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Culture

La renaissance, couleur sépia, de « Bennesbeh laboukra chou ? »

Événement
15/01/2016

27 février 1978. Cinéma Orly, rue Hamra. Dans la pénombre, une musique aux accents bleus et quelques éclats de voix. Le rideau se lève sur le décor hyperréaliste d'un snack-bar où une joyeuse sarabande s'éclate sur scène, comme le feraient de talentueux musiciens rompus aux impros du jazz. Des personnages plein de pep, aux caractères bien taillés, des acteurs talentueux dirigés d'une main de maître, des répliques qui font mouche. Une critique sociale acerbe et finaude. Des chansons déjà légendaires. Ziad Rahbani, jeune auteur, metteur en scène et en musique et acteur, fait un triomphe avec Bennesbeh laboukra chou* (Et pour demain... quoi?), son troisième opus, après Sahriyyeh (1973) et Nazl el-Sourour (1974). Les spectateurs savent qu'ils vivent là un moment-clé qui fera date dans la jeune histoire du théâtre libanais. Les critiques sont dithyrambiques et acclament aussi le jeu des acteurs, dont certains sont des néophytes.
Le rideau tombe huit mois plus tard. Ne reste que les notes mnémoniques enregistrées par certains happy few, et les traces audio entendues des milliers, des millions de fois depuis par d'autres.

13 janvier 2016. CinemaCity. Souks de Beyrouth. Quatre salles sont remplies à craquer de spectateurs jeunes et moins jeunes, à l'avant-première du film Bennesbeh laboukra chou, qui est, en fait, un patchwork de scènes filmées en Super 8 en 1978 et reconstituées avec les technologies d'aujourd'hui, en sauvegardant le granulé délicatement suranné de l'œuvre originale.
Dans la pénombre de la salle, l'émotion est palpable. Les sourires, ravis. Les regards, mouillés. Les rires, éclatants. Les applaudissements, spontanés. Trois clans se forment : ceux qui ont vu la pièce, ceux qui l'ont entendue et ceux qui la découvrent ici pour la première fois. Tous plus ou moins conquis, quelques séniors regrettant la magie du live, mais bon, toute chose n'est pas restituable.

(Pour mémoire : Ziad Rahbani, conjugué à tous les tempos)


S'il fallait donner une impression générale, une seule ? Celle d'un beau déjà-vu. En effet, la pièce a été tellement entendue, tellement enregistrée dans notre subconscient qu'elle apparaît aujourd'hui dans une évidence toute logique. Oui, c'est ainsi que nous l'avions imaginée. Pas de surprises, donc. De la nostalgie? Oui. Copieusement. Et un sentiment d'admiration encore plus renforcé pour ce génie qu'est Ziad Rahbani. De même qu'un gros serrement de cœur pour Joseph Sakr, le chanteur à la voix inimitable de 3a Hadir el-bosta, Isma3 ya Reda et 3aychi wahda balak, décédé en 1997, et que l'on découvre ici comme un excellent
acteur.

Reste à saluer le travail remarquable de la start-up M. Media (M), de Mercury Content... et de l'artiste – qui dédie l'œuvre à la mémoire de Layal Rahbani, sa sœur partie trop tôt, et de Joseph Sakr – pour cette renaissance en couleur sépia d'une brûlante actualité. Nos lendemains ne se ressemblent-ils pas trop?

*Sortie en salle le jeudi 21 janvier

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Michele Aoun

Ziad Rahbani, ce genie...On aimerait bien le revoir sur scene!

ANTOINE-SERGE KARAMAOUN

Chapeau, L'ARTISTE !

ANTOINE-SERGE KARAMAOUN

Je l'aime bien, malgré son "ignorance" politique....
Normal, pour un ex de chez les SJ.

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