L’édito de Émilie SUEUR

Vertiges

L’édito
01/09/2015

Magnifique réveil citoyen que celui de ces dizaines de milliers de Libanais, samedi, place des Martyrs. Une place balayée par un tsunami de revendications portées à bout de pancartes. Une foule diverse et bigarrée, poussée dans la rue non pas par un parti ou une alliance politique, une fois n'est pas coutume, mais par les émanations de bennes vomissant leurs ordures. Une foule unie dans un ras-le-bol d'une classe politique jugée, comme un seul homme, incompétente et corrompue.

Beaucoup de revendications ont été lancées place des Martyrs samedi : de l'eau et de l'électricité, l'accès à la santé, l'élection de députés et d'un président, des emplois, un avenir, la résolution de la crise des déchets, la fin du confessionnalisme politique, la démission d'un ministre, de deux, voire de tous... Finalement, derrière ce flot de demandes, il y avait une même exigence : le respect, la reconnaissance, par le pouvoir et ses affidés, des droits des citoyens.

À ce sursaut citoyen, la classe politique, dans une rare unanimité, a répondu en prenant la tangente.

Il y a ceux qui font leur mea culpa, tout en prenant bien soin de n'avancer aucune piste pour une sortie de crise. Pourquoi s'exposer ?

Ceux qui renvoient la faute sur les autres : l'exécutif est à l'origine de la crise, dit un député autoprorogé. Tout est la faute du Parlement, rétorque un ministre, responsable devant la Chambre.

Ceux qui brandissent leur CV, estimant que leurs quelques mois seulement passés au sein du cabinet les exemptent de toute responsabilité.

Ceux qui sont convaincus de ne pas être visés par la colère citoyenne, parce qu'ils partagent avec les manifestants une de leurs revendications.

Ceux qui, se posant en « véritables réformateurs », accusent le collectif de la société civile « Vous puez ! » de les avoir spoliés de leurs idées.

Ceux qui font le tri et ne retiennent des requêtes des manifestants que celles qui les arrangent.

Ceux qui appellent les manifestants à avoir des demandes « claires et réalistes », quand ils sont incapables, eux-mêmes, de proposer une politique répondant aux mêmes critères.

Ceux, enfin, qui pensent s'en sortir en dégainant leur arme fatale pour gagner du temps et noyer le poisson : le dialogue.

Seule mesure concrète prise lundi : le ministre de l'Environnement Mohammad Machnouk, principal concerné par la crise des déchets, a décidé de se retirer de la commission ministérielle chargée dudit dossier. Il n'a néanmoins pas démissionné de son poste au gouvernement.

Il va en falloir du souffle, aux citoyens indignés, pour rester mobilisés jusqu'à ce que la classe politique se hisse à leur hauteur.


 

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LA CONSTITUTION DIT LE PRESIDENT EST ELU A LA MAJORITE DE LA CHAMBRE CAD AVEC 61 VOIX
rien ne dit qu'il faut un quorum pour cette election
ALLEZ M BERRY , SOYEZ A LA HAUTEUR CONVOQUEZ LA CHAMBRE ET DITES QUE LE PRESIDENT EST ELU AVEC 61 VOIX ET VOYONS QUI VIENDRA OU NE VIENDRA PAS

ANTOINE-SERGE KARAMAOUN

"Il va en falloir du souffle pour rester mobilisés jusqu'à ce que la classe politique se hisse à bonne hauteur." ! Non, pas du "souffle" mais des "dents".... comme pour les "poules" !

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

UN BON ARTICLE ! IL SEMBLE QUE LES INFILTRÉS TROUBLIONS... PROVOCATEURS ET SUBVERSIFS... ONT RÉUSSI LES DEUX PREMIERS JOURS À DÉVIER LES CHOSES... ESPÉRONS NE PLUS VOIR DES PANCARTES AVEC DES SLOGANS PARTISANS D'AUCUN BLOC OU PARTI ! JE PARTAGE AUSSI L'AVIS ROTARIOTE...

Pierre Hadjigeorgiou

En effet les citoyens se doivent d'etre très patients et surtout vigilants pour que leur revendications ne soient pas utilise par certaines parties pour foutre le pays en l'air. Avoir des revendications citoyennes, c'est bien mais ne veulent pas dire changer de régime mais faire respecter les lois et la constitution pour en arriver a recevoir les services et traitements qu'en tant que citoyens nous méritons. Une chose est sur, promis, juré, les députés actuels ne seront pas sur mon bulletin de vote prochain... Que cela servent de leçon a tous les futurs candidats!!!

Dounia Mansour Abdelnour

Il y a ceux qui veulent exploiter et récupérer ce ras-le-bol populaire légitime pour imposer leurs décisions d'intérêts personnels tel le CPL qui combat tous les jours le népotisme au profit de la méritocratie, ainsi Iznogoud-Aoun a imposé son gendre aux dépens de son neveu Alain Aoun en le désignant son successeur. Idem pour les nominations des cadres de l'armée. Et le comble c'est que des gendres au neveu, on reste toujours en famille. Et ce parti a le culot de se faire passer pour le chantre du changement et de la réforme.

Rotary Beyrouth

Chère Mme Sueur,

Je pense que vous auriez dû intituler votre excellent article "Nausées"...

Halim Abou Chacra

Le plus "joli" dans ces "Vertiges" ce sont, par ordre croissant d'importance :
1-Ceux qui disent : mais nous, nous n'avons pas encore eu le temps de "puer". Alors, zut, laissez-nous le temps nécessaire pour cela !
2-Ceux qui -avec grande colère, comme d'habitude- vocifèrent à l'adresse du collectif "Vous Puez !" : vous nous avez volé ce terme. Il est enregistré en tant que notre exclusivité contre le pouvoir (dans lequel ils sont plongés et puent, eux aussi, depuis bieeen longtemps). Allez comprendre, les étrangers qui vivez à Beyrouth au milieu des ordures !

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