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Nos lecteurs ont la parole - Salim F. Dahdah

Élucubrations d’un citoyen en mal d’État-nation et de République citoyenne... !

En commençant l'année nouvelle dans un pays drapé de blanc et une ambiance relativement plus festive que les saisons de fêtes précédentes, la triste réalité reprend très vite le dessus. Les nouvelles dans ce monde récemment globalisé vous rattrapent, quelles que soient leurs origines et leurs causes, elles vous atteignent de plein fouet et vous interpellent vivement, surtout lorsque leur teneur concerne votre quotidien national et votre environnement régional.
Après une année 2015 jalonnée sur le front interne d'échecs politiques divers (dont principalement l'incapacité d'élire un président de la République), de dissensions importantes entre les différentes composantes nationales, de régression économique grave, de corruption toujours plus dévastatrice (dont le règlement du problème des déchets), c'est l'effondrement quasi total de l'État des institutions qui se confirme. Durant cette même période, mais sur le front régional, le pays subit directement et collatéralement les conséquences désastreuses des guerres qui secouent la Syrie, l'Irak, le Yémen, la Palestine, ainsi que la guerre contre l'EI et les jihadistes. Cette conjoncture quasi exceptionnelle qui exacerbe les conflits sunnito-chiites (dont la condamnation à mort récente du cheikh Nimr en Arabie saoudite) a un impact direct sur la sécurité, la stabilité et la paix sociale.
Déchiré entre la libanisation de nos choix politiques et stratégiques et les pressions régionales et internationales qui cherchent à en influencer leurs contenus et leur cheminement, le Liban de 1943 n'a jamais réussi à bâtir une nation, il a tout juste pu élaborer occasionnellement et dans des circonstances très spécifiques des institutions, qui, malheureusement, se sont diluées au fil du temps du fait des interférences de tout genre, entraînant dans leur chute l'État. Le chéhabisme a en effet illustré cette expérience nationale orpheline. Aujourd'hui, avec la disparition de Fouad Boutros, l'une des dernières figures les plus emblématiques et les plus brillantes de cette parenthèse de l'histoire du Liban contemporain, ces grands et rares moments d'espoir vécus alors par le peuple libanais s'estompent, et la République s'enfonce !...
Comment reconstruire dans ces circonstances, après avoir perdu tellement de temps et d'occasions ? Comment émerger de cette médiocrité qui nous détruit et de cette corruption qui nous étouffe ? Comment garantir en 2016, malgré le cheminement chaotique et morbide de nos institutions, plus de stabilité à l'échelle nationale, plus de justice au niveau individuel, et plus d'équilibre structurel au niveau de l'État ?
Comment surtout déjouer le rapt organisé de la République par les représentants de la wilayat el-faqih et neutraliser leurs velléités de créer un État islamique chiite au Liban ? Comment enfin arriver à élaborer un État-nation et une République citoyenne ?
Des questionnements existentiels qui méritent une mobilisation générale pour éviter une mort imminente de cette entité originale, unique régionalement dans son genre et qui est devenue aujourd'hui un exemple envié pour son vivre-ensemble par un Occident profondément secoué par l'arrivée en masse de populations musulmanes sur son territoire. À partir de là, il devient donc urgent de reconsidérer les modes de gouvernance actuellement en vigueur dans le pays du Cèdre et d'y modifier tous les vices originels de sa charpente constitutionnelle de base. Les contours d'un nouveau départ institutionnel devraient être redessinés, afin d'adopter les instruments nécessaires à cette République que les citoyens appellent de leurs vœux. Grâce à des garde-fous équilibrés et transparents, et des normes de fonctionnement précises et justes, il deviendra possible de gérer plus confortablement l'État et d'établir des crans d'arrêt pour éviter les interventions étrangères qui ont empoisonné en permanence sa vie politique, déchiré son tissu sociopolitique et interrompu l'évolution des institutions. C'est dans ces conditions seulement que l'État-bazar se transformera en État-nation !...
Un travail en profondeur doit être entrepris pour répondre aux besoins des citoyens dans tous les domaines, il pourrait s'atteler à réaliser un projet de programme qui prendra en considération les sujets suivants :
1 - Le respect d'une Constitution revisitée et sa stricte application.
2 - Le respect de l'État et de ses institutions, dont exclusivement son armée nationale et ses différentes forces de sécurité.
3 - Le respect de la politique étrangère nationale, dont celui de l'application de tous les traités internationaux signés par l'État et celui de la neutralité du pays à l'égard de tous les conflits régionaux et internationaux (hormis la position actuelle à l'égard du conflit israélo-palestinien).
4 - La mise en place progressive d'un régime d'État civil en lieu et place du régime confessionnel en vigueur, tout en respectant le maintien d'une société multiple culturellement et confessionnellement, juste et égalitaire, libre et démocratique, indépendante, souveraine et neutre.
5 - Le respect des principes de citoyenneté, de libertés publiques et privées, et principalement ceux des libertés d'opinion et de culte, ceux du droit à la différence, et enfin à l'égalité dans les droits et obligations de tous les citoyens sans distinction.
6 - La lutte contre le confessionnalisme dans la gestion des affaires publiques et privées des citoyens, et l'adoption d'une loi civile pour les élections législatives.
7 - Création d'un Sénat sur base confessionnelle qui aura pour mission de contrôler les lois votées par l'Assemblée nationale et leur compatibilité avec les principes constitutifs de l'entité nationale.
8 - L'application du système capitaliste libéral, l'adoption d'un développement économique et social équilibré entre les régions pour garantir l'unité nationale, la stabilité du régime et l'égalité entre tous.
9 - La lutte contre la corruption à travers l'application des lois de contrôle, d'enquête et de mise en examen.
10 - L'application d'un plan-programme pour renforcer la justice sociale sur tout le territoire national par l'adoption de lois dans les domaines financier et fiscal, social et économique.
11 - L'adoption d'un plan d'aménagement du territoire et d'un projet de décentralisation administrative, éducationnelle, sanitaire, en fonction de la délimitation des régions et de leurs prérogatives.
12 - La généralisation de l'enseignement primaire et complémentaire, la consolidation des programmes d'éducation professionnelle, le tri et la sélection du nombre des universités. L'instauration enfin d'un service national civique annuel de deux semaines pour tous les citoyens entre 14 et 17 ans.
13 - La réorganisation des relations entre la mère patrie et les émigrés libanais en faisant participer ces derniers directement ou indirectement aux différentes institutions de la nation et principalement au Conseil national économique et social.
14 - La création au Liban d'un Forum international permanent des religions et des civilisations.
Cette réactualisation de nos institutions pourrait peut-être aider à reconstruire l'État-nation et adopter les outils indispensables pour aboutir, enfin, à une République citoyenne, gage de justice, d'égalité et de démocratie. Ce long et délicat parcours pourrait alors paver la voie à une mobilisation populaire et institutionnelle pour mener et obtenir une décision internationale en faveur de la « neutralité » permanente du Liban et renforcer ainsi son rôle-phare dans un Orient en pleine gestation et dans un Occident en pleine tourmente.

