Des élèves et anciens du Collège de Notre-Dame de Nazareth participant à un rassemblement le 19 septembre 2026 dans l'enceinte de l'école, dans le quartier d'Achrafieh, à Beyrouth. Photo Gabriel Blondel/L'Orient-Le Jour
« Nazareth n'a pas de prix ! ». Sous l'arche de la cour principale du Collège Notre-Dame de Nazareth, les appels à « préserver l'identité » de l'emblématique école d'Achrafieh à Beyrouth se succèdent au micro. « Cette école, c'est le lieu qui m'a transmis toutes mes valeurs. Elle n'est pas à vendre ! Je ne veux pas la voir disparaître », s'époumone une élève de Terminale. « NDN, notre ADN. (...) Une identité ne se cède pas. Elle se préserve », peut-on lire ici et là parmi les slogans inscrits sur les nombreuses banderoles préparées pour l'occasion.
Samedi, quelques jours seulement après la rentrée des classes, des centaines d'élèves, actuels et anciens, parents et professeurs se sont réunis dans l'enceinte de l'établissement pour clamer à l'unisson leur attachement à ce « patrimoine éducatif du Liban » vieux de 153 ans. Une mobilisation, notamment lancée à l'appel de l'Amicale des anciens de Nazareth, suscitée par les multiples craintes qui entourent la probable cession de cette vieille institution fondée en 1868 par la congrégation des Sœurs de Nazareth.
Car ce qui était né sous la forme de rumeurs serait en passe d'être révélé au grand jour : la congrégation fondatrice de cette école catholique devrait bientôt passer la main. « Si ce n’est plus la congrégation de Nazareth, alors ce n’est plus Nazareth : ce sera une autre école », affirme Nada Nassar Chaoul, professeure de droit à l'USJ et vice-présidente de l'amicale des anciens élèves. « Nous craignons qu'un changement de direction altère notre identité qui est fondée sur les valeurs chrétiennes, les vertus de charité et d’amour, le respect de l’autre, le vivre-ensemble, l’ouverture aux cultures du monde et, j’insiste sur cet autre élément dont nous sommes fiers, la francophonie », énumère-t-elle, sans pouvoir cerner quelle forme juridique prendrait l'éventuelle passation. « Bail à long ou à court terme, vente, cession, donation, fusion, changement de direction... nous n'en savons rien », ajoute-t-elle.
Reprise par les Pères Antonins ?
Le nom le plus cité parmi les potentiels repreneurs de Notre-Dame de Nazareth (NDN), qui accueille plus d'un millier d'élèves dans plus de 40 classes de la Petite section à la Terminale, est celui des Pères Antonins, un ordre maronite détenteur de plusieurs écoles à travers le Liban. En cause : la « baisse des vocations » au sein de la congrégation des Sœurs de Nazareth, dont le siège est installé en Italie et qui assure historiquement la tutelle de l’établissement, aux côtés d’un corps enseignant en grande partie laïc. Amal Khalil, professeure d’arabe littéraire aujourd’hui à la retraite, en a fait partie pendant 42 ans. « J’espère encore un miracle divin pour empêcher une cession. Nous aimerions pouvoir empêcher qu'une telle décision soit prise car Nazareth, c'est une famille. Ce serait un cauchemar de la voir disparaître », s'inquiète-t-elle.
Selon le règlement du Vatican, lorsqu'une congrégation religieuse manque de vocations — autrement dit lorsque le nombre de prêtres ou de sœurs devient inférieur à 25 — celle-ci est obligée de se jumeler à une autre institution. D'après une source proche du dossier jointe par L'Orient-Le Jour, la transition envisagée prendrait pour l'instant la forme d'un « jumelage ». « Le jumelage va se faire de toute façon. Il n'a juste pas encore été entériné par le Vatican », indique-t-elle. « Les craintes sont que cette nouvelle congrégation pourrait, en cas de cession, faire ce qu'elle veut de l'établissement : une école technique, une université ou autre chose... Ce que nous demandons, c'est que l'identité de Nazareth demeure », développe-t-elle.
Une autre source, au sein de la congrégation des Sœurs Antonines, dont le nom circule également parmi les potentiels repreneurs, a confirmé à L'OLJ qu'aucun projet de reprise de NDN ne concerne son organisation, mais bien celui de l'Ordre des Pères Antonins. Contacté, ce dernier n'a pas immédiatement répondu à nos sollicitations. L'actuelle directrice de l'établissement, la Sœur Magida Fheili, n'a pas souhaité s'exprimer publiquement.
Si un éventuel « changement de lieu » est également évoqué parmi les craintes les plus vives, et que les contours d'une éventuelle reprise restent flous, le profil du principal candidat permet néanmoins de nuancer certaines inquiétudes. Parmi la douzaine d'écoles qu'il détient au Liban, trois établissements de l'Ordre des Pères Antonins sont homologués par l’Éducation nationale française et appartiennent au réseau de l'Agence pour l'enseignement du français à l'étranger (AEFE), dont fait également partie NDN. « Nazareth est aussi à Beyrouth, rappelons-le, un lieu-phare de la francophonie, qui ne défend pas seulement une belle langue, mais constitue aussi un vecteur des droits de l'homme et des libertés auxquels nous sommes particulièrement attachés », insiste l'Amicale des anciens de NDN dans un communiqué. « Pour toutes ces raisons et tout en assurant de notre profond respect toutes les congrégations religieuses du Liban concernées par ce dossier, ensemble, nous proclamons aujourd'hui : Nazareth à Nazareth ! »

