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Moyen Orient et Monde - Focus

Comment réagiront les Turcs par rapport au HDP le 1er novembre ?

À l'approche des législatives, reste une crainte : et si le parti prokurde avait récolté des voix plus par opportunisme anti-Erdogan que par réelle sympathie ?

Selahattin Demirtas, leader du parti prokurde HDP. Ozan Kose/AFP

Pour la seconde fois en cinq mois, les Turcs seront appelés, le 1er novembre, à élire leurs députés dans le cadre de législatives anticipées. Un scrutin au cours duquel le président Recep Tayyip Erdoğan espère que son parti, le parti du Développement et de la Justice (AKP), récupérera la majorité qu'il a perdue lors du précédent scrutin, le 7 juin dernier. Lors de ces élections, l'AKP n'avait obtenu que 40,6 % des voix, perdant ainsi sa majorité pour la première fois depuis 13 ans, alors que le Parti démocratique des peuples (HDP), emmené par Selahattin Demirtas, avait récolté 13 % des suffrages, une première pour un parti prokurde qui pouvait, par là même, faire entrer des députés au Parlement.
L'AKP perdant sa majorité, Recep Tayyip Erdoğan voyait son rêve d'hyperprésidence s'envoler.
Après l'échec de la formation d'un gouvernement de coalition avec le Parti républicain du peuple (CHP), le président Erdogan a décidé la tenue de nouvelles élections, qui se font dans un contexte d'affrontements entre les forces turques et des militants kurdes. En effet, depuis fin juillet, après l'attaque-suicide de Suruç (34 morts) et davantage après l'attentat d'Ankara du 10 octobre lors d'un rassemblement de militants de gauche et de la cause kurde (102 morts), la décision du gouvernement turc de mener des frappes aériennes contre l'État islamique (EI) en Syrie et de frapper également le PKK (Parti des travailleurs kurdes) dans le Kurdistan irakien a relancé le conflit kurde en Turquie, faisant voler en éclats le fragile processus de paix engagé à l'automne 2012.

C'est donc dans un contexte particulièrement tendu que les électeurs sont appelés aux urnes.
Pour Barış, un ingénieur civil turc à la retraite originaire de Muğla (centre-Ouest), ce sont « des élections complètement inutiles, organisées à cause des ambitions sans limites du président, qui a tout fait pour qu'une éventuelle coalition ne voie pas le jour après les élections du 7 juin ». Barış raconte avoir accueilli les résultats de juin avec beaucoup de joie et d'espérance : « J'espérais que le HDP atteigne et dépasse le seuil de 10 %, et c'est ce qui est arrivé. C'était une vraie victoire pour la démocratie turque. J'avais voté pour le HDP et j'étais observateur ambulant pour le parti dans la région de Muğla. Bien que le HDP n'ait pas eu beaucoup de voix dans cette région, tous les sympathisants du parti que j'ai rencontrés le 7 juin étaient très contents du résultat. Un Kurde m'a dit avec les larmes aux yeux que dorénavant, son fils ne partirait pas à la montagne (joindre la guérilla), car maintenant, la solution du problème était au Parlement. Ses paroles m'ont beaucoup touché. »


(Lire aussi : À Diyarbakir, une fusillade entre militants de l'EI et policiers fait neuf morts)

 

Religion vs identité ethnique
En novembre, et dans un contexte bien différent de celui de juin dernier, le score du HDP sera plus que jamais indispensable pour contrecarrer les ambitions de l'actuel président. D'aucuns, parmi les membres du parti prokurde, craignent toutefois que des électeurs ayant voté en juin pour l'HDP ne donnent leur voix, le 1er novembre, à l'AKP.
« Au-delà de mes peurs en ce qui concerne la régularité du scrutin, je crains la défection d'une partie des voix que le HDP a récoltées plus par opportunisme anti-Erdoğan que par réel vote de sympathie pro-HDP », confie Varkas, avocat kurde originaire de Gaziantep (Sud) et ancien président d'une association d'étudiants kurdes. Pour lui, il n'est pas question de changer son vote : « Pour les Kurdes dont le patriotisme est déjà éprouvé, comme ma famille et moi, il n'est pas question de changer de comportement électoral, ni de modifier nos habitudes malgré le contexte de violence. » Varkas pense que, pour le gouvernement, il s'agit de marginaliser le HDP à travers la montée de violence en provoquant des réactions du PKK et en obligeant le HDP à prendre position pour ou contre. Ce contexte pourrait pousser les électeurs qui ne sont pas fondamentalement prokurdes mais qui ont voté pour le HDP lors du dernier scrutin à ne pas réitérer ce vote anti-AKP.
Pour Varkas, il est possible « que pour d'autres franges de la population kurde à l'engagement moins ancré ou plus superficiel, il y ait soit un désengagement politique, donc pas de vote, soit un recentrage plus individualiste, et donc un rapprochement de l'AKP ».

 

(Lire aussi : Après l'attentat d'Ankara, la Turquie confrontée à ses propres jihadistes)


Un étudiant kurde originaire d'Izmir, Ferhat, révèle pour sa part que « bien que le HDP ait décidé de suspendre les rassemblements politiques depuis l'attentat d'Ankara, de simples sympathisants du HDP ont décidé de travailler au niveau individuel pour pousser leur entourage à aller voter ». Il est sévère envers les Kurdes qui votent pour l'AKP : « Ceux-ci sont soit des Kurdes sunnites pour lesquels la religion est plus importante que l'identité ethnique, soit des Kurdes opportunistes qui votent pour l'AKP parce que cette organisation pratique le clientélisme (distribution de charbon, de denrées alimentaires, aide pour trouver un emploi ou des clients,...). De ceux-là, il n'y a pas grand-chose à attendre. Cette partie de la population kurde est pour moi celle qui a commis le plus de trahisons envers la cause kurde. »

Pour Oğuzhan, étudiant turc en ingénierie industrielle, et pour Yavuz, un commercial, tous deux stambouliotes et antikurdes, les rapports entre le HDP et le PKK doivent être rompus. « Le HDP devrait cesser de soutenir le PKK. Il est inacceptable que siège au Parlement un parti qui soutient le PKK », martèle Oğuzhan. Quant à Ferhat, il pense qu'« une partie des Turcs voterait peut-être plus volontiers pour une organisation prokurde si elle n'était pas assimilée au PKK ». Barış, turc prokurde, croit néanmoins que « le PKK ne souhaite pas le succès du HDP, c'est-à-dire le succès de la solution démocratique, car ils perdraient alors leur suprématie (armée) ». Concernant les résultats, selon lui, ils ne devraient « normalement » pas trop changer, mais il reste prudent « car le parti au pouvoir est capable de truquer les résultats ! ».

 

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