Une famille de réfugiés syriens passant la frontière jordanienne. Khalil Mazraawi/AFP
Sourire aux lèvres et soulagé, Abdelhadi Zarara traverse en Jordanie avec ses six enfants après trois mois d'attente à la frontière. Mais des milliers d'autres Syriens fuyant la guerre restent bloqués dans un no man's land désertique entre les deux pays.
Entre les bagages, la fouille par les gardes-frontières jordaniens, et ses six enfants, Abdelhadi, 39 ans, a du mal à gérer ses émotions. L'homme a décidé de s'exiler après avoir perdu sa femme il y a quelques mois, dans un bombardement du régime syrien de Bachar el-Assad qui a détruit sa maison à Cheikh Meskine, dans la province de Deraa. « Rien ne me retenait plus à la Syrie », un pays où la guerre a fait plus de 260 000 morts, explique-t-il. Mais une fois arrivé à la frontière jordanienne, il s'est retrouvé, comme des centaines d'autres réfugiés, coincé dans un no man's land délimité par deux monticules de terre.
À 500 kilomètres au nord-est d'Amman, Hadalat un des deux derniers points frontière ouvert entre la Jordanie et la Syrie, avec Rokbane, 70 km plus à l'est. À Hadalat, 1 300 Syriens moins chanceux qu'Abdelhadi attendent toujours leur tour pour traverser. 15 000 autres sont bloqués dans des conditions plus difficiles au point de passage de Rokbane, explique le chef des gardes-frontières jordaniens, le général Saber al-Mahayra.
Avec « l'intensification des combats » en Syrie, notamment depuis le début, le 30 septembre, de l'intervention russe, le nombre de Syriens attendant de passer en Jordanie pour fuir la guerre a bondi, explique le général al-Mahayra. De quelques centaines il y a trois mois, ils sont aujourd'hui 16 000, a indiqué cette semaine le gouvernement jordanien.
Quand Abdelhadi est arrivé à la frontière jordanienne début octobre, « il n'y avait pas grand monde », confirme-t-il. « Nous n'avions rien pour nous protéger du froid ou de la pluie », se rappelle-t-il. « L'armée jordanienne nous donnait à manger et nous a fourni des couvertures avec lesquelles nous avons confectionné des tentes. Il y a un peu plus d'un mois, le Haut-Commissariat des réfugiés (HCR) nous a délivré des tentes », ajoute-t-il. Le HCR ainsi que l'ONG Human Rights Watch (HRW) ont à plusieurs reprises appelé le royaume jordanien à accueillir ces réfugiés.
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Éléments extrémistes
Mais Amman fait la sourde oreille. Pour le royaume, « la sécurité prime sur tout », martèle le général al-Mahayra, rappelant que la Jordanie accueille déjà 1,4 million de réfugiés syriens. Le HCR estime toutefois leur nombre à 630 000. « Depuis le début du conflit en Syrie, nous accueillons surtout des réfugiés du sud de la Syrie. Mais maintenant, nous avons des réfugiés qui viennent du Nord, de territoires contrôlés par le groupe État islamique (EI) comme Raqqa », explique-t-il. « C'est aux pays plus proches de ces zones d'accueillir ces réfugiés », soutient le général, faisant allusion à la Turquie et au Liban.
Le général explique aussi que l'armée est « plus méticuleuse » dans le contrôle. Le but est d'« éviter que des éléments extrémistes ne s'infiltrent », ajoute-t-il, précisant que l'armée a arrêté récemment deux jihadistes présumés de l'EI qui se faisaient passer pour des réfugiés.
Riad, 23 ans, a réussi à traverser hier à Hadalat « après 83 jours pénibles », dit-il en secouant la poussière de ses vêtements. Venu lui aussi de la province de Deraa, il voulait finir sa dernière année à l'université. « Mais les conditions de sécurité ne le permettent plus. »
Hassan est, lui, venu avec sa femme et ses cinq enfants après un « périple difficile ». Il a dû payer à des passeurs 100 000 livres syriennes (400 euros) pour chacun des membres de sa famille pour pouvoir arriver à la frontière. Il dit chercher « un avenir meilleur » pour ses enfants. Pour lui, la Jordanie n'est qu'une première étape. « Le but est de partir en Europe, bientôt j'espère », lance-t-il en avançant vers des camions de l'armée jordanienne qui devaient le conduire, ainsi que sa famille, vers un premier centre d'accueil où il doit être soumis à un contrôle médical et de sécurité.
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Entre les bagages, la fouille par les gardes-frontières jordaniens, et ses six enfants, Abdelhadi, 39 ans, a du mal à gérer ses émotions. L'homme a décidé de s'exiler après avoir perdu sa femme il y a quelques mois, dans un bombardement du régime syrien de Bachar el-Assad qui a détruit sa maison à Cheikh Meskine, dans la province de Deraa. « Rien ne me retenait plus à la Syrie », un pays où la guerre a fait plus de 260 000 morts, explique-t-il. Mais une fois arrivé à la frontière jordanienne, il s'est retrouvé, comme des centaines d'autres réfugiés, coincé...


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05 h 38, le 17 janvier 2016