Capables de transmettre directement leurs données au fournisseur, les compteurs communicants permettront d’endiguer les branchements illégaux au réseau électrique. Alpy7/Bigstock
La multiplication des pannes de courant ces dernières semaines a remis la problématique de la modernisation de la distribution électrique sur le devant de la scène. Si la cause principale de ces défaillances résulte, selon Électricité du Liban, d'avaries et d'incidents ponctuels, la surcharge structurelle du réseau comme les difficultés de l'opérateur à y remédier trouvent également leur source dans la multiplication des branchements illégaux.
« Les pertes non techniques, principalement dues aux vols de courant et aux erreurs de lecture, coûtent environ 400 millions de dollars par an à l'opérateur », explique à L'Orient-Le Jour le directeur général de Bus, Fadi Abou Jaoudé. À l'instar des prestataires de services privés KVA et New Electricity Utility Company, sa société a été mandatée en 2012 par EDL pour mettre en œuvre l'installation de compteurs dits « intelligents ».
Capable de transmettre directement ses données au fournisseur sans intervention humaine, ce type de compteur constitue ainsi un remède efficace contre ces fuites non techniques. Évalué à quelque 350 millions de dollars environ, dont un tiers pour la seule réhabilitation des tableaux électriques, ce projet prévoit le déploiement de ces compteurs auprès des quelque 1,4 million d'abonnés du réseau d'EDL. Les régions de Zahlé et de Jbeil, toutes deux gérées par des concessions, ne sont, elles, pas concernées.
(Pour mémoire : « Il faut libérer le secteur de l’électricité de l’hégémonie politique », clame Kabbani)
« Pression »
« Le lancement initial de ce projet était à l'origine programmé pour mars 2014 », affirme le directeur général de Bus, Fadi Abou Jaoudé, qui n'a toutefois, comme les autres prestataires, toujours pas reçu le feu vert d'EDL pour commencer le déploiement. Sollicité pour expliquer les raisons de ce retard, il ne souhaite pas s'exprimer publiquement sur le sujet « tant qu'EDL n'aura pas encore pris de décision sur ce dossier ». Une réserve qui s'explique sans doute par les récentes déclarations de la direction d'EDL, qui a demandé que les médias « ne soient pas utilisés pour faire pression sur l'établissement public dans l'espoir de précipiter le dénouement de ce projet ». Les deux autres prestataires de services n'étaient, eux, pas joignables pour répondre aux questions de L'Orient-Le Jour.
Dans un communiqué publié vendredi, EDL explique néanmoins que le retard pris par les prestataires dans l'installation des compteurs intelligents aurait deux raisons majeures. La première réside dans les différentes crises sociales qui ont perturbé l'activité de l'établissement public entre 2012 et 2014. Pour rappel, près de 1 900 journaliers avaient été reclassés en 2012 au sein des effectifs de Bus, KVA et Neuc. Ce reclassement dans le secteur privé, alors qu'ils réclamaient une titularisation, avait alors conduit la grande majorité d'entre eux à multiplier les actions jusqu'en décembre 2014 ; avec comme point d'orgue le blocage de son bâtiment central par ses travailleurs journaliers pendant quatre mois l'année dernière. Ce dernier épisode avait obligé EDL à suspendre la collecte des factures de courant auprès de ses abonnés, plongeant alors ses finances dans le rouge et poussant même les trois prestataires de services engagés à ses côtés à envisager de rompre leur contrat avec le fournisseur d'électricité avant qu'un accord ne soit trouvé pour le recouvrement des dettes de l'établissement public.
La seconde raison invoquée par la direction d'EDL dans son communiqué tient à « la nouveauté du procédé », qui nécessite « la réalisation d'une étude préliminaire approfondie » avant toute décision prise sur ce dossier. Elle rappelle en outre que cette technologie est nouvelle, « même pour les pays européens », pour justifier ses précautions. Une directive de la Commission européenne de 2009 programmait par exemple pour 2022 le déploiement de ces appareils dans 80 % des foyers de l'Union.
(Pour mémoire : EDL : la Banque mondiale dénonce une facture considérable pour l'économie)
Plusieurs fournisseurs
Malgré ces difficultés, EDL semble néanmoins déterminée à compléter le projet et statue désormais sur l'éligibilité des fournisseurs de compteurs communicants. Ces derniers ont été proposés, à sa demande, par chacun des trois prestataires de services. Si le nom des sociétés, la part de marché réservée à chacune d'entre elles ou les détails du cahier des charges sont encore confidentiels, la direction d'EDL a tout de même communiqué sur le stade d'avancement de l'examen des candidatures.
Ainsi, sur les deux fournisseurs proposés par la société KVA – qui gère le réseau à Beyrouth et dans la Bekaa –, un seul est encore en lice, l'autre ayant été recalé pour non-respect des exigences dictées par la loi de boycott d'Israël du 23 juin 1955 sur les matières civiles et commerciales, rapporte EDL. Le dossier du second serait actuellement à l'étude au ministère de l'Économie et du Commerce pour confirmer sa conformité sur ce point.
Même topo pour l'un des deux fournisseurs proposés par Neuc – qui s'occupe du Mont-Liban et du Liban-Sud – alors que la candidature du second a, elle, été jugée recevable. La société Bus – qui gère le réseau du nord du Mont-Liban et du Liban-Nord – n'a pour sa part proposé qu'un seul candidat, et l'on ignore s'il s'agit du groupe égyptien el-Sewedy Electrometer, qui possède 10 % du capital de Bus. Après un premier examen ayant révélé « certains problèmes techniques » pris en compte par ce candidat, EDL affirme qu'un nouveau contrôle de ses prestations est actuellement en cours. Résultat, aucune date de lancement du projet n'a été officiellement communiquée à l'heure actuelle, mais une source proche du dossier espère un dénouement avant la fin de l'année.
Lire aussi
Amélioration de la distribution du courant à Beyrouth et au Liban-Sud
Pourquoi le Liban est-il encore plongé dans l’obscurité ?
L’État investit dans un nouveau parc de panneaux solaires à Zahrani
Centrale de Jbeil : un premier pas vers la privatisation de l’électricité dans la région ?
« Les pertes non techniques, principalement dues aux vols de courant et aux erreurs de lecture, coûtent environ 400 millions de dollars par an à l'opérateur », explique à L'Orient-Le Jour le directeur général de Bus, Fadi Abou Jaoudé. À l'instar des prestataires de services privés KVA et New Electricity Utility Company, sa société a été mandatée en 2012 par EDL...


Ici ,à l olj on les attend aussi. L'obscurité nous étouffe.
15 h 13, le 18 août 2015