Les responsables libanais restent incapables d’élire un successeur à Michel Sleiman.
La dynamique des chancelleries en faveur du Liban et de la tenue de l'échéance présidentielle s'essouffle. L'enthousiasme n'est plus le même qu'il y a quelques mois, surtout parmi les ambassadeurs des cinq pays membres du Conseil de sécurité de l'Onu et de la représentante du secrétaire général, Sigrid Kaag, reconnaît un diplomate libanais. La cause de cette perte d'enthousiasme progressive est le manque d'intérêt des responsables libanais eux-mêmes pour les affaires de leurs pays, et l'absence de consensus entre les chefs maronites autour du nouveau président.
« Nous ne serons pas plus royalistes que le roi », affirme ainsi un diplomate étranger, face au spectacle des députés qui assurent le quorum à la Chambre pour réélire les commissions parlementaires avec le début de la deuxième session ordinaire en octobre, mais sont incapables de prendre l'initiative d'élire un chef de l'État.
Voici, en substance, le raisonnement suivi par ces diplomates : « Qu'il nous soit permis de nous poser la question : qu'est-ce qui devrait motiver notre dynamique et nos efforts pour élire un président de la République, lorsque les politiciens libanais eux-mêmes n'en ont cure ? Certains disent même qu'ils ont le droit de boycotter les séances électorales, que cela fait partie de leur liberté de choix, oubliant que lorsqu'ils décident d'entrer dans l'arène politique, et de briguer un mandat de président, ministre ou député, il n'y a plus de liberté absolue, mais qu'ils se doivent d'agir dans le cadre de la Constitution et des lois, et donc de respecter et d'appliquer les textes constitutionnels, notamment l'article 74. » Cet article stipule qu'« en cas de vacance de la présidence par décès, démission ou pour toute autre cause, la Chambre se réunit immédiatement et de plein droit pour élire un nouveau président ». Pour les diplomates précités, le texte est clair et contraignant ; l'on ne peut, partant, l'envisager discrétionnairement, selon ses humeurs. La Constitution n'est-elle pas la loi mère de toutes les lois ?
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Mais qu'est-ce qui explique donc ce blocage inouï ? Pour certains, c'est l'égoïsme absolu et l'opportunisme de certains. Un ancien ministre estime, de son côté, que cette stérilité parlementaire est le fruit des paris des uns et des autres sur les événements régionaux et sur le règlement de la crise syrienne, chacun des camps pensant que le compromis se fera à son avantage et lui permettra ainsi d'améliorer ses chances et celles de son axe régional pour assurer l'avènement de son cheval de course présidentiel. Les milieux proches du chef du parti Kataëb, le député Samy Gemayel, estiment cependant que ces paris sont faux et déplacés, dans la mesure où le compromis syrien débouchera sur le schème traditionnel du « ni vainqueur ni vaincu », surtout après l'entrée de Moscou dans le processus de règlement de la crise. « Comment les différentes parties préfèrent-elles privilégier les intérêts étrangers et privés à l'intérêt national et général ? » s'étonnent ces sources. « Puisque la région tout entière évolue dans le sens de compromis, pourquoi ne pas prendre nous-mêmes l'initiative du compromis au Liban pour résoudre nos problèmes, à travers une entente autour d'un candidat consensuel agréé par tous ? » soulignent-elles. Inutile de dire que l'incapacité des responsables à régler la crise des déchets est loin d'arranger la situation. Un diplomate occidental estime ainsi qu'il est inconcevable de penser que ceux qui ont échoué sur une question sanitaire et environnementale pourront réussir à combler le vide présidentiel et à s'entendre sur un nouveau chef de l'État. De plus, comment certains s'opposent-ils à la revitalisation du Conseil des ministres et du Parlement et refusent de contribuer au règlement du dossier des déchets sous des prétextes fallacieux et sans aucun souci de la dislocation progressive des institutions ?
Selon l'un des participants à la table de dialogue, l'initiative Berry est une perte de temps. À travers cette plate-forme, dit-il, le président de la Chambre institutionnalise la procrastination, en attendant la « délivrance » de l'extérieur – et plus précisément le compromis syrien – aux moindres coûts. Ce qui fait dire à certains diplomates : « Tant que les Libanais attendent, nous attendrons avec eux les résultats des négociations syriennes, d'autant que les parties libanaises sont liées à l'extérieur et souhaitent préserver la sécurité, qui est une ligne rouge, ce qui est rassurant à l'heure actuelle ». « La crise libanaise est désormais inextricable de la crise syrienne », soulignent pour leur part des sources diplomatiques. « Il en est de même pour l'élection présidentielle », ajoutent-elles. L'Iran, qui renvoyait tous ceux qui venaient l'interroger sur la présidentielle vers ses alliés au Liban, ne modifiera pas sa position. Les visites de Hassan Rohani au Vatican et en France n'apporteront rien de nouveau dans ce sens, soulignent ces sources, quand bien même le président iranien tente de convoyer une image d'ouverture à travers ses déplacements. Il n'y aura donc aucune concession de Téhéran sur ce dossier en attendant le compromis sur la Syrie, puisque l'Iran souhaite savoir, à la lumière de ce règlement, quel sera son ascendant sur la région, surtout après l'intervention militaire de la Russie, qui lui a volé une partie de son éclat. En bref, Téhéran refuse que sa participation à la conférence de Vienne ne soit que peccadilles, surtout à l'aune des divergences entre l'Iran et Moscou sur le sort d'Assad. Craignant de perdre de son influence au Proche-Orient, la République islamique conservera donc le sort de la présidentielle libanaise comme une carte entre ses mains, et comme un moyen de consolider les avantages du Hezbollah sur la scène locale en vue de l'étape à venir. Jusqu'à ce qu'une force de pression de l'extérieur ne vienne délivrer la présidentielle des griffes de Téhéran. Mais, pour cela, il faudra d'abord attendre la fin du conflit en Syrie.
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17 h 22, le 05 novembre 2015