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Liban

À Riad el-Solh, les protestataires récidivent : « Nous voulons le changement »

mobilisation
03/09/2015

Il est inutile de faire le tour du monde à la recherche de « l'instigateur » présumé et de « la main invisible » qui guide le mouvement populaire qui a surgi, du jour au lendemain, au milieu d'une montagne d'ordures. Pointer un doigt accusateur en direction d'un État tiers « comploteur » serait ignorer ou occulter les motifs réels derrière cette réaction de masse dont la spontanéité n'est plus à démontrer. Le ras-le-bol provoqué par la crise des déchets à l'origine de la dynamique révolutionnaire dissimulait en réalité des crises autrement plus graves, plus anciennes. À leur tête, la corruption, le clientélisme, le dysfonctionnement des services publics, le blocage des institutions, mais aussi et surtout l'appauvrissement d'un peuple qui n'en peut plus de se voir humilié dans son quotidien le plus banal. Aux côtés des « têtes pensantes » – militants, intellectuels, universitaires – qui ont donné l'impulsion à cette mobilisation massive – le citoyen ordinaire, démuni, écœuré, fatigué, qui ne veut plus se taire. Ce sont eux qui constituent le ciment de ce « collectif frondeur », qui l'alimentent et continuent de le faire, maintenant qu'une brèche a été ouverte et qu'ils ont pu franchir les barbelés communautaires et politiques. À la place Riad el-Solh, ils ont invectivé une fois de plus l'équipe au pouvoir et son incapacité à assurer ne serait-ce les services les plus fondamentaux, tels que l'eau, l'électricité, les soins médicaux, dénonçant par la même occasion « l'héritage politique » au sein d'une « oligarchie aveugle aux besoins des gens ».

 

(Pour mémoire : "Nous voulons que la classe politique libanaise nous rende des comptes !")


« Pour manger, il faut une wasta (piston), pour se soigner, il faut une wasta, pour travailler, il faut une wasta, pour respirer, encore une wasta », scandent une cinquantaine de jeunes assis en tailleur, devant le double mur des barbelés érigés devant le Sérail, consolidé au lendemain des premières émeutes. Rassemblés à l'appel du groupe « Nous réclamons des comptes », certains d'entre eux affirment n'avoir pas raté un seul rendez-vous pour venir protester.
« Je réponds à chaque appel et je continuerai de le faire », assure Wissam, 39 ans, dont l'objectif ultime est « d'en finir avec la classe politique actuelle ». « Ils sont aveugles des yeux et du cœur », dit-il, en parlant des responsables politiques.
Évoquant les risques écologiques monstres dus à l'accumulation anarchique des déchets, Rabih Hanin, un ingénieur de 32 ans, affirme : « C'est une véritable opération de traîtrise qui est en train d'être commise sur la terre des générations à venir. »
« Moi je ne veux pas renverser le système en place. Je réclame tout simplement une loi électorale moderne et représentative pour permettre à une certaine élite de parvenir au Parlement », dit-il, soulignant qu'il faut désormais confier la gestion du pays aux personnes compétentes.
« Cela fait 9 jours que nous sommes là », raconte Mahmoud Obeid, 23 ans, installé avec ses amis dans une tente dressée sur les lieux. « Nous n'appartenons à aucun des groupes formant le collectif. Nous sommes des jeunes qui souffrent des nombreuses injustices. »
Jeune diplômé en marketing-publicité et en gestion, il se plaint de ne pas trouver un emploi. « L'État ne m'offre absolument rien. Je paie une double facture d'électricité et je n'ai pas de courant. Je paie l'eau et je ne la vois jamais couler dans les robinets. »

 

(Pour mémoire : Qui sont ces Libanais venus dénoncer l'incurie du gouvernement au cœur de Beyrouth?)


