Le Quai d’Orsay. Jean-Pierre Muller/AFP
La France est nostalgique. Comme une vielle puissance qui ne se sent pas à la hauteur de son histoire, la France se remet aujourd'hui en question et s'interroge : est-elle encore particulière ? Quelles valeurs doit-elle défendre ? Quelle est, in fine, sa place dans le monde ?
Dans un documentaire exceptionnel, intitulé Quai d'Orsay, au cœur de la diplomatie française, Amal Mogaïzel, réalisatrice franco-libanaise, tente de répondre à ces questions, en invitant le spectateur de l'autre côté du miroir, derrière les murs du fameux ministère français des Affaires étrangères.
« Au lendemain des attentats de janvier, plus de quarante chefs d'État ont défilé à Paris pour témoigner de leur solidarité avec la France. Je voulais comprendre pourquoi ces chefs d'État ne s'étaient pas réunis en si grand nombre après le 11-Septembre, ou après les attentats de Londres et de Madrid. Je voulais comprendre ce qui faisait la singularité de la France », explique Mme Mogaïzel, pour justifier le choix de son sujet.
Dans les salons feutrés du 37 Quai d'Orsay, la réalisatrice donne la parole à l'actuel ministre des Affaires étrangères (MAE), Laurent Fabius, mais aussi à certains de ses prédécesseurs, parmi lesquels Roland Dumas, Dominique de Villepin, Bernard Kouchner ou encore Alain Juppé. « Le plus grand challenge consistait à réunir tous ces ministres mais je tenais absolument à ce que ces entretiens aient lieu à l'hôtel du ministre », confie-t-elle, ajoutant évoquer ses origines libanaises à chaque début d'entretien. « Cela détendait immédiatement l'atmosphère. »
Tour à tour, les ministres des AE présentent leur vision de la fonction, où se mêlent l'urgence et l'immuable, la gestion de l'émotion médiatique et la raison d'État, où il ne faut jamais cesser de chercher le meilleur équilibre entre les valeurs humaines et la realpolitik. Une fonction de prestige, s'il en est, qui alimente « un petit orgueil dont il faut se méfier », d'après M. Kouchner. Ils racontent ensuite le contexte dans lequel ils l'ont exercé, et exposent les limites auxquelles ils ont été confrontés. Leurs interventions, entrecoupées d'images d'archives relatant les grands événements qui ont fait et défait la diplomatie française depuis l'instauration de la Cinquième République, donnent un large aperçu de l'évolution de la politique étrangère française ces 60 dernières années.
Le monde a changé
Indépendance par rapport aux grandes puissances grâce à la dissuasion nucléaire, ouverture vis-à vis du monde arabe, promotion d'une certaine idée de la France : le général de Gaulle a posé les jalons de la politique étrangère de son pays. Une France qui avait la particularité de parler avec tout le monde et de se poser comme la meilleure médiatrice des conflits. Une France qui se voulait universelle. « Une France qui ne peut être la France sans la grandeur », selon les mots du général de Gaulle.
Ses successeurs, de Georges Pompidou jusqu'à Jacques Chirac, ont tous suivi la ligne diplomatique qu'il avait instaurée, y compris François Mitterrand, son plus grand détracteur. L'arrivée au pouvoir de Nicolas Sarkozy va marquer un tournant avec la réintégration de la France au sein du commandement de l'Otan. Le monde a changé et la position de la France est désormais alignée sur celle des États-Unis. L'élection du socialiste François Hollande n'y changera rien : la rupture avec la vision gaullienne est consommée. « Je parcours aujourd'hui 40 000 km par mois. La diplomatie est devenue globale », explique M. Fabius.
Anecdotes
La construction européenne, la conciliation entre la défense des droits de l'homme et les intérêts économiques, la concurrence des autres ministères mais aussi de l'Élysée, qui dispose de sa propre cellule diplomatique, la mondialisation des crises, sont autant de facteurs, non exhaustifs, qui limitent aujourd'hui le champ d'action du ministre des Affaires étrangères. Le documentaire s'attarde sur chacun de ces facteurs et a le mérite de montrer la dimension humaine, dans ce qu'elle a de meilleur et de pire, de cette fonction assez méconnue du grand public. Ainsi, en fonction de sa personnalité, des informations en sa possession mais aussi des opportunités qui se présentent à lui, le ministre des AE peut commettre de terribles erreurs, qui mettront plusieurs années à être réparées, ou inscrire à jamais son nom dans la grande histoire.
Au-delà d'une présentation générale qui a de quoi séduire un large public, le documentaire plaira également aux initiés du fait des nombreuses anecdotes qui y sont distillées. Des anecdotes qui concernent souvent le monde arabe, sujet assez largement traité tout au long du film, de la guerre en Algérie jusqu'aux révoltes arabes, en passant par la position française vis-à vis du conflit israélo-palestinien et vis-à-vis des guerres du Golfe. Ministre des Affaires étrangères sous François Mitterrand, Roland Dumas raconte que durant l'une de leurs conversations, il a annoncé au président sa volonté de se plonger dans le problème du Proche-Orient. « Alors là, vous ne réussirez pas », a répondu François Mitterrand. « Laissez-moi faire », a insisté Roland Dumas. « Je vous laisse faire, mais vous ne réussirez pas », a rétorqué Mitterrand. À sa décharge, ses successeurs non plus n'ont pas réussi.
Le documentaire sera diffusé ce soir, mardi 27 octobre, à 20h40 (heure française) sur France 5.
Pour mémoire
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Amal Mogaïzel, réalisatrice franco-libanaise, nous confie évoquer ses origines libanaises à chaque début d'entretien et que cela, yâââï, détendait immédiatement l'atmosphère." ! Ah bon ? Yîîîh, à ce point ? Et pourquoi donc ? Qu'est-ce qu'il y avait de si spécial à ça ? Pleaaase !
12 h 46, le 27 octobre 2015