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Culture

Qui (ne) connaît (pas) Halim Jurdak ?

Exposition

Rendre hommage à un artiste de son vivant : rare et belle initiative de la galeriste Nadine Begdache, avec la complicité de la famille du peintre et graveur aujourd'hui âgé de 88 ans. Et qui, désormais, se consacre à l'écriture.

21/12/2015

Halim Jurdak; Œuvres choisies. C'est sous cet intitulé sobre et discret, à l'image de l'artiste, que la galerie Janine Rubeiz présente une sorte de rétrospective de la production de ce peintre, sculpteur et graveur, depuis ses débuts dans les années 50 jusqu'à sa dernière exposition (dans la même galerie) en 2005.
Une rétrospective élective. Car l'ensemble des œuvres exposées proviennent de la collection personnelle de Halim Jurdak. De l'intriguant petit portrait de femme peint à l'huile à Paris en 1958, aux délicates sculptures en fil de fer et cuivre rose réalisées en 2005, en passant par toute une série de gravures et collages, de pastels et d'encres entrelaçant figures humaines, lignes oniriques et silhouettes
arachnéennes.

« Il s'agit de pièces uniques qui lui étaient particulièrement chères, et dont il n'a voulu se séparer qu'assez récemment pour les répartir entre les divers membres de sa famille », indique son neveu, le plasticien Hannibal Srouji. « C'est à eux qu'il les a confiées avec l'espoir qu'ils ne s'en sépareront qu'à bon escient. C'est-à-dire qu'ils ne les transmettront qu'à de véritables connaisseurs, de préférence des musées ou des fondations d'art. »

(Pour mémoire : Le chant intérieur de Halim Jurdak)

Pourquoi ne pas réaliser ce souhait du vivant de l'artiste? Et offrir à ce pionnier de la gravure, du collage et des techniques mixtes au Liban un bel hommage à travers une remise en lumière de son travail. Car cela fait environ une dizaine d'années que Halim Jurdak s'est retiré de la scène artistique pour se consacrer à l'écriture d'essais philosophiques et artistiques. Une activité à laquelle cet artiste intellectuel et profondément humaniste s'adonnait, parallèlement à l'art, depuis les années 70. Il avait, entre autres, publié en 1975 The metamorphosis of line and color (Dar an-Nahar), et, en 1995, Aïn el-Rida, aux mêmes éditions.

Orchestration de lignes et de rythmes

Cette «métamorphose des lignes et des couleurs» qu'il évoque dans son livre aura d'ailleurs été le pivot de son travail. En témoignent les gravures et lithographies exposées, qui sont autant d'arachnéennes orchestrations de lignes, de rythmes et de rêveries en... noir et blanc. Comme l'avait écrit Helen Khal, « l'œil et la main de Jurdak forment un très sensible baromètre de mesure des variations de tonalités comprises entre le noir et le blanc ». Et c'est dans ses peintures sur toile que cet artiste, passé rapidement de la représentation académique à l'abstraction pure, laissera éclater la vivacité de sa palette. Même s'il gardera toujours pour la figure humaine et la silhouette féminine une prédilection particulière.

Il aura aussi été l'un des premiers au Liban à insérer le collage dans ses toiles et gravures. Technique qu'il privilégiera d'ailleurs longtemps, explorant, à travers ses diverses possibilités, une imagination libre. « Il a donné à la gravure son importance en l'abordant comme un art à part entière et non plus comme simple support pour l'édition », souligne Hannibal Srouji. Il ira même jusqu'à fixer, sur des socles en bois, les plaques de zinc, pour en montrer la beauté sculpturale et intrinsèque (en 1994).

(Pour mémoire : Un musée dédié à l'art contemporain libanais ouvre ses portes à Mtein)

C'est tout cet art subtil et porté par la quête d'un mystère. Celui de la pure connaissance que donne à (re)voir l'exposition de gravures, lithographies, peintures et techniques-mixtes qui se tient jusqu'au 31 décembre à la galerie Janine Rubeiz.

*Raouché, imm. Majdalani (Bank Audi). Horaires d'ouverture : de mardi à vendredi, entre 10h et 19h, et samedi, de 10h à 14h. Tél. 01- 868290.

De Paris à Choueir, parcours d'un solitaire

Né en 1927 à Sindiané (Metn), Halim Jurdak part en 1957 étudier la peinture et la sculpture à l'École nationale supérieure des beaux-arts ; d'où il sort avec un premier prix de gravure. Technique qu'il approfondira dans plusieurs ateliers à Paris (Atelier Cami et Bercier ; Atelier Goetz ; Atelier Brayer) où il résidera jusqu'en 1969. Il fréquentera également l'Atelier de peinture d'André Lhote et l'Académie de la Grande Chaumière, en même temps que Chafic Abboud.
Malgré ses nombreuses expositions au Liban comme à l'étranger, ses œuvres dans des collections et des musées, dont, entre autres, les musées d'art moderne de Lodz en Pologne, du Caire, de Tunis, l'Institut du monde arabe à Paris et, bien entendu, le musée Sursock, Halim Jurdak est resté un solitaire, retranché dans son atelier de Choueir, « où il accueillait avec plaisir les amateurs de son art, mais ne cherchait pas vraiment à vendre ses œuvres », raconte son neveu. Un artiste qui « n'a jamais véritablement joué le jeu des médias » et qui a toujours abordé « l'art comme un questionnement de l'être et de la société ». Un questionnement qu'il poursuit maintenant par l'écriture. Avec trois ouvrages en arabe en voie de parution...


Pour mémoire

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Gebran Eid

UN RARE VRAI ARTISTE PERDU ENTRE LES NOMBREUX FAUX ARTISTES. IL A ENSEIGNÉ DANS LES ANNÉES 70 À L'INSTITUT NATIONAL DES BEAUX ARTS.

Skamangas Stelios

Avec l'expression de mon affection, je salue mon ami Halim et lui transmets mes félicitations et chaleureuses salutations. C'est une personne humaine, dans tous les sens du terme, un artiste vrai, qui enrichit le Liban de sa grande culture.
ton ami Stelio

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