À tous ceux qui accusent les protestataires d'être « téléguidés » par des puissances étrangères, Rabih réplique sur un ton survolté : « Est-ce que le président Barack Obama a dicté à nos responsables l'épaisseur de l'asphalte sur nos axes routiers ? L'Iran a-t-il sommé Gebran Bassil de nous priver d'électricité et dans quel but ? »
Pour Carole, « la situation est devenue insupportable ». « Nous voulons des droits. Les enfants des responsables vivent dans le confort le plus total. Ils ont l'eau, l'électricité et tout ce qu'ils désirent. Nous, nous sommes privés du minimum. Nous ne pouvons même plus payer les frais administratifs pour accéder à l'Université libanaise », dit cette étudiante de 23 ans. « Ils ne veulent pas édifier un pays. Ils veulent simplement cueillir les avantages liés à leurs positions politiques », dit-elle en parlant des responsables politiques.
« Qu'ils cessent de nous galvaniser avec les slogans de la démocratie. Ce n'en est pas une. C'est un système fondé sur l'héritage politique », persiffle la jeune étudiante.
Layal dit aspirer à un système plus démocratique « plus représentatif des citoyens », sans nécessairement chambouler tout le système.
« Depuis la fin de la guerre libanaise, rien n'a changé. J'ai abdiqué de mes rêves depuis bien longtemps. Aujourd'hui, je suis là pour réclamer le strict minimum, pour pouvoir mener une vie décente », reprend Wissam qui croit que le système politique doit radicalement changer pour permettre l'alternance, car ceux qui sont actuellement au pouvoir « ne veulent plus rien entendre ». « Ils ne permettront à personne d'autre d'y accéder puisqu'ils ont verrouillé le système », ajoute-t-il.
« Ils nous ont usurpé nos voix. Ce Parlement de façade ne représente que les 30 % des électeurs. Il ne me représente pas », conclut Talal.

 

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FAKHOURI

Né en Afrique, j'avais 10 ans quand je faisais l'école buissonnière pour aller écouter le griot qui me racontait des contes fabuleux. De plus, il m'inculquait une certaine sagesse, par exemple : "l'homme est le remède de l'homme". je ne comprenais pas grand chose à ce genre de pensées.
Depuis, j'ai vécu des situations difficiles
Aujourd'hui, mon inquiétude se porte sur la situation au Liban, mon pays, mon petit pays mais si beau.
Je lis l'OLJ chaque jour. Et je constate que les libanais ne sont pas unis, ce qui profitent aux manipulations politiciennes et provoque une méfiance entre toutes les confessions. Le Liban est régi par les clans familiaux et les confessions. Libanais de toutes confessions, unissez vous. Sans union, le Liban va se désintégrer et profiter à une minorité qui nous manipule depuis longtemps. Le remède pour guérir le Liban ne peut être que l'union de tous les libanais, toutes confessions confondues. Nous chrétiens, nous chiites, nous sunnites, etc ne peut nous apporter que misère et destruction. Le Libanais a du génie et je suis sidéré de ne pas voir des libanais de haut niveau prendre la direction de notre pays. Nous trainons depuis des années des fossiles qui font semblant de nous gouverner.

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

LES GRIEFS CONTRE LA CLASSE POLITIQUE POURRIE PERSONNE NE LES IGNORE ET TOUS LES LIBANAIS SANS EXEPTION VEULENT LE CHANGEMENT... CE CHANGEMENT COMMENCE PAR LE PEUPLE ET PAR SON ALLEGEANCE TRIBALE... LÀ RÉSIDE LE VRAI MAL ! AUJOURD'HUI LE PAYS EST RÉGI PAR UN SYSTÈME CONFESSIONNEL... AGRÉÉ PAR TOUTES LES COMMUNAUTÉS... ET QUELQUES VOIX DE TÊTES CHAUDES... MANIPULÉES PAR LES TIREURS DE FICELLES... NE PEUVENT PAS RÉTABLIR LA CONFIANCE ET BANNIR LES MURS D'APPRÉHENSIONS QUI S'ÉLÈVENT... AU CONTRAIRE LEURS AGISSEMENTS MANIPULÉS PEUVENT ENGENDRER UNE GUERRE CIVILE TANT HAÏE PAR TOUS LES LIBANAIS. COMMECEZ PAR EXIGER L'ÉLECTION D'UN PÉSIDENT DE LA RÉPUBLIQUE SUIVI PAR UN NOUVEAU GOUVERNEMENT ET DES ÉLECTIONS LÉGISLATIVES... ET LÀ VOUS POUVEZ IMPOSER LE GRAND CHANGEMENT EN DÉNIANT VOS VOIX AUX MEMBRES DES TRIBUS POURRIES... QUE DE NOUVEAUX CANDIDATS SE PRÉSENTENT ET QUE LE PEUPLE S'Y PRONONCE... LIBANAIS... ÉMANCIPEZ-VOUS ET LÉGALEMENT ET DÉMOCRATIQUEMENT !!!

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