L’installation de plus de 500 000 compteurs est en jeu dans le différend qui oppose EDL à Bus. Photo : PiLens/Bigstock
Le torchon est à deux doigts de brûler entre Électricité du Liban (EDL) et Bus, l'une des trois sociétés – avec KVA et National Electricity Utility Company (Neuc) – chargées de gérer la distribution de courant et de mettre en œuvre l'installation de compteurs dits « intelligents » sur l'ensemble du territoire libanais. Le prestataire de service privé soupçonne en effet le fournisseur d'électricité de chercher à mettre son fournisseur de compteurs, la société égyptienne al-Sewedy, sur la touche en utilisant le prétexte de la conformité technique. Pour EDL, les compteurs ne seraient en effet « pas conformes au cahier des charges établi lors de la signature du partenariat signé en 2012 ».
Un an de retard
Ce n'est pas la première fois que les deux parties se renvoient la balle dans ce dossier censé régler les problèmes liés aux pertes non techniques – dont le vol de courant – et rationaliser la collecte des factures. Avec un budget de 350 millions de dollars, le projet d'installation de compteurs dits « intelligents » auprès de l'ensemble des 1,4 million d'abonnés du fournisseur d'électricité a été confié par ce dernier à trois prestataires de services privés. Son exécution accuse déjà plus d'un an de retard. Un contretemps en partie provoqué par l'impact des quatre mois de mobilisation des travailleurs journaliers d'EDL sur les finances du fournisseur d'électricité. En outre, ce dernier a souhaité procéder à une étude préliminaire et statuer sur l'éligibilité des fournisseurs de compteurs communicants proposés par chacun des trois prestataires de services, avant de donner son feu vert.
(Pour mémoire : Les « compteurs intelligents » se font toujours attendre )
Sur les deux candidats proposés par Neuc pour équiper le sud du Mont-Liban et le Liban-Sud, l'un a déjà reçu l'approbation d'EDL – l'espagnol ZIV –, alors que l'autre – le français Sagemcom - attend encore l'accord final de l'établissement public, a révélé une source à Neuc. L'un des deux fournisseurs proposés par KVA – prestataire pour la Békaa et Beyrouth – a également passé le test. Enfin Bus, qui gère le nord du Mont-Liban et le nord du Liban, ne possède de son côté qu'un unique candidat en lice, la société al-Sewedy. Ce prestataire dans le domaine des infrastructures de comptage avancé détient par ailleurs 10 % du capital de Bus, qui est possédé à 90 % par le groupe Butec, spécialiste transnational des services collectifs.Pour le fournisseur d'électricité, la source de son désaccord sur le choix du fournisseur proposé par Bus est purement technique et ne concerne que l'un des trois types de compteurs « intelligents » fournis par al-Sewedy. « EDL a donné son accord pour l'installation des compteurs communicants de type M3 et M4 », a ainsi indiqué la direction du fournisseur d'électricité dans un communiqué publié vendredi dernier. Les premiers sont conçus pour équiper les sous-stations de production d'électricité, ce qui représente un peu plus de 200 appareils qui doivent être fournis par al-Sewedy. Les seconds sont destinés à mesurer la consommation d'électricité au niveau des transformateurs de moyenne tension. Le lot du fournisseur égyptien concerne quelque 6 000 appareils de ce calibre.
Le différend entre EDL et Bus porte lui « sur les compteurs de type M5 » qui doivent être installés chez les quelque 500 000 abonnements gérés par Bus, poursuit le communiqué.
En parallèle, EDL reproche également à Bus de ne pas avoir procédé au remplacement des compteurs non conformes fournis par al-Sewedy sur les installations témoins afin d'effectuer une nouvelle batterie de tests dans les meilleurs délais. En tout, ce sont 930 compteurs sur 950 dont le fournisseur d'électricité affirme avoir réclamé le remplacement sans que Bus ne donne suite à cette demande.
(Pour mémoire : EDL : la Banque mondiale dénonce une facture considérable pour l'économie)
Tournure diplomatique
Un argument que rejette la direction de Bus, pour qui le matériel de son fournisseur ne souffre d'aucun défaut. « Il n'existe aujourd'hui aucun obstacle d'ordre technique pour le déploiement des compteurs d'al-Sewedy », se contente d'affirmer Fadi Abou Jaoudé, le directeur général de Bus, se référant au résultat d'une étude de conformité réalisée par les services d'Électricité de France (EDF) sur les compteurs litigieux que L'Orient-Le Jour a pu consulter. Menée entre le 4 et le 9 juin, cette dernière devait vérifier la réalité des griefs soulevés par EDL au sujet de la qualité des performances des compteurs fabriqués par al-Sewedy, notamment au niveau de la fiabilité des données de lecture enregistrées par ces derniers. Publié fin juin, le rapport d'expertise n'avait finalement relevé aucune anomalie concernant le fonctionnement des compteurs ou leur adéquation avec le réseau d'EDL. Mais le fournisseur d'électricité estime pour sa part ne pas être lié par le résultat de cette étude et reste accroché à la conformité des compteurs au cahier des charges qui le lie à Bus.
L'affaire a en tout cas déjà dépassé le simple cadre de ce partenariat pour prendre une tournure diplomatique inattendue. Dans son édition du 3 septembre, le quotidien an-Nahar a en effet révélé que le ministre égyptien de l'Industrie et du Commerce, Mounir Fakhri Abdel Nour, avait contacté le ministre libanais de l'Économie, Alain Hakim, afin de demander au gouvernement libanais de régler le différend opposant EDL d'un côté, Bus et al-Sewedy de l'autre. Contactés par L'Orient-Le Jour, M. Hakim et le ministère de l'Énergie – l'autorité de tutelle d'EDL - n'étaient pas disponibles pour confirmer cette information, non démentie à ce jour.
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ET LES CABLES TIRÉS DIRECTEMENT DES LIGNES DU COURANT ÉLECTRIQUE DE L'EDL DANS LES MOURABA3AT OU PERSONNE N'OSE S'AVENTURER... ET QUI CONSUMENT DE L'ÉLECTRICITÉ SANS PAYER DEPUIS DES DÉCENNIES ?
18 h 04, le 08 septembre 2015