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Économie - « Dieselgate »

Embourbé dans un scandale mondial, Volkswagen fait profil bas

La tricherie dont Volkswagen est l'auteur concernerait 11 millions de véhicules dans le monde. Le patron de la marque se trouve désormais sur la sellette.

Martin Winterkorn, patron du groupe Volkswagen, a présenté hier ses « profondes excuses » concernant le scandale qui éclabousse la marque automobile. Johannes Eisele/AFP

Le scandale des moteurs diesel du groupe Volkswagen a pris une ampleur inédite hier, le constructeur allemand admettant que 11 millions de ses véhicules dans le monde étaient équipés du logiciel de trucage aux tests antipollution découvert aux États-Unis.
Pour le deuxième jour consécutif, l'action Volkswagen a vécu une véritable descente aux enfers à la Bourse de Francfort où elle a perdu 19,82 % sur la séance. En deux jours, elle a ainsi dévissé de 35 %, effaçant 25 milliards d'euros (27,8 milliards de dollars)de capitalisation boursière, et entraînant dans son sillage les autres titres automobiles sur les places européennes.
En fin de journée, le patron du groupe Martin Winterkorn a présenté ses « profondes excuses » et affirmé n'avoir pas lui-même à l'heure qu'il est « les réponses à toutes les questions ». Il a promis de faire la lumière sur l'affaire, semblant démentir indirectement les rumeurs d'éviction imminente qui avaient circulé dans la journée.
Volkswagen a reconnu que « des enquêtes internes (avaient) montré que le logiciel en question était aussi présent dans d'autres véhicules diesel du groupe ». Soit pas seulement des voitures de marque VW ou Audi aux États-Unis, comme avéré jusqu'alors, mais potentiellement aussi ailleurs dans le monde et sur d'autres marques comme Skoda et Seat. Volkswagen chapeaute douze marques de voitures, camions et motos. Le trucage, qui vise à contourner les tests antipollution au moyen d'un logiciel détectant le moment où ils sont effectués, concerne tous les moteurs diesel de type EA189, soit « un volume total d'environ 11 millions de véhicules dans le monde », selon le constructeur.
« Il va s'agir d'établir qui savait quoi, qui a pris les décisions », a déclaré Olaf Lies, ministre de l'Économie de l'Etat régional de Basse-Saxe, actionnaire de Volkswagen à hauteur de 20 %, et membre du conseil de surveillance. Le président du comité d'entreprise Bernd Osterloh, qui siège lui aussi à l'organe de contrôle, va demander à ce que « des conséquences personnelles en soient tirées », selon une lettre envoyée aux employés et diffusée par Bild.

 

« Totalement merdé »
Selon l'autorité américaine EPA, qui a révélé l'affaire vendredi, Volkswagen avait été informé dès 2014 par les régulateurs d'écarts entre les émissions réelles et celles relevées lors de tests.
À Berlin, la chancelière Angela Merkel a appelé ce grand nom de l'industrie allemande, fierté nationale, à « la transparence totale » sur cette supercherie, qui faisait des vagues dans le monde entier.
Une enquête pénale a été ouverte aux États-Unis, le pays où le scandale a éclaté, a confirmé une source proche du dossier à l'AFP.
« Notre entreprise a été malhonnête (...) et avec mes mots en allemand on dirait qu'on a "totalement merdé"», a admis le PDG de Volkswagen America, Michael Horn.
La Corée du Sud va conduire des tests, tout comme l'Allemagne, et l'Italie et la France ont annoncé l'ouverture d'investigations.
En Allemagne, le ministre des Transports a annoncé la création d'une commission dont les membres vont se rendre dès cette semaine à Wolfsburg (Nord), siège du groupe.

 

Emplois menacés ?
Volkswagen, qui pourrait devoir payer jusqu'à 18 milliards de dollars d'amende rien qu'aux États-Unis, sans compter le coût des rappels et d'éventuelles procédures en justice, va mettre de côté 6,5 milliards d'euros (7,2 milliards de dollars) sous forme de provisions dans ses comptes du troisième trimestre (juillet-septembre). De quoi sérieusement amputer le bénéfice annuel du géant de l'automobile, aux 200 milliards d'euros (222 milliards de dollars) de chiffre d'affaires et 600 000 salariés.
Selon la presse allemande, les membres les plus influents du conseil de surveillance se sont réunis hier soir. Aucune information sur d'éventuelles décisions n'a filtré à l'issue de la réunion qui devrait se poursuivre aujourd'hui, selon l'agence DPA.
Officiellement, une réunion de l'ensemble de l'organe de conseil vendredi est toujours censée prolonger le contrat de celui-ci jusqu'à fin 2018, mais les doutes se sont multipliés ces derniers jours.
D'aucuns s'inquiétaient déjà en Allemagne du discrédit jeté sur le « made in Germany » et du préjudice causé à l'industrie dans son ensemble, pilier de l'économie et facteur essentiel des succès à l'export.

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