Le marché de la domotique libanais est estimé entre 8 et 10 millions de dollars par an par les fournisseurs. Photo Bigstock/Dolgachov
Système d'alarme anti-intrusion, lumières, portes et fenêtres automatiques... De plus en plus de fonctionnalités d'une maison peuvent être pilotées à distance via une tablette ou un smartphone. Au Liban, le marché de la domotique – estimé dans une fourchette comprise entre 8 et 10 millions de dollars annuels par les professionnels interrogés par L'Orient-Le Jour – est en progression constante depuis une dizaine d'années.
Il reste néanmoins cantonné à une clientèle aisée. « Nous installons la domotique à 70 % dans des résidences privées qui valent 500 000 dollars ou plus », explique Georges Dubien, responsable des ventes chez le fournisseur G Systems. Une tendance confirmée chez les promoteurs immobiliers de bâtiments haut de gamme, où la domotique semble progressivement devenue incontournable. « C'est un caprice que l'on offre aux acheteurs, un joli bijou pour la maison », observe Jad Kahawati, chef des opérations de la société immobilière Jamil Saab & Co qui collabore avec des projets immobiliers équipés de domotique. « On sait qu'à l'avenir, l'idée va s'ancrer, alors autant proposer les installations de base afin qu'ils puissent y ajouter les fonctionnalités qui les intéressent », renchérit Alain Bassoul, directeur général de la société immobilière Prime Consult. Du reste, le Liban se situe dans la tendance mondiale : une étude menée en 2013 sur le marché européen de la domotique montrait que 68 % du chiffre d'affaire du secteur concernait les applications de luxe dans le secteur résidentiel.
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Prix en baisse
Un positionnement qui pourrait ralentir l'expansion du marché alors qu'en cette période de crise, le secteur de la construction se réoriente résolument vers les petites surfaces. « La demande actuelle se concentre sur des petits appartements de moins de 150 m2 pour lesquels il n'existe pas de demande pour ce type d'installation », explique Chadi Ayoub, architecte à MENA Capital, un promoteur qui a momentanément suspendu le recours à la domotique dans ses projets résidentiels. « Pour des appartements de moins de 300 000 dollars, il est très difficile de convaincre les promoteurs », reconnaît Ziad Rahmé, directeur des ventes chez le fournisseur César Debbas & Fils.
Pourtant, le prix de l'installation en amont des câblages ne dépasse pas 1 000 dollars par appartement. Bien que les prix puissent atteindre plusieurs dizaines de milliers de dollars dépendant des fonctionnalités choisies, l'installation de base est également de moins en moins onéreuse. Chez l'un des fournisseurs interrogés, le prix d'une installation de base est par exemple passé de 1 000 dollars à 500 dollars en 2 ans, hors frais de câblage.
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De plus, la domotique permettrait de diminuer la facture énergétique d'une résidence et ce jusqu'à 30 %, selon les fournisseurs. « Rien que dans nos bureaux, la domotique nous permet de faire des économies de 15 % », affirme Ziad Rahmé. Un argument qui devrait faire mouche dans un pays touché par une double facturation dans le secteur énergétique. Mais un travail important de communication reste à faire pour convaincre l'acheteur qu'il pourra récupérer ce qu'il dépense en plus lors de l'achat de l'appartement (environ 10 % pour un appartement à 150 000 dollars), ajoute-t-il. « Il n'y a pas encore eu de campagne publicitaire forte menée par un fournisseur de domotique », constate de son côté Jihad Abou Zeid, propriétaire de la société immobilière Realty Lebanon. Les professionnels du secteur espèrent néanmoins que la démocratisation du marché se réalisera dans les dix années à venir.
Mais d'ici là, ils pourraient se faire couper l'herbe sous le pied par les géants de l'électronique tels Samsung, Apple et Google, qui investissent massivement dans le domaine des objets connectés. Des objets permettant entre autres de détecter les mouvements, reconnaître des visages ou contrôler des appareils électroménagers... Le tout pour quelques centaines de dollars, sans que le client n'ait besoin d'avoir recours à une installation lourde de nouveaux câblages. « Il s'agit davantage de gadgets que d'un système domotique complet, qui doit inclure au minimum le chauffage, l'éclairage, les ouvrants et une alarme », avance Salem Malek, directeur commercial chez le fournisseur The Levant Engineers. Bien plus inquiet, un autre acteur du secteur confie sous couvert d'anonymat : « S'ils débarquent à Beyrouth, nous devrons sans doute mettre la clef sous la porte ! »
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