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Tribune

COP21 : une nouvelle ère de possibles

Le ministre français des Affaires étrangères Laurent Fabius (au centre), entouré du président français François Hollande (à droite) et du secrétaire général de l’Onu Ban Ki-moon. François Guillot/AFP

L'Organisation des Nations unies a été créée, il y a soixante-dix ans, à partir des cendres de la Seconde Guerre mondiale. Soixante-dix ans plus tard, les nations se sont unies, à Paris, pour faire face à un autre danger, qui menace la vie telle que nous la connaissons, du fait du réchauffement rapide de la planète.
Les États sont entrés dans une nouvelle ère de coopération à l'échelle mondiale concernant les changements climatiques, soit un des problèmes les plus complexes que l'humanité ait jamais rencontrés. Ce faisant, ils ont fait considérablement avancer l'action menée pour honorer le mandat consacré dans notre charte, qui est de « préserver les générations futures ».


L'Accord de Paris est un triomphe pour l'humanité et l'environnement, ainsi qu'une victoire du multilatéralisme. Il représente la police d'assurance-maladie qui protégera notre planète. Pour la première fois, chaque pays du monde s'est engagé à réduire ses émissions, à renforcer sa résistance et à agir, sur les plans international et national, pour affronter les changements climatiques. Ensemble, les pays ont convenu qu'en réduisant au minimum les risques liés aux changements climatiques, ils serviraient à la fois leur intérêt national et le bien commun. Je crois que nous aurions tout à gagner à suivre cet exemple dans l'ensemble des programmes politiques.


La victoire de Paris vient couronner une année remarquable. Durant cette année marquée par le Cadre de Sendai pour la réduction des risques de catastrophe, le Programme d'action d'Addis-Abeba sur le financement du développement, le sommet historique sur le développement durable tenu à New York, la Conférence sur les changements climatiques tenue à Paris, les Nations unies ont prouvé leur capacité d'apporter au monde espoir et soulagement.


Dès le début de mon entrée en fonctions, j'ai désigné les changements climatiques comme le défi qui définissait la nouvelle ère. C'est la raison pour laquelle j'en ai fait une des premières priorités de mon mandat. Je me suis entretenu avec presque chaque dirigeant du monde de la menace que les changements climatiques font peser sur nos économies, notre sécurité et notre survie même. Je me suis rendu sur tous les continents où j'ai rencontré les populations frappées de plein fouet par les changements climatiques. J'ai été ému par leurs souffrances et inspiré par les solutions qui rendront notre monde plus sûr et plus prospère.


J'ai participé à chaque conférence des Nations unies sur le climat. Les trois sommets sur le climat que j'ai convoqués ont mobilisé les volontés politiques et stimulé des actions novatrices émanant des pouvoirs publics, du monde des affaires et de la société civile. Le Programme d'action de Paris ainsi que les engagements pris l'année dernière à la réunion au sommet sur les changements climatiques montrent que nous possédons désormais des réponses.

 

(Repère : Comprendre la COP21 : Ce qu'il faut savoir sur le réchauffement climatique)


Jadis impensable, l'élan d'aujourd'hui ne peut plus être brisé. Le secteur privé accroît d'ores et déjà son investissement dans des activités d'avenir à faibles émissions de carbone. Les solutions se multiplient et leur prix ne cesse de baisser. De plus, de nombreuses innovations sont en passe de voir le jour, en particulier après le succès de Paris.


L'Accord de Paris a fait avancer toutes les grandes questions dont j'avais demandé l'examen. Un message clair indique désormais que les marchés doivent augmenter l'investissement dans des activités qui favoriseront un développement résilient face aux changements climatiques et produisant peu d'émissions.
Tous les pays se sont engagés à limiter la hausse de la température mondiale à moins de 2 degrés Celsius, voire, compte tenu des risques considérables que présente le réchauffement, à s'efforcer de la limiter à 1,5 degré. C'est en particulier d'une importance capitale pour les pays d'Afrique, les petits États insulaires en développement et les pays les moins avancés.


À Paris, les pays se sont mis d'accord sur un objectif à long terme consistant à limiter les émissions mondiales de gaz à effet de serre le plus tôt possible au cours de la seconde moitié du siècle. Cent quatre-vingt-huit pays ont déjà déposé la contribution prévue qu'ils ont déterminée au niveau national, indiquant l'action qu'ils sont prêts à mener pour réduire les émissions et renforcer leur résistance aux changements climatiques.


À l'heure actuelle, ces objectifs nationaux ont déjà permis d'influencer la courbe des émissions à la baisse de manière significative. Mais sur le plan collectif, nous demeurons affligés d'une hausse de la température de 3° C, dont la dangerosité est inacceptable. C'est pourquoi, à Paris, les pays se sont engagés à réexaminer tous les cinq ans leurs plans nationaux relatifs au climat à compter de 2018. Cela leur permettra d'élever le niveau de leurs ambitions en tenant compte des conclusions qui s'imposeront au vu des données scientifiques.

 

(Repère : Énergies renouvelables : où en est le Liban?)


De même, l'Accord de Paris garantit aux pays en développement, en particulier aux plus pauvres et vulnérables d'entre eux, un appui suffisant et équilibré en matière d'adaptation aux changements climatiques et d'atténuation de leurs incidences. Il contribuera également à élargir le champ d'application des mesures prises dans le monde pour faire face aux pertes et dégâts causés par les changements climatiques et les réduire.


Les États se sont mis d'accord sur un ensemble de règles transparentes, solides et à caractère contraignant, qui garantiront que tous les pays feront réellement ce qu'ils ont annoncé. Les pays développés ont convenu de prendre l'initiative de mobiliser des ressources financières, et d'élargir l'appui technologique et le renforcement des capacités. Les pays en développement ont accepté une responsabilité accrue à la mesure de leurs moyens.

 

(Repère : Accord de Paris, les principaux points du document)


En saluant cet accomplissement historique, je manquerais à mes devoirs si je ne reconnaissais pas l'esprit d'initiative et les projets d'avenir émanant du monde des affaires et de la société civile. Ils ont mis en lumière aussi bien les enjeux que les solutions aux problèmes. Je les félicite ainsi pour les qualités civiques exemplaires dont ils font preuve en matière de climat.


Maintenant que l'Accord de Paris est en place, nous devons nous atteler immédiatement à sa mise en œuvre. En nous attaquant aux changements climatiques, nous faisons progresser le Programme de développement durable à l'horizon 2030. L'Accord de Paris a des incidences positives sur tous les objectifs de développement durable. Nous entrons dans une nouvelle ère de possibles.


Tandis que les États, le secteur privé et la société civile entreprennent de relever le défi monumental que constituent la lutte contre les changements climatiques et la réalisation des objectifs de développement durable, l'Organisation des Nations Unies s'engage à aider les États Membres et l'ensemble de la société, à tous les stades de ce projet. Comme première étape de la mise en œuvre de l'Accord de Paris, je convoquerai, comme prévu par l'accord et la convention, une cérémonie de signature de haut niveau, à New York, le 22 avril de l'année prochaine.


J'inviterai les dirigeants du monde entier à y participer afin de maintenir et de renforcer l'élan acquis. En œuvrant de concert, nous pouvons atteindre notre objectif commun, à savoir mettre fin à la pauvreté, consolider la paix et garantir à tous une vie dans la dignité et l'égalité des chances.

*Ban Ki-moon est le secrétaire général de l'Onu.

 

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