Pendant ce temps, ailleurs...

Guy Béart, l’auteur de « Liban libre, libre Liban », ne reverra plus ce pays qu’il chérissait

Le « troubadour rêveur » de la chanson française est mort hier à l'âge de 85 ans.

Guy Béart avec sa fille, l’actrice Emmanuelle. Photo AFP

Guy Béart, grande figure de la chanson française et père de l'actrice Emmanuelle Béart, est mort hier à Garches, près de Paris, à l'âge de 85 ans. « Je viens d'avoir ses filles au téléphone, il est décédé ce matin en allant chez le coiffeur. Il est tombé sur le trottoir, il n'a pas pu être ranimé », a indiqué son attaché de presse Fabien Lecœuvre. Le chanteur avait fait ses adieux à la scène en janvier dernier.

Né Béhart le 16 juillet 1930 au Caire, fils d'un expert-comptable, Guy Béart a passé son enfance et sa jeunesse au Proche-Orient – au Liban notamment où il vécut 15 ans après son départ d'Égypte et fut élève à l'école des Frères de Gemmayzé, à Beyrouth –, en Italie et en Grèce. À son arrivée en France à l'âge de 17 ans, il mène à Paris des études scientifiques et exerce divers métiers (copiste de musique, barman, cuisinier, professeur de géométrie, ouvrier ferrailleur, ingénieur des ponts et chaussées). Le soir, il joue de la guitare dans un cabaret parisien. Il se fait remarquer et commence à écrire des chansons pour les stars de l'époque : Patachou Bal chez Temporel, Zizi Jeanmaire Il y a plus d'un an, Je suis la femme, Juliette Gréco Qu'on est bien, Yves Montand, Colette Renard, Tino Rossi, Marcel Amont, Maurice Chevalier, Philippe Clay, Marie Laforêt ou Dalida.

Guy Béart finit par se lancer lui-même dans la chanson. En 1957, il enregistre son premier disque. Un an plus tard, sa rencontre avec le cinéaste François Villiers et l'écrivain Jean Giono marque un tournant dans sa vie : il compose la musique de leur film, L'eau vive. Très vite, Guy Béart devient un chanteur populaire. En cette même année 1958, il découvre L'Olympia où il a fait en janvier dernier donc, près de 60 ans plus tard, ses adieux. La voix voilée, s'accompagnant à la guitare, Guy Béart chante des textes souvent poétiques, parfois mélancoliques. Cet « amoureux du verbe », qui a créé sa propre maison de production en 1963, interprète de nombreux titres à succès parmi lesquels Il n'y a plus d'après, Chandernagor, Couleurs vous êtes des larmes, Les grands principes, À Amsterdam, ou encore Les souliers...

Guy Béart se voyait comme un « troubadour rêveur » et n'avait qu'un seul souhait : que ses chansons demeurent dans le folklore français. Atteint d'un cancer dans les années 1980, il s'éclipse quelque temps avant de réapparaître au milieu des années 1990. Son dernier album studio en date, Le meilleur des choses, est paru en 2010. Guy Béart avait en outre publié en 1976 un recueil de poésies Couleurs et colères du temps, et deux autres livres : L'espérance folle, paru en 1987 et Il est temps en 1995.

« Liban libre ! »
Au Liban, pays de son enfance auquel il est resté très fortement attaché, Guy Béart est surtout connu pour sa chanson Liban libre, libre Liban, qu'il avait voulue comme un hymne d'espérance. Née le 13 mai 1989 sous les bombes, il l'a chantée sur la place des Martyrs, dans les ruines de Dora et même au palais présidentiel de Baabda avec le général Michel Aoun qui y séjournait à l'époque, tandis que les balles des francs-tireurs sifflaient non loin.

« Ma personnalité s'est nourrie des mariages entre les cultures orientale et occidentale. J'éprouve un véritable amour pour ce pays, avait affirmé alors Guy Béart, lors de sa brève et émouvante visite. J'ai vécu ici mes années d'adolescence, et ce sont des années qui comptent dans la formation du corps, du cœur, de l'âme. C'est un pays de Dieu où j'ai appris l'hospitalité. Plus tard, quand j'ai créé l'émission télévisée Bienvenue (1966-1972), c'était à l'image du Liban : l'hospitalité pour les artistes et inconnus de tous bords, toutes couleurs et tous genres. J'ai appris au Liban la fraternité et la tolérance. Je sais que le Liban, depuis des millénaires, a été un abri pour les persécutés du monde entier. Si l'on n'arrive pas à y recréer la liberté, la paix, l'harmonie, impossible de penser à y parvenir en bien d'autres lieux, d'autres pays... »

Il y a quelques mois encore, en mars dernier, reprenant le titre de sa chanson, Guy Béart avait réitéré, lors d'une cérémonie honorifique à Paris, ses propos tenus en 1989: « La paix dans le monde passe par un Liban libre ! »

 

 

 

Pour mémoire
Guy Béart : La paix dans le monde passe par un Liban libre


Guy Béart, grande figure de la chanson française et père de l'actrice Emmanuelle Béart, est mort hier à Garches, près de Paris, à l'âge de 85 ans. « Je viens d'avoir ses filles au téléphone, il est décédé ce matin en allant chez le coiffeur. Il est tombé sur le trottoir, il n'a pas pu être ranimé », a indiqué son attaché de presse Fabien Lecœuvre. Le chanteur avait fait...

commentaires (1)

Je ne suis pas, hélas, un fan de Guy Béart. Je reconnais évidemment la haute valeur de sa poésie et les paroles des chansons qu'il avait composées pour les chanteurs notamment Tino Rossi. Je retiens spécialement "L'eau vive" reprise par Tino le 3/12/1958 qui me rappelle toujours les eaux vives et limpides de Nahr-el-Kalb des années 1935 lorsqu'on s'y baignait à 800m de son embouchure à proximité du pont romain.

Honneur et Patrie

14 h 09, le 17 septembre 2015

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Commentaires (1)

  • Je ne suis pas, hélas, un fan de Guy Béart. Je reconnais évidemment la haute valeur de sa poésie et les paroles des chansons qu'il avait composées pour les chanteurs notamment Tino Rossi. Je retiens spécialement "L'eau vive" reprise par Tino le 3/12/1958 qui me rappelle toujours les eaux vives et limpides de Nahr-el-Kalb des années 1935 lorsqu'on s'y baignait à 800m de son embouchure à proximité du pont romain.

    Honneur et Patrie

    14 h 09, le 17 septembre 2015