Le principal message exprimé par le chef des Marada, Sleiman Frangié, dans son entretien télévisé de jeudi soir avec Marcel Ghanem était d'affirmer que sa candidature est maintenue et que le compromis qui devait être conclu avec le chef du courant du Futur Saad Hariri est encore possible, même s'il est plus ou moins reporté. D'ailleurs, tout au long de l'entretien (qui était très attendu), Frangié a voulu se donner une stature de chef d'État, ayant modifié son attitude habituelle face aux médias. Les milieux proches de Saad Hariri ont aussitôt pris le relais, confirmant le fait que « l'option Frangié » est toujours de mise, même si elle s'est un peu compliquée. Mais comme l'a dit Frangié lui-même, jeudi, aucun des deux hommes n'avait cru que leur projet commun serait facilement accepté par leurs alliés respectifs, et s'ils avaient voulu garder leur entrevue secrète, c'était justement pour se donner le temps de les convaincre, ou en tout cas d'en discuter avec eux.
Pour l'instant, l'affaire s'est un peu tassée, et les alliés respectifs récalcitrants ne voient plus l'urgence de réagir, estimant qu'avec le temps, le projet tombera à l'eau, comme tant d'autres avant lui. Le chef des Forces libanaises Samir Geagea a pu ainsi dire à Saad Hariri au téléphone que la sauvegarde de l'unité du 14 Mars est une priorité pour lui, maintenant que l'élection de Frangié à la présidence n'est plus imminente. Parallèlement, et alors que la relation quelque peu ébranlée entre Sleiman Frangié et Michel Aoun est en train de retrouver un cours plus ou moins normal, Véra Yammine, membre du conseil politique des Marada, est attendue dimanche sur la chaîne OTV.
L'alerte a pourtant été chaude et les deux camps mettront du temps à s'en remettre, sachant que les pronostics sont encore hésitants. Pour certains, l'option Frangié est finie avant d'avoir commencé, pour d'autres, elle n'est que reportée.
Chacune des deux estimations a ses défenseurs. Mais il est clair que la candidature de Frangié est au moins prématurée. Selon certains analystes, elle est partie de trois points de départ faux. Le premier était de croire que Michel Aoun, candidat officiel et déclaré du 8 Mars et de ses alliés, pouvait commencer à penser à un plan « B » et revoir sa propre candidature. Les derniers développements ont montré qu'il n'en est rien. Au cours de l'entretien qu'il a eu avec Aoun à Rabieh, Sleiman Frangié a clairement entendu cela de la part de son interlocuteur. Ce dernier lui a ainsi affirmé qu'il est toujours candidat et qu'il estime avoir encore toutes ses chances. Il n'est donc pas question pour lui de céder la place, même à son meilleur allié, le leader chrétien du Nord. Le chef des Marada a bien tenté de dire qu'au bout d'un an et demi, il serait peut-être temps d'envisager une autre option, sachant que les instances internationales sont en train de faire pression pour que le Liban se dote d'un président de la République et remette en marche ses institutions publiques pour se protéger de la tempête qui souffle dans la région. Mais, pour Michel Aoun, les pressions internationales ne sont pas un indice déterminant, puisqu'il est convaincu que le Liban n'est pas un îlot et que les développements régionaux ont un impact direct sur sa situation intérieure.
Le deuxième faux point de départ était de considérer que le Hezbollah serait prêt à négocier avec le camp adverse l'identité d'un nouveau président, renonçant ainsi à la candidature du général Aoun. Il est désormais clair que ce parti considère son appui à la candidature de Aoun comme une question stratégique, et que, par conséquent, il n'est pas question d'y renoncer... En tout cas, pas dans le contexte actuel et dans un compromis qu'il ne considère pas à son avantage. Même si Sleiman Frangié est indubitablement un allié de confiance pour le Hezbollah, son élection à la présidence de la République selon les conditions qui ont filtré n'est pas envisageable, surtout si Michel Aoun estime qu'il est encore dans la course.
Le troisième faux point de départ est le fait de croire que le compromis présidentiel au Liban est un prélude à des compromis régionaux et internationaux sur tous les dossiers brûlants. Il est vrai que, depuis le début du mois de décembre, les choses semblent se précipiter concernant le Yémen, la Syrie et même l'Irak, mais rien n'indique qu'un réel dialogue a commencé entre l'Iran d'une part et l'Arabie saoudite de l'autre. Au contraire, la guerre entre ces deux pays se poursuit par coalitions interposées, alors le royaume wahhabite cherche à resserrer l'étau sur le Hezbollah au Liban, médiatiquement et politiquement. Au Yémen, il y a certes des négociations pour parvenir à un cessez-le-feu, mais, en Syrie, les combats se poursuivent et l'appui de l'Arabie et de ses alliés aux factions de l'opposition va crescendo, Riyad ayant même été jusqu'à vouloir imposer sa propre liste de représentants de l'opposition syrienne aux négociations avec le régime et exiger de nouveau le départ du président syrien avant le début de la période transitoire. La meilleure concrétisation du conflit grandissant entre l'Iran et l'Arabie au Liban a été la bienveillance de Beyrouth à l'égard de la coalition arabo-musulmane, formée par le prince Mohammad ben Salmane, pour combattre Daech. Sollicité par les Saoudiens, le Premier ministre a accepté que le Liban en fasse partie, mais le Hezbollah a aussitôt protesté dans un communiqué assez dur.
Dans un tel contexte, on voit mal comment un compromis au sujet de la présidentielle peut être trouvé, les Libanais étant pratiquement divisés sur toutes les questions, les petites et les grandes.


"...les Libanais étant pratiquement divisés sur toutes les questions, les petites et les grandes..." parce que la plupart n'ont pas un soupçon de sens patriotique, et ne savent penser que: 1)profits personnels 2)et pour y accéder = CORRUPTION, CORRUPTION et encore CORRUPTION !!! Irène Saïd
15 h 21, le 19 décembre 2015