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Lorsque le débat politique tourne au pugilat : quelques précédents au Liban...

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Au Parlement, en commission ou sur les plateaux de télévision, quelques exemples de "débats" houleux entre politiciens.

J.A.R. | OLJ
06/10/2015

L'altercation qui a opposé lundi des députés aounistes et du Futur lors de la réunion de la commission parlementaire des Travaux publics n'est pas le premier incident du genre. Retour sur quelques clashs, verbaux ou plus physiques, entre politiciens libanais.

 

 

 

- Le 9 juillet dernier, une altercation violente verbale oppose le Premier ministre Tammam Salam au chef de la diplomatie, Gebran Bassil, en Conseil des ministres sur fond de divergences sur l'exercice  par le gouvernement des prérogatives présidentielles en l'absence d'un chef de l'État.
Après avoir accusé M. Salam de porter atteinte à la Constitution, M. Bassil reprend : "j'ai le droit de dire ce que je veux, quand je veux. Sur cette table, je suis le président de la République, en l'absence d'un président", martèle Gebran Bassil. Le chef du gouvernement lui lance alors : "Baisse ta voix. Pour qui tu te prends ? Sois poli en Conseil des ministres. Tu m'attaques du palais Bustros et tu m'accuses de spolier les prérogatives du président. Cela fait un an et demi que je te supporte toi et ton bloc et que je supporte vos caprices".

 

- En mai 2012, lors du débat de politique générale au Parlement, diffusé sur plusieurs jours en direct sur les chaînes de télévision, le niveau du discours politique laisse parfois pantois. Exemple : Au député du CPL Ziad Assouad qui s'en est pris nommément au courant du Futur, l'accusant d'être impliqué, par le biais de son vice-président Samir Doumit, dans un marché lié à l'électricité, le député Ahmad Fatfat (bloc du Futur) rappelle « l'argent du Casino », dans une allusion claire à l'épouse de M. Assouad.

 

- En novembre 2011, invités sur le plateau de l'émission "Bimawdouiya" présentée par Walid Abboud sur la chaîne de télévision MTV, Moustapha Allouche, ancien député et membre du bureau politique du courant du Futur, et Fayez Chokr, secrétaire-général du parti Baas, sont invités à débattre de la révolte en Syrie et l'avenir du régime de Bachar el-Assad. Rapidement toutefois, le débat tourne au pugilat. 
Le tournant a lieu quand M. Allouche qualifie Bachar el-Assad de "menteur". Des propos qui rendent M. Chokr blanc de rage. "C'est toi le menteur. Et ton maître aussi", rétorque le responsable baasiste. "Je n'ai rien à apprendre d'un fils de moukhabarat", réplique l'ancien député su 14 Mars. Les deux hommes en viennent alors aux poings.

 

 

 

- En juillet 2011, lors d'un débat parlementaire, l'élément marquant de l'intervention du député du 14 Mars, Khaled Daher, est un échange d'insultes avec son collègue Assem Kanso (Baas pro-syrien). Pour résumer, Kanso traite Daher de "chien" après l'hommage rendu par ce dernier au peuple syrien en révolte contre le régime de Assad.

 

 

 

- En août 2008, également lors d'un débat parlementaire, les Libanais ont droit à une autre "scène" jouée par les députés Élias Atallah (Gauche démocratique) et Ali Ammar (Hezbollah), le second invitant le premier à se "parfumer la gueule avant de parler de la Résistance" et le traitant de "valet".

 

 

- Le 17 août 1970, la présidentielle, qui s'était conclue par la victoire de Sleiman Frangié, avait également donné lieu à une violente bousculade au sein du parlement.

 

Une photo tirée de l'édition de L'Orient du 18 août 1970.

Voici le compte-rendu de cette élection, tel que publié dans L'Orient, du 18 août 1970.

"La tension était à son point culminant. Le dépouillement du second tour de scrutin était terminé à un bulletin près. Il en restait un seul dans l'urne. Le décompte des voix donnait 49 suffrages à M. Frangié et 49 à M. Elias Sarkis. C'est le dernier bulletin qui restait dans l'urne qui allait départager les deux candidats. (...)

M. Abdo Saab, scrutateur, déplie le dernier bulletin et annonce : Sleiman Frangié.

Aussitôt, c'est une explosion de cris de joie dans l'hémicycle. M. Nadim Naïm, comme catapulté par un ressort, se précipite sur M. Frangié, et l'embrasse. M. Kamel el-Assaad suit son exemple.

