Sleiman Frangié, hier, avant son entretien télévisé avec le journaliste Marcel Ghanem à la LBCI. (Photo page officielle de M. Frangié sur Facebook)
En se déclarant jeudi « plus que jamais candidat à la présidentielle », le député Sleiman Frangié a restreint officiellement la course à Baabda entre sa candidature (dont il a apporté la confirmation lors de son entretien à la LBCI) et celle du chef du bloc du Changement et de la Réforme, le général Michel Aoun. L'entrevue télévisée avec le chef des Marada était visiblement « étudiée et voulue » par ceux qui appuient sa candidature, s'entendent à affirmer les observateurs : il a d'ailleurs été présenté comme étant « le député Sleiman Frangié, candidat à la présidence ».
Dans ses propos, il a prouvé sa capacité « d'être à la fois issu du 8 Mars et consensuel », estiment les milieux favorables au compromis. Sur son compte Twitter, le député Walid Joumblatt a même salué « son approche réaliste, franche et pratique, loin des slogans superflus de certains politiques philosophes ».
Celle-ci s'est manifestée dans un premier temps dans l'exposé de son programme électoral, où il accorde la primauté aux doléances citoyennes. Cette approche s'aligne sur la logique du compromis envisagé : relancer les institutions, redynamiser l'économie et sécuriser le pays, en gardant en suspens les dossiers litigieux, liés aux conflits régionaux.
Décrit par ses défenseurs comme une formule « d'équilibre entre le 14 Mars et le 8 Mars », le compromis est cependant critiqué pour l'absence d'un programme politique strict qui accompagne la candidature d'une figure du 8 Mars.
Dans ses réponses, le député zghortiote a tenté tant bien que mal de lever l'ambiguïté à cet égard. Il a ainsi cherché à conforter aussi bien le chef du courant du Futur, Saad Hariri, l'Arabie saoudite, et les sunnites d'une manière générale, voire aussi les parties chrétiennes qui contestent le compromis, surtout le président des Forces libanaises, Samir Geagea, tout en évitant de compromettre les intérêts stratégiques du Hezbollah.
Sa position sur les armes du parti chiite est un indicateur de « l'équilibre » devant dicter son mandat éventuel. « Par principe, Sleiman Frangié, président de la République, ne peut qu'être en faveur des armes légales... Si je devais régler le problème (des armes illégales), je devrais commencer par renforcer l'État », a-t-il affirmé.
L'on peut questionner la valeur réelle de cet engagement pour un « État fort » lorsque l'on sait que les milieux favorables au compromis affirment eux-mêmes que le chef de l'État n'est pas investi de prérogatives suffisantes pour exécuter tous ses engagements, et que le moteur principal du compromis sera le « cabinet d'union nationale ». L'on peut se demander surtout si « un État fort » peut être construit sur la base d'un « gouvernement d'union nationale », qui s'engage à ne pas attaquer de front les dossiers litigieux qui le minent. Certains milieux du 14 Mars estiment d'ailleurs que le seul engagement politique concret du chef des Marada serait celui de s'abstenir de tout acte susceptible de desservir le Hezbollah. Preuve en est, la position exprimée par M. Frangié sur la question de l'alliance arabe contre le terrorisme, qui ne serait, selon lui, pas viable pour le Liban.
Priée de préciser ces points, une source favorable au compromis explique à L'OLJ que celui-ci a pour vocation de garantir « une bonne gouvernance pour le Liban et pour le peuple : les dossiers litigieux ne seront pas écartés et seront éventuellement débattus. Mais on ne peut s'attendre à ce que Sleiman Frangié prenne, sur certaines questions, une position radicale que même le candidat le plus critique à l'égard du Hezbollah n'aurait pas les moyens d'assumer dans l'immédiat ».
La même source valorise surtout son approche des rapports libano-syriens, fondée sur une distinction claire entre son amitié personnelle avec Bachar el-Assad et les intérêts du Liban.
(Lire aussi : Le patriarche Raï continue d'estimer « sérieuse » l'initiative Frangié-Hariri)
Alors que le Hezbollah et le Courant patriotique libre (CPL) observent un mutisme sur la candidature Frangié, une lecture critique à cette candidature, dans certains milieux du 8 Mars, se fonde sur les arguments suivants : par souci du « consensus », le chef des Marada aurait péché par des « dérapages verbaux », notamment en faveur de l'Arabie saoudite. L'entrevue télévisée n'a été qu'une « tentative de renflouement strictement médiatique ». D'ailleurs, depuis que la rencontre Frangié-Hariri à Paris s'est ébruitée, « le compromis n'a progressé qu'au rythme des médias, seuls à en attester de son sérieux ou de son amortissement ». Pour l'heure donc, « le mutisme éloquent du Hezbollah et du CPL aurait un même motif : récupérer Sleiman Frangié, c'est-à-dire le ramener dans leurs rangs ».
Tout en faisant état d'un malaise au sein du 8 Mars – qui reste à vérifier –, cette lecture défend, tout en voulant la dénoncer, le caractère consensuel de la candidature Frangié. Ce paradoxe reflète le flou de la position du 8 Mars, et précisément du Hezbollah.
Le silence de ce parti obéit-il à une volonté de maintenir le blocage, ou bien à réfléchir au moyen de surmonter la candidature du général Michel Aoun?
En attendant une possible allocution du secrétaire général du parti chiite, mardi prochain, deux lectures radicalement opposées de la situation émergent : la première fait état de divergences russo-syriennes sur la candidature de Sleiman Frangié, ce qui expliquerait le répit actuel du Hezbollah ; la seconde, au contraire, défend un appui non encore déclaré du parti chiite au député zghortiote. L'apparition télévisée du chef des Marada en serait le premier signe. Un signe qui serait surtout déclencheur du compte à rebours de « la fin de la candidature du général Michel Aoun ».
De fait, le chef des Marada a affirmé avec force ses liens viscéraux avec le 8 Mars, qui le dispensent de consulter au préalable ses alliés sur ce qu'il doit dire. En identifiant les deux composantes de ce camp par le tandem Hezbollah-Amal, en en écartant le CPL (qui se dit seulement « un allié du 8 Mars » et non pas un élément de ce camp), Sleiman Frangié a fait d'une pierre deux coups : il s'est défendu en tant que délégué légitime du 8 Mars dans les pourparlers avec le Futur, et il a écarté l'appui de Michel Aoun comme préalable nécessaire à son élection.
En réaction, seul le ministre Élias Bou Saab a percé hier le mutisme du CPL, lors d'un entretien à la radio : « C'est Michel Aoun qui est plus que jamais notre candidat à la présidentielle, maintenant que le 14 Mars a reconnu le principe du partenariat au niveau du pouvoir »... Des espoirs qui restent toutefois, pour l'heure, infondés.
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Dans ses propos, il a prouvé sa capacité « d'être à la fois issu du 8 Mars et consensuel », estiment les milieux favorables au compromis. Sur son compte Twitter, le député Walid Joumblatt a même salué « son approche...


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ils ont un pouvoir .. seulement a quel prix? nous savons tous apres le 7 mai et autres dates lors des chemises noirs dans les rues pour l'eviction de hariri, qu'ils sont prets a aller jusqu'à l'innommable !!
18 h 46, le 19 décembre 2015