Au moment où le parti du président turc remportait une victoire inattendue aux élections législatives, les forces de l'Otan poursuivaient une de leurs plus grandes manœuvres militaires en Méditerranée. Ces manœuvres qui ont commencé le 19 octobre doivent se terminer demain, 6 novembre, et sont considérées comme les plus vastes de l'Otan depuis 13 ans. Selon des rapports militaires occidentaux, ces manœuvres rappelleraient celles qu'effectuait l'Alliance atlantique pendant la guerre froide, d'autant que l'adversaire à qui elles s'adressent est un peu le même. Pendant la guerre froide, il s'agissait de l'Union soviétique et maintenant, c'est la Russie qui est visée. Près de 30 États participent à ces manœuvres (certains en tant qu'observateurs) et elles mobilisent 36 000 soldats des forces terrestres, maritimes et aériennes. Selon un des porte-parole de l'Otan, ces exercices constituent une réponse à l'étalage de force russe en Europe et au Moyen-Orient, surtout après l'annexion de la Crimée par la Russie et après l'appui de Moscou aux séparatistes ukrainiens et les raids effectués contre l'opposition syrienne modérée. En d'autres termes, il s'agit d'un message clair adressé par l'Otan à la Russie après son intervention aérienne militaire en Syrie, dans lequel les forces participantes doivent intervenir pour « protéger un État faible envahi par un État plus fort et affronter des groupes de terroristes dans des circonstances particulièrement difficiles ». Selon le ministre britannique de la Défense, ces manœuvres ont en réalité pour objectif de préparer une force d'intervention rapide relevant de l'Otan et regroupant 5 000 soldats d'élite, divisés en 5 unités appuyées par des avions de combat et des navires de guerre...
Dans les milieux politiques libanais hostiles à l'intervention militaire russe en Syrie, ces manœuvres ont été aussitôt interprétées comme une décision américaine de ne pas laisser le président russe Vladimir Poutine remporter une victoire en Syrie, et en particulier parvenir à maintenir le président syrien Bachar el-Assad au pouvoir. La victoire du parti d'Erdogan aux élections en Turquie a conforté cette impression et poussé le camp libanais prosaoudien à miser sur un échec rapide de la Russie, qui devrait précéder une solution « équilibrée » où une bonne place sera réservée au 14 Mars à la fois par le biais de l'opposition syrienne et par le fait d'avoir été aux côtés du camp des vainqueurs. Pour confirmer ses pronostics, le camp prosaoudien au Liban se base sur la lenteur des progrès enregistrés sur le terrain par les forces du régime syrien et leurs alliés appuyés par l'aviation militaire russe. En un mois de bombardements intensifs, il n'y a, à leurs yeux, pas eu d'avancée décisive sur aucun des huit fronts syriens, alors que des tiraillements commencent à se faire sentir entre les Iraniens et les Russes sur à la fois la gestion des opérations militaires et sur le processus politique concernant notamment le sort du président Assad.
Dans le camp adverse, la vision est toutefois différente. Selon les milieux proches du Hezbollah, la victoire du parti d'Erdogan aux législatives turques est sans doute une mauvaise surprise, mais elle n'a pas d'impact décisif sur le cours des développements en Syrie, sachant que la priorité du président turc est à la lutte contre les Kurdes et contre l'idée de leur accorder un État ou une entité autonome. Les manœuvres militaires de l'Otan au large de la Méditerranée étaient prévues avant le début de l'intervention militaire russe en Syrie. S'il s'agit effectivement d'un message adressé aux Russes, ce message étant destiné à calmer les alliés des États-Unis dans la région qui s'inquiètent du quasi-retrait américain de la région. Il fallait donc les rassurer sans pour autant intervenir directement sur le terrain en Syrie. Les manœuvres militaires par leur ampleur et le nombre d'État et de forces qui y participent sont donc destinées à apaiser les appréhensions des alliés sans mettre en cause les relations avec la Russie. Même si les États-Unis ne sont pas d'accord avec l'intervention russe en Syrie, ils ne sont pas prêts à se lancer dans une guerre contre les Russes pour l'arrêter. C'est d'ailleurs dans ce contexte qu'après avoir fait des gesticulations militaires et diplomatiques, les Américains ont choisi de tenir des réunions de coordination militaire avec les Russes pour éviter tout incident potentiel dans les cieux syriens.
Au sujet de l'offensive militaire russe proprement dite, les milieux proches du Hezbollah affirment qu'elle n'est pas limitée dans le temps. Elle a un objectif concret, celui de fermer la frontière syro-turque pour empêcher l'afflux d'armes et de combattants. Une fois cet objectif atteint, il sera plus facile et surtout plus utile de lutter contre les combattants terroristes à l'intérieur du territoire syrien, sachant que la frontière avec le Liban est désormais sous contrôle, alors que la Jordanie a décidé de cesser de faciliter le passage des combattants à travers sa propre frontière. Il restera alors la frontière de la Syrie avec l'Irak, mais les combats se poursuivent de ce côté à l'intérieur même de l'Irak. Le facteur déterminant d'appui aux terroristes est donc la frontière turque. C'est donc dans cet espace que se concentrent principalement les raids de l'aviation russe. D'ici au début de l'année 2016, il faudrait que les frappes aériennes russes couplées aux combats terrestres puissent enregistrer des résultats concrets. Mais en attendant, les milieux proches du Hezbollah estiment qu'il est trop tôt pour faire des évaluations de l'intervention de Moscou...
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"Sous les loupes libanaises." ! Comme c'est drolatique ! "Loupes" bigleuses surtout.
17 h 20, le 05 novembre 2015