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Politique - Décryptage

Entre Amal et le Hezbollah, des conflits, mais l’unité avant tout


Dans ce climat de tensions extrêmes, Amal et le Hezbollah ne pouvaient pas rester à l’abri de la vague de divisions. Bien qu’elles forment depuis des années ce qu’on appelle « le tandem chiite », les deux formations font aujourd’hui de grands efforts, non pas pour cacher leurs dissensions mais pour les surmonter… ou, en tout cas, éviter de les laisser s’étendre.

Depuis la fameuse « guerre des frères » qui s’était déroulée principalement à Iqlim el-Touffah entre 1988 et 1990, les deux partis avaient conclu un accord, sous le parrainage de l’Iran et de la Syrie, pour rester unis et ne pas affaiblir l’ensemble de la communauté. Cet accord a tenu bon tout au long des années, renforcé par une sorte de partage des rôles non déclaré, Amal constituant la principale force chiite au sein de l’État et de ses institutions, alors que le Hezbollah se contentait d’une part plus réduite afin de pouvoir, selon l’accord, se concentrer sur la lutte armée. C’est d’ailleurs dans le cadre de cet accord que le Hezbollah a commencé petit à petit à s’impliquer un peu dans les rouages de l’État, se lançant dans les élections législatives pour se doter d’un bloc parlementaire à partir de 1992. À partir de 2005, après le retrait des troupes syriennes du Liban, le Hezbollah a commencé à réclamer des portefeuilles ministériels afin, selon ses propos, d’être présent au sein de l’exécutif, sans pour autant exiger des ministères importants.

Le partage des rôles entre les deux formations a donc fonctionné et, en dépit de certaines divergences et parfois d’options contradictoires, notamment au niveau des alliances électorales et même politiques, Amal et le Hezbollah ont continué à fonctionner en tandem, se présentant comme les défenseurs des droits de la communauté chiite. Même l’entente de Mar Mikhaël conclue le 6 février 2006 entre le Hezbollah et le Courant patriotique libre, qui aurait pu créer une division profonde avec Amal, n’a pas réussi à les diviser. Le CPL ne s’est d’ailleurs pas privé de reprocher au Hezbollah de ne pas l’avoir aidé à édifier l’État, parce qu’il ne voulait pas entrer en conflit avec Amal.

Mais depuis la dernière guerre dite de soutien avec Gaza puis avec l’Iran, lancée par le Hezbollah, la situation au niveau de la base a changé. Ce qui a commencé comme un développement provisoire, que la communauté pouvait surmonter, se prolonge depuis près de quatre ans, dans des circonstances très difficiles pour les habitants du Sud. Il ne s’agit plus d’un exode limité dans le temps, puisqu’en raison des destructions systématiques par les Israéliens des villages frontaliers, et même au-delà, il n’y a aucune perspective de solution dans un proche avenir.

Depuis quelque temps, les incidents se multiplient entre des partisans d’Amal et d’autres du Hezbollah. Il ne s’agit donc plus simplement d’une population mise à rude épreuve par des conditions de vie insupportables, mais bien d’un conflit entre les deux formations, à l'heure où le fossé entre elles s’approfondit. Il y a quelques jours, un incident s’est ainsi produit à Houmine (caza de Nabatiyé) entre des partisans d’Amal et d’autres du Hezbollah, qui n’a été circonscrit que grâce à l’intervention du commissariat du village et, ensuite, grâce à une décision de justice. Les partisans d’Amal avaient planté le drapeau de la formation sur un terrain appartenant à la commune. Les partisans du Hezbollah l’ont enlevé, mais ceux d’Amal l’ont remis. Ce qui a poussé les partisans du Hezbollah à planter à leur tour un drapeau iranien sur un terrain voisin, et le conflit aurait pu dégénérer en affrontement. Le commissariat est aussitôt intervenu, sollicitant une décision judiciaire de retirer tous les drapeaux de la région. De même, à Tyr, la protestation des habitants contre la fermeture des centres d’accueil des déplacés dans les écoles a failli dégénérer en affrontements. Selon de nombreux témoignages, les frictions entre les partisans des deux formations se multiplient, tantôt au sujet des déplacements des membres du Hezbollah et de leurs familles ou de l’installation d’une position de surveillance. Les sujets de conflit sont nombreux et souvent aiguisés par les conditions de vie difficiles des habitants. Désormais, les partisans d’Amal ne cachent plus leur rejet de la guerre.

Jusqu’à présent, les commandements des deux formations parviennent à contrôler la situation, laissant un petit espace de liberté pour que s’expriment les différentes positions, tout en veillant à ce qu’il n’y ait aucun débordement. Toutefois, la question qui se pose reste la suivante : jusqu’à quand pourront-ils continuer à le faire, dans un environnement populaire épuisé ?

Les milieux d’Amal et du Hezbollah sont catégoriques : en dépit des profondes divergences, il n’est pas question de laisser les partisans des deux formations se battre. Cette possibilité n’est même pas envisagée. Amal et le Hezbollah ont tiré les leçons du passé et se sont alors promis de ne plus jamais laisser les conflits prendre un tournant violent. D’ailleurs, selon ses proches, Nabih Berry veille personnellement à éviter ce scénario. La situation est certes très difficile, mais, pour lui, l’unité est la seule voie de salut pour l’ensemble de la communauté.

Dans ce climat de tensions extrêmes, Amal et le Hezbollah ne pouvaient pas rester à l’abri de la vague de divisions. Bien qu’elles forment depuis des années ce qu’on appelle « le tandem chiite », les deux formations font aujourd’hui de grands efforts, non pas pour cacher leurs dissensions mais pour les surmonter… ou, en tout cas, éviter de les laisser s’étendre.Depuis la fameuse « guerre des frères » qui s’était déroulée principalement à Iqlim el-Touffah entre 1988 et 1990, les deux partis avaient conclu un accord, sous le parrainage de l’Iran et de la Syrie, pour rester unis et ne pas affaiblir l’ensemble de la communauté. Cet accord a tenu bon tout au long des années, renforcé par une sorte de partage des rôles non déclaré, Amal constituant la principale force chiite au sein de l’État et de ses...
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