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Économie

Quand une start-up déménage de Dubaï à Beyrouth

Liban - Économie numérique

En installant leur siège administratif au Liban, les fondateurs de ChefXChange – un site Internet de mise à disposition de chefs à domicile – veulent profiter des fonds mis en place par la Banque centrale pour les start-up. Mais ils doivent aussi composer avec le revers de la médaille...

03/02/2016

Dans les nouveaux locaux de ChefXChange, la moyenne d'âge de la petite dizaine d'employés ne dépasse pas les 27 ans et le mur est parsemé de citations d'entrepreneurs célèbres. Un chef, en phase de test, s'active, lui, derrière les fourneaux d'une cuisine intégrée à l'open space. « On s'est agrandi tellement vite que nous n'avons pas encore assez de chaises », s'excuserait presque son cofondateur Karl Naim.

 

Expansion internationale
Ce jeune Franco-Libanais a lancé l'année dernière à Dubaï – avec son ex-camarade d'université américain Marc Washington – ce site Internet proposant aux gourmets de choisir des chefs à domicile selon leurs envies et budgets. Mais, tentés par la circulaire 331, dont l'un des buts affichés est d'endiguer la fuite des cerveaux en garantissant à 75 % les fonds investis par les banques dans les start-up libanaises, les deux ex-financiers ont lancé le mois dernier la procédure de domiciliation de leur siège administratif à Beyrouth.
Auparavant, leur service s'est déjà étendu à Washington, Londres puis, depuis octobre dernier, Beyrouth, où une plate-forme similaire, Bibayti, officie déjà depuis quelques mois. Aujourd'hui, 550 chefs sont inscrits sur ChefXChange, et un peu plus d'une centaine ont été approuvés par l'équipe, dont 15 à Beyrouth. « Le prix est établi par le chef. Il est en moyenne de 50 dollars par personne au Liban pour un repas entrée-plat-dessert », précise Karl Naïm. La start-up se rémunère en prélevant 15 % du revenu du chef et 3 % en frais de service facturés au client. « Nous espérons être rentables d'ici à début 2018 », indique Marc Washington. ChefXChange prévoit de se lancer au Koweït, au Qatar et à Bahreïn d'ici à la fin du trimestre, avant d'élargir ses activités à la Jordanie, l'Égypte, la Turquie, et pourquoi pas en Amérique latine.

 

( Pour mémoire : Speed envoie deux start-up libanaises dans la Silicon Valley )

 

Casse-tête libanais
Mais, pour l'heure, Karl Naim et Marc Washington se concentrent surtout sur le casse-tête administratif lié à leur installation à Beyrouth. « C'était facile de travailler à Dubaï, les infrastructures sont excellentes, les impôts inexistants. Mais nous avons entendu parler de la circulaire 331 et un fonds d'investissement intéressé par notre start-up avait décidé d'opérer dans ce cadre. Le choix était vite fait... », résume Karl Naim. ChefXChange lève donc 1,5 million de dollars via l'hispano-koweïtien Cedar Mundi et 500 000 dollars chez d'autres investisseurs, et s'installe dans la capitale libanaise, condition obligatoire pour bénéficier des fonds proposés par la circulaire 331. « Beyrouth comporte de nombreux avantages : le niveau d'éducation de nos employés est excellent et ils nous coûtent moins cher qu'à Dubaï. »


Mais les points positifs s'arrêtent là. « La Banque du Liban veut que le pays devienne une plaque tournante régionale dans les nouvelles technologies, mais comment est-ce possible lorsque des services de base comme Internet sont dysfonctionnels ? » s'interroge Karl Naim, qui pointe du doigt les délais importants pour installer une connexion Internet dans les locaux de ChefXChange, avec un coût bien plus élevé qu'à Dubaï. « La fibre optique est installée, il suffit de la mettre en marche ! » s'exclame-t-il. Initiée en 2010 par l'ancien ministre des Télécoms Charbel Nahas, la connexion d'un réseau de 4 700 km de fibre optique aux centraux téléphoniques a été achevée en 2013, mais son activation est suspendue – officiellement pour des raisons techniques – depuis l'arrivée de l'actuel ministre Boutros Harb. Ce dernier ayant par ailleurs promis un déploiement intégral de la fibre jusqu'au domicile de tous les ménages à l'horizon 2022.


Deuxième obstacle : le manque de connaissance des banques libanaises du mode de fonctionnement des start-up. « Après trois semaines de négociations avec une banque, celle-ci a exigé que nous abandonnions un service de paiement en ligne, pourtant utilisé partout dans le monde, pour utiliser le sien, qui est obsolète et limiterait notre capacité à recevoir des paiements en dehors du Liban ! Heureusement, une autre banque nous a acceptés sans problèmes », raconte Karl Naim. ChefXChange est également contrainte de payer plusieurs milliers de dollars en frais d'avocats afin de s'installer administrativement à Beyrouth, procédure dont le coût était bien moins élevé lorsqu'elle s'est installée à Londres par exemple pour environ 70 dollars, selon Mark Washington. « D'un point de vue américain, toutes ces procédures sont vraiment inutilement compliquées », soupire ce dernier.

 

Rq : cet article a été corrigé le 03/02/2016, un million s'étant transformé en milliard...

 

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ANTOINE-SERGE KARAMAOUN

Elle a eue peur d'une guerre contre l'Iran des mollâhs Per(s)cés, comme celle d'avant contre l'Irak de Saddâm !

NOUVEL ORIENT

Normal , dubai est en faillite totale.

Avant la faillite du gros poisson wahabite.

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