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Culture

Mitri à « L’OLJ » : Un musée qui n’intéresse pas les jeunes est forcément condamné à mourir

Entretien

À l'approche du jour J qui marquera la réouverture du musée Sursock après sept ans de travaux, le président du comité exprime sa volonté de démocratisation culturelle, notamment à l'égard des jeunes.

05/10/2015

« Nous sommes ouverts à tous. » À l'ombre du jardin, près de la belle façade mi-ottomane, mi-vénitienne éclatante de blancheur, où miroitent les vitraux multicolores ciselés à Nîmes, le président du comité du musée Nicolas Sursock est catégorique. « J'ai une idée centrale qui me préoccupe, glisse Tarek Mitri. Il ne s'agit pas de faire du rebranding (une refonte de l'image de marque), mais je veux que ce musée ait une vraie vocation publique. Un lieu non seulement ouvert gratuitement à tous, mais qui d'une certaine manière appartient à tous. » L'ancien ministre récuse l'idée d'une institution poussiéreuse appartenant plus spécifiquement à un quartier ou une communauté. Le musée du hajj N'oula (comme il aime le désigner) veut accueillir petits et grands, élite intellectuelle ou novices dans l'art, les habitants du quartier comme les visiteurs venus des quatre coins du Liban, toutes classes sociales et communautés confondues.

Rétro-néo

« C'est extrêmement important. Tout ce qui est de nature à ne pas inclure le plus grand nombre de Libanais me chiffonne, martèle Mitri. Pour la réception d'ouverture, je tenais à inviter un public panaché qui reflète la diversité libanaise. C'est un peu cela mon dada. »

Verrons-nous alors, à partir du 8 octobre, un nouveau musée Sursock ? « C'est un débat constant au sein du comité. Mais à l'instar de l'architecture qui a sauvegardé le patrimoine tout en modernisant les outils, nous chercherons à garder cet équilibre entre l'ancien et le nouveau. » Le néo-rétro musée tentera donc de se placer au centre de cette tension, en espérant qu'elle sera créatrice. « Entre la préservation du patrimoine et de l'histoire à laquelle nous sommes fidèles – la collection permanente retrace l'histoire de l'art libanais depuis le XXe siècle – et le développement de l'aspect novateur, des choses anticonvenues. Il faudrait conjuguer les deux d'une façon harmonieuse, il n'est pas facile de trouver l'équilibre, mais pas impossible non plus. »
Et de poursuivre : « J'ai été nommé à la tête du comité il y a cinq ou six ans pour succéder à Ghassan Tuéni, donc je suis parmi les derniers venus. Et, à ma grande surprise, j'étais parmi les plus jeunes de l'équipe. » Pour le président du comité, l'heure du rajeunissement a sonné. « Il fallait qu'on s'ouvre aux jeunes, qui ont des choses peu conventionnelles à dire. » Ainsi, une équipe active et dynamique entoure la directrice du musée, Zeina Arida Bassil : Elsa Hokayem, directrice adjointe ; Yasmine Chemali, responsable des collections du musée ; Nora Razian, chargée de la programmation ; Lucas Morin, assistant à la programmation ; et Murielle Kahwagi, attachée de communication.

Rajeunissement de la direction, mais aussi du public. En incluant dans la programmation des activités de type éducatif et ludique adressées aux écoliers. Afin de provoquer chez eux cet étonnement devant le beau. « Je relis de temps en temps le testament de Nicolas Sursock et je peux vous assurer que son premier objectif était que les Libanais, les jeunes en premier, apprennent l'amour de l'art et développent leur sensibilité artistique. »
« C'est en quelque sorte le litmus test (épreuve décisive) de l'institution muséale », poursuit Tarek Mitri, pour lequel un musée qui n'intéresse pas les jeunes est « forcément condamné à mourir ». À se scléroser. « Je ne veux pas créer un café où se rencontrent des gens d'un certain âge pour se raconter leur nostalgie des années 60. Ce n'est pas cela l'idée. »