Malgré le bruit des applaudissements et des vivats, on entend la voix du président Hamadé qui annonce : +M. Sleiman Frangié a obtenu 50 voix et M. Elias Sarkis 49. Comme aucun des deux candidats n'a recueilli la majorité absolue, requise par la constitution, il faudra procéder à un nouveau tour de scrutin+.

Tout se passe alors avec une rapidité extraordinaire. M. Sleiman Frangié, assis au banc du gouvernement, se lève et donne un violent coup de poing sur son pupitre, en signe de protestation. Il saisit le micro qui se trouve devant lui et frappe violemment son pupitre. Les députés PNL et du Centre lancent des cris de protestations.

Cependant, M. Hamadé a déjà quitté son siège et se prépare à gagner la sortie. Il trouve sur son chemin M. Sleiman Frangié qui le repousse en arrière en lui criant : +Tu ne me feras pas un coup pareil+.

M. Frangié et M. Hamadé se bousculent l'un l'autre. Des députés accourent. Les uns tentent de séparer les deux hommes, les autres s'empoignent et bientôt, on assiste à une véritable mêlée. Dans l'hémicycle, la confusion est totale.

Mais elle augmente encore lorsque des partisans de Sleiman Frangié et des partisans de M. Hamadé font irruption dans la salle et se jettent dans la mêlée. Le fils de M. Hamadé se précipite aux côtés de son père et lui fraye à coups de poings un passage jusqu'à la porte. M. Bakhos Hakim, qui est l'un des députés qui protestent avec le plus de fougue contre la décision du président Hamadé, est coincé dans un coin par un partisan du chef de l'Assemblée et brutalisé.

Les députés qui ne participent pas à la bagarre courent dans tous les sens, lançant des cris de protestation.

Au banc du gouvernement, le président du Conseil, M. Rachid Karamé, garde son calme. Mais deux énergumènes, qui échangent des coups de poings, sont sur le point de le bousculer. Il quitte son siège et gagne la sortie, les bras tendus en avant, presque comme un boxeur en position de garde. Comme s'il était indifférent à ce qui se passe autour de lui, M. Pierre Gemayel se tient à sa place, immobile comme une statue, les mains croisées et posées sur son pupitre.

La bagarre continue. Le tumulte provoqué par les vociférations est dominé par le bruit des coups de feu, qui éclatent place de l'Étoile, tirés pour saluer l'élection du nouveau chef de l'État.

M. Frangié prend la place de M. Hamadé, qui a quitté la salle. Mais M. Edmond Rizk appelle M. Michel Sassine et lui demande de proclamer, en sa qualité de vice-président de l'Assemblée, l'élection de M. Frangié. M. Sassine gagne la place du président Hamadé, tire un texte de sa poche et en donne lecture. Les députés du camp qui a voté pour M. Frangié déclenchent un tonnerre d'applaudissement.

(...)

Brusquement, M. Sabri Hamadé revient dans l'hémicycle et somme M. Sassine de quitter sa place.

Le vice-président de la Chambre poursuit la lecture de son texte, tandis qu'une nouvelle bousculade se produit autour de M. Hamadé. Celui-ci sort de nouveau et la police de la Chambre et des agents de la Brigade 16 font irruption dans l'hémicycle.

(...)

Après trois quarts d'heure de bagarres et de confusion, l'atmosphère commence à se calmer. M. Michel, Sassine, sur le conseil du président Camille Chamoun, veut faire approuver le procès-verbal de la réunion. Il le demande aux fonctionnaires de la Chambre et le signe. (...)

Dans l'hémicycle, la fièvre commence à tomber. (...)

A 19h25, l'atmosphère s'est presque complètement calmée. M. Hamadé revient à sa place suivi de la plupart des députés et, sous les applaudissements, déclare : +Le résultat du scrutin est le suivant : M. Sleiman Frangié a recueilli 50 voix et M. Elias Sarkis 49. Le nombre de votants est de 90 députés, et la Constitution stipule qu'au second tour de scrutin le candidat élu est celui qui a obtenu la moitié des voix, plus une+".

 

 

 

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Raminagrobis

Rigolo mais également nostalgique.

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

C'EST LE BORDEL !!!DU FOLKLORE NATIONAL DE NOS ABRUTIS...

ANTOINE-SERGE KARAMAOUN

Bandes de sous-développés ! Il était franchement prématuré, ce départ précipité en 46 des "hanoûnes" Mandataires français ; yâ hassértéééh ! Äâââ presque simili-"civilisés", äâââl !

Bahijeh Akoury

c'est du pur...

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