Salim F. DAHDAH

En commençant l'année nouvelle dans un pays drapé de blanc et une ambiance relativement plus festive que les saisons de fêtes précédentes, la triste réalité reprend très vite le dessus. Les nouvelles dans ce monde récemment globalisé vous rattrapent, quelles que soient leurs origines et leurs causes, elles vous atteignent de plein fouet et vous interpellent vivement, surtout lorsque leur teneur concerne votre quotidien national et votre environnement régional.Après une année 2015 jalonnée sur le front interne d'échecs politiques divers (dont principalement l'incapacité d'élire un président de la République), de dissensions importantes entre les différentes composantes nationales, de régression économique grave, de corruption toujours plus dévastatrice (dont le règlement du problème des déchets), c'est...
commentaires (5)

Merci, Salim. Mickey

SATURNE

15 h 58, le 14 janvier 2016

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Commentaires (5)

  • Merci, Salim. Mickey

    SATURNE

    15 h 58, le 14 janvier 2016

  • Voici et pour la première fois, une véritable feuille de route pour tenter de sauver ce qui reste à sauver, faudrait quand même essayer de l'adapter. Courage !

    Nadine Naccache

    12 h 49, le 14 janvier 2016

  • UN ARTICLE DIGNE DE CE NOM ! MAIS J'AI UNE REMARQUE À FAIRE : LES CRISES RÉGIONALES ET INTERNATIONALES NE NOUS SONT PAS IMPOSÉES... NOUS LES IMPORTONS CHEZ NOUS ET LES FAISONS NÔTRES !!!

    La Libre Expression. La Patrie en Peril Imminent.

    08 h 45, le 14 janvier 2016

  • Un plaisir que de suivre un raisonnement a etapes d une logique a toute epreuve et qui conduit a une coclusion qui parait evidente la neutralite politique mais que faire dans une ambiance ou l illogisme reigne ou les declarations de nos hommes politiques s assimilent aux girouettes et ou se degrade le sens des valeurs l etatdedroit et l appartenance ?

    Dolly Talhame

    07 h 13, le 14 janvier 2016

  • Oui, bon, OK, mais pourquoi spécialement cette "application du système capitaliste libéral" ? Semi-libéral ? Non ? Socialo-libéral ? Non plus ? Façon française, anglaise, américaine ou russe ?

    ANTOINE-SERGE KARAMAOUN

    04 h 31, le 14 janvier 2016

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