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Liban

Liban : Un taux de matières cancérigènes « sans précédent » dans l’air

Incinération des déchets

Près de dépotoirs qui brûlent en plein air, le taux de dioxine peut être multiplié par plus de 400 fois, selon une étude récente.

OLJ
01/12/2015

L'incinération sauvage (en plein air) des ordures, dans les multiples dépotoirs qui sont nés de la dernière crise des déchets, provoque un taux « sans précédent » de matières cancérigènes dans l'air. C'est ce qu'indique une étude récente menée par le « Air Quality Associated Research Unit » de l'AUB, dont les résultats ont été annoncés hier.
Cette étude, menée par Najat Saliba, professeur à l'AUB et chef du « Waste Management Task Force », a donné des résultats très alarmants concernant la présence de dioxine (matière toxique et cancérigène). « Comparés à des mesures de dioxines prises en 2014 dans une zone très industrielle, de nouveaux échantillons prélevés, cette fois, sur le toit d'un immeuble résidentiel près d'un dépotoir incendié, étaient de 416 fois plus cancérigènes », révèle le communiqué.
Et de poursuivre : « Précédemment, 0,1 adulte et 0,4 enfant par million d'habitants, exposés aux dioxines provenant de cheminées industrielles, avaient des chances de développer un cancer dans leur vie, un rapport acceptable selon l'Agence de protection de l'environnement aux États-Unis, puisqu'il permet de maintenir un plafond d'un par million. Ce chiffre est monté en flèche pour atteindre 34 adultes et 176 enfants (par million) dans les zones où l'incinération sauvage de déchets est pratiquée au Liban. »


(Lire aussi : Aux saboteurs de la République... Afin que le dossier des déchets ne tombe pas dans l’oubli)



Autre résultat alarmant : des tests impliquant une autre famille de matières cancérigènes, les hydrocarbures policycliques aromatiques (HAP, des composés qui montrent une forte toxicité), ont permis de déceler, pour la première fois, la présence du Dibenz[a,h]anthracène. « Cet hydrocarbure aromatique est principalement produit dans les cas de combustion incomplète des déchets, précise le communiqué. Il est classé par l'Organisation mondiale de la santé (OMS) comme une matière cancérigène de type 1. Avec l'action combinée des deux toxines dans l'air, le risque de cancer dû à l'incinération sauvage atteint le taux impressionnant de 37 adultes et 186 enfants par million d'habitants ! »
« La toxicité de ces polluants est aggravée par leur persistence, conclut le texte. Ils sont, en effet, appelés "polluants organiques persistents", ce qui signifie qu'ils s'accrochent à tout, à l'air, au sol, aux tissus humains et qu'ils s'y installent pour de très longues périodes. En d'autres termes, l'exposition à ces toxines persiste très longtemps après que l'incinération s'arrête. En conséquence, la "Air Quality Associated Research Unit" recommande fermement que des mesures très strictes soient prises pour mettre un terme à l'incinération des déchets en plein air. Considérant la situation actuelle, ce n'est rien de moins qu'une urgence ! »

Notons que cette étude est née d'une collaboration entre l'AUB, la Notre Dame University (NDU) et l'Université Saint-Joseph (USJ), et qu'elle a été financée par le Conseil national pour la recherche scientifique (CNRS) et par le Conseil de la recherche universitaire à l'AUB.
Les pratiques d'incinération en plein air des ordures se sont multipliées depuis le 17 juillet, date du déclenchement de la crise des déchets. Les appels et les mesures annoncés par les ministères de la Santé et de l'Intérieur, ainsi que les mises en garde des experts, n'y ont rien fait. La semaine dernière, un pont à Maameltein, sous lequel des détritus ont été stockés, a brûlé durant des heures, enveloppant les automobilistes d'un épais brouillard blanc.

 

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BLÂMER QUI ? LES GRANDS ABRUTIS... OU LES PETITS ABRUTIS ?

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