente et la proportion d'investissements en capital-risque et de croissance augmente », explique Arabnet.


(Pour mémoire : Speed envoie deux start-up libanaises dans la Silicon Valley)


« La concurrence se joue sur l'accès aux meilleures start-up, de notre côté nous recherchons avant tout des équipes fortes avec des fondateurs ayant de grandes ambitions commerciales, en ciblant le secteur mobile et l'informatique en nuage », avance Walid Mansour. « À la différence des autres fonds, nous nous intéressons aux start-up en phase de croissance avancée, en particulier aux plus innovantes en matière d'énergie verte et de TIC », souligne pour sa part Mada Arslan. « Des chevauchements existent car la complémentarité entre les fonds n'est pas parfaite. Chaque fonds est normalement destiné à financer des start-up à des étapes distinctes de leur développement, avec des montants d'investissement proportionnels à leur maturité. Il nous arrive de réorienter une start-up qui nous sollicite vers d'autres fonds, répondant mieux à ses besoins », indique Fadi Bizri.

Autre particularité : l'absence de véritables business angels, soit des acteurs spécialisés dans le financement de projets innovants à leur stade le moins avancé, et donc le plus risqué. « L'économie libanaise est une économie de rente, allergique aux risques. Les investisseurs se tournent traditionnellement vers des investissements non productifs mais à haut rendement – comme l'immobilier ou les bons du Trésor... », regrette l'ancien ministre des Télécoms, Nicolas Sehnaoui, qui avait organisé, en juin 2013, Beirut Angels, un évènement de récolte de fonds réunissant plus de 60 investisseurs potentiels. « Seuls 5 ou 6 d'entre eux ont investi directement – entre 10 et 50 000 dollars – chacun dans des start-up en phase initiale après avoir été séduits par leurs présentations. Le risque était donc très grand car elles n'avaient pour la majorité pas encore de locaux, de société ou de clients », se souvient M. Sehnaoui qui voudrait cette fois lancer son propre fonds dans le cadre de la circulaire 331.

 

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