Salim Azzam pour Cartier, quand deux savoir-faire se croisent. Photo avec l’aimable autorisation de Salim Azzam
Ce n’est pas la première fois que Cartier se tourne vers Salim Azzam et ses brodeuses pour une collaboration exclusive. Déjà en 2024, la maison joaillière que le gotha qualifiait de « joailler des rois, roi des joailliers », demandait à l’illustrateur, conteur et créateur de mode une broderie spéciale pour les cent ans de sa célèbre bague Trinity. Azzam est connu pour avoir transformé son village de Bater en un ouvroir d’exception, misant sur le haut savoir-faire transmis de femme à femme dans cette localité isolée du Mont-Liban. Les habitants de cette région du Chouf sont connus pour apprécier le maté, ramené par des émigrés en Argentine, dûment infusé dans une petite courge (qaraa) et bu avec une paille. Quelqu’un avait relevé lors de cet événement qu’on n’aurait jamais imaginé « Cartier et la qaraa dans une même image ».
Or voici que l’image se répète, bien que les deux événements n’aient rien à voir l’un avec l’autre à deux ans de distance. À l’occasion de l’inauguration de son espace à Bodrum, la maison joaillière confie au maître libanais de la broderie la création de deux collections d’articles spécifiques : des charms à distribuer aux invités VIP et des kits de broderie illustrés des icônes de Cartier ainsi que des symboles de Bodrum. Le concept de cette nouvelle boutique consiste à offrir au client la possibilité de vivre de nouvelles expériences. L’idée de proposer quelque chose que l’on puisse réaliser soi-même, quelque chose de nouveau qui puisse attirer l’attention sur un savoir-faire s’est imposée, et avec elle les kits de broderie Salim Azzam que l’on peut trouver notamment dans des boutiques de musées comme celle du musée Sursock à Beyrouth. « Nous avons réalisé, exclusivement pour la boutique de Bodrum, des illustrations inspirées des paysages de Bodrum et des symboles iconiques de Cartier », résume le créateur. « J’aimerais attirer l’attention sur le fait que ce travail a été réalisé alors que la guerre en cours au Liban était à son apogée. Rien que de pouvoir honorer une telle commande dans une telle période nous permet de reconnaître que la vie vous donne d’un côté ce qu’elle vous prend de l’autre. Je suis plein de gratitude de m’être vu confier ce projet en ces temps extrêmement difficiles, un projet qui a comblé notre atelier de joie et d’optimisme et rendu, d’une certaine manière, nos rêves possibles », détaille-t-il.

Les charms à accrocher à un sac sont des objets brodés tridimensionnels, petits coussinets pourvus d’un mousqueton dans lesquels rugit la Panthère de Cartier ou se déclinent les ornements caractéristiques de la maison comme le motif floral de l’écrin joaillier ou la bague Trinity représentée sous forme de bouée. Les kits de broderie se traduisent par un cercle à broder, un dessin et une quantité suffisante de fils de couleurs pour lui donner vie, simplement en fixant le pochon de coton blanc sur le cercle de bois et y allant avec l’aiguille. Pour beaucoup, broder représentera une première fois, et cette expérience à elle seule, assure Azzam, sera une source de plaisir inoubliable.
Artiste graphique diplômé de l’université de l’Alberta, au Canada, Salim Azzam avait été pressenti par le créateur Rabih Kayrouz pour une formation dans son incubateur, Starch. Les récits liés à son enfance à Bater, entre les animaux de ferme, les poules, les poussins, les chacals et les contes des grand-mères, se transforment en dessins qui à leur tour se posent sur des chemises et se brodent. La tradition du fil et de l’aiguille, du crochet et du point d’ombre et de la machine à coudre Singer qui trône dans chaque foyer du village souffle au jeune créateur l’idée de raviver, organiser, professionnaliser une activité et un savoir-faire inhérents aux femmes de Bater sans que celles-ci aient conscience de leur talent. Azzam, qui avait commencé sa vie professionnelle comme concepteur graphique dans une agence de publicité à Beyrouth, décide de revenir aux sources et de fonder une maison de mode collaborative, mettant ensemble sous un même toit ces femmes dont la tendresse et le sens de l’entraide n’ont d’égal que la patience, la poésie et l’imagination.
