Parce que le bureau du Parlement dominé par le 14 Mars a eu l'idée géniale d'interpréter l'article 49 de la Constitution et contre toute logique : exigeant le quorum des deux tiers, pas seulement pour le premier tour de vote – ce qui est déjà tout à fait contestable –, mais aussi pour tous les tours suivants ! Conséquence : le 14 ou le 8 Mars peuvent bloquer l'élection en faisant défaut de quorum !
Parce que, et sans rentrer dans les détails, les barons du 14 Mars ont eu l'idée géniale de rééditer l'erreur stratégique de 2005 : celle de jeter à nouveau un Michel Aoun au crépuscule de sa vie dans les bras du Hezbollah après lui avoir miroité leur appui. Un Hezbollah qui soutenait formellement du bout des lèvres la candidature de Michel Aoun pour ne pas perdre un allié inconditionnel, et qui, dans le même temps, se prêtait à toutes les acrobaties pour lui couper la route de la présidence !
Conséquence : Michel Aoun est à nouveau aujourd'hui complètement instrumentalisé par le Hezbollah !
J'irai même jusqu'à dire que Michel Aoun est aujourd'hui son seul et sérieux candidat. Le parti de Dieu pourrait alors se prévaloir de son alliance avec le « leader numéro un » des chrétiens du Liban devenu président et de l'appui du « Front de la résistance » au « roi des chrétiens d'Orient » menacés de génocide par les takfiris soutenus par l'Arabie saoudite wahhabite !
Parce que l'État libanais est en pleine déliquescence : vacance de la présidence, un Parlement légal mais illégitime incapable de légiférer et de contrôler le pouvoir exécutif, un gouvernement impotent et comateux, dans un environnement régional en déconfiture !
Parce que la majorité de la classe politique, sauf rare exception, propulse le Liban d'une façon ou d'une autre, dans la guerre destructrice qui fait rage au Moyen-Orient, sous prétexte que la stabilité du Liban dépend objectivement et inéluctablement de la stabilité de son environnement. Cette classe tantôt espère la victoire de son sponsor régional et tantôt croit naïvement à un quelconque compromis entre l'Iran et l'Arabie sur la question libanaise !
Parce ce que la folie meurtrière qui balaie la région est mue principalement par l'antagonisme entre le jihadisme chiite représenté par la République islamique d'Iran et le jihadisme sunnite représenté par el-Qaëda et ses apparentés. Ces deux jihadismes se nourrissent de leur guerre fratricide au détriment des États, de la modération et des minorités ethniques et religieuses.
Parce que cette folie meurtrière est une guerre de cent ans, favorisée par l'indolence de la communauté internationale et l'impotence d'un Occident assoupi !
Pour toutes ces raisons et bien d'autres, je suis convaincu que l'élection du président via le Parlement est impossible pour des années durant !
Or, ceci représente un grand danger pour l'existence même du Liban, car bientôt l'État serait démuni de ses institutions constitutionnelles et ne pourrait plus prendre aucune décision. Ce qui aurait des retombées catastrophiques sur l'économie du pays et notamment sur le névralgique secteur bancaire !
Il faut donc élire un président coûte que coûte pour régénérer le gouvernement et le Parlement !
Le seul moyen pour y arriver c'est d'élire le président par le suffrage universel.
Le 15 mai 2014, dix jours avant la fin du mandat du président Sleiman, j'avais proposé, sur ma page Facebook, d'élire le président chrétien au suffrage universel et bien avant la proposition du général Michel Aoun pour des motivations différentes. En voici la teneur :
1) On calcule le pourcentage des voix chrétiennes recueillies un candidat. On l'ajoute au pourcentage des voix musulmanes qu'il a obtenues. On ajoute les deux pourcentages et on les divise par deux. Ce nouveau pourcentage sera appelé le pourcentage pondéré.
2) Si un candidat obtient un pourcentage pondéré supérieur à 50 %, il sera élu au premier tour de scrutin. Sinon, les deux premiers se confronteront dans un second tour de scrutin. Celui qui obtiendra le plus haut pourcentage pondéré sera élu.
Cette méthode d'élection appelle les remarques suivantes :
1) Elle permet de dépasser le déséquilibre démographique entre chrétiens et musulmans en donnant un poids électoral égal aux deux communautés.
2) Elle permet d'élire immédiatement un président en éliminant le problème du quorum.
3) Elle élimine l'influence néfaste des conflits régionaux sur les élections du président du fait que cette influence s'exerce à travers les barons du pouvoir férus de sponsors étrangers. Du coup, élu directement par le peuple et libéré de l'influence néfaste de ces barons, le président pourrait exercer efficacement ses prérogatives d'arbitre et de régulateur constitutionnel et politique qui lui sont dévolues.
4) Elle ne transforme pas le système politique libanais en système présidentiel du fait que les prérogatives des trois présidents ainsi que celles du gouvernement et du Parlement restent inchangées.
5) Elle est en parfaite conformité avec la nature pluraliste de l'entité libanaise et les accords de Taëf (indépendance, souveraineté, convivialité et parité dans le partage du pouvoir entre chrétiens et musulmans en attendant la déconfessionnalisation...).
6) Elle exige un simple amendement procédural de la Constitution, celui de l'article 49.
La juste colère populaire de l'inanité de la majorité de la classe politique devrait commencer par là : arracher à cette classe politique le privilège d'élire le président, clé de voûte de la production du pouvoir étatique. Le peuple souverain devrait impérativement, exclusivement et directement avoir ce pouvoir en main !
Nos lecteurs ont la parole - Toufic Hindi
Pourquoi élire le président de la République au suffrage universel ?
OLJ / le 16 septembre 2015 à 01h17


Poutine estime que le conflit en Iran a détourné l'attention de Washington de l'Ukraine
Cher Toufic Hindi, Êtes-vous en Europe ou au Liban ? Si vous êtes en Europe, vous avez totalement raison mais si vous êtes au Liban vous avez totalement tort. Le Liban est un pays à régime confessionnel. Le Libanais chrétien est chrétien avant d'être libanais, le Libanais musulman est musulman avant d'être libanais. Je m'arrête là, la suite vous la connaissez !
18 h 01, le 16 septembre 2015