Waqf et custode

Pour le président du comité, la structure du musée est à la fois simple et compliquée. Il en rappelle d'abord l'histoire. En 1912, hajj N'oula (Sursock) a fait construire cette belle demeure. Selon ses vœux testamentaires (il est mort en 1951), cette résidence a été établie en waqf (bien religieux) et confiée à un custode, le président du conseil municipal de Beyrouth, afin de devenir un musée.
« En théorie, le custode a autorité sur tout ce qui se fait au musée, mais les custodes successifs ont jugé bon de faire nommer un comité présidé par des personnes comme votre serviteur, précédé par Ghassan Tuéni, pour diriger les affaires du musée », explique l'ancien ministre de la Culture.
« Il y a moins d'un mois, le custode actuel, Bilal Hamad, a créé un Board of Trustees (un conseil de direction) responsable de la gestion du musée et dont font partie tous les membres de l'ancien comité. Puis, il a choisi neuf personnes pour faire fonction de comité exécutif (voir encadré), qui se réunissent toutes les 3 semaines et qui assurent le suivi au quotidien. Et il a demandé à votre serviteur d'être président de l'un et de l'autre. »

Concernant le budget, Tarek Mitri rappelle que le musée est un waqf et que son généreux donateur a également laissé des biens en montant et en espèces. « Du temps de la présidence de Camille Chamoun, la résidence de Nicolas Sursock a reçu les hôtes de la République. En contrepartie, le gouvernement a donné des contributions. Et, au cours des années, la direction a su mettre de l'argent dans la tirelire. » À signaler également que l'institution reçoit des revenus prélevés d'une taxe sur les permis de construire. Sans oublier les dons grâce auxquels la rénovation – qui aurait coûté près de 15 millions de dollars – a pu être réalisée. « Ce qui explique aussi la lenteur des travaux qui ont duré sept ans », renchérit M. Mitri, ajoutant que le perfectionnisme des architectes Jean Michel Willmotte et Jacques Aboukhaled, « qui souhaitaient faire un musée à la pointe des progrès en la matière, nous a fait languir et nous a coûté cher ».
Mais le résultat est là. Un musée moderne à l'écorce traditionnelle. Un écrin architectural abritant ce que l'inspiration artistique libanaise a fait de mieux. S'il devait y ajouter sa touche, que commanderait Tarek Mitri ? La réponse fuse : « Un vieil instrument de musique. Un piano ou un violoncelle du XVIIIe siècle. Si vous connaissez quelqu'un qui aimerait nous en faire don... »

Le comité des neuf
Président : Tarek Mitri
Vice-président : Abdel Menhem Ariss, ancien président du conseil municipal
Trésorier : Maher Daouk
Secrétaire : Nabil Kiwan
Membres : Chadia Tuéni, Habib Ghaziri, Maria Melki, Rachid Achkar et Noha Karanouh.


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Ziad Gabriel Habib

Bonne chance de réussite pour ce projet! Un pays sans musées est un pays sans histoire, sans origine et surtout sans vocation. Nous sommes en orient où le proverbe dit " man nasia aslahou fa la aslan lahou...". Sans être profesionnel du métier, un musée est l'association de deux choses: (1) le "cadre abritant" ou bâtiment/environnement qui va raconter une histoire architecturale et/ou historique, ici le maginfique palais Sursock et (2) le "cadre abrité" ou l'art et/ou la mémoire collective d'un pays que l'on souhaite exposer et auquel l'on souhaite sensibilser le visiteur; soit finalement l'identité propre du musée. Peut être faut-il enrichir le nom de "musée Sursock" en "musée xxx Sursock". xxx étant l'idendité choisie du musée, sa raison d'être finalement.
Bruxelles

ANTOINE-SERGE KARAMAOUN

D'où il sort au fond ce Métréh, on n'avait jamais entendu parler de lui avant à peine une dizaine d'années ? !

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

NOUS AVONS LE MUSEE DE LA POLICHINNERIE... PLACE DE L,ETOILE !

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