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"J'ai fui la mort dans mon pays pour la retrouver en mer"

reportage

Les témoignages poignants de rescapés du naufrage d'un bateau au large de Zouara.

OLJ/AFP
28/08/2015

Shefaz Hamza a passé neuf heures sur un morceau de bois au large des côtes libyennes après le naufrage jeudi du bateau sur lequel lui et des dizaines de migrants s'étaient entassés. Sa mère et sa petite sœur ont, elles, sombré sous ses yeux.

La mère et la sœur de ce jeune pakistanais de 17 ans font partie des 76 personnes qui ont péri au large de Zouara (160 km à l'ouest de Tripoli), comme l'a indiqué à l'AFP Mohamad al-Misrati, porte-parole du Croissant-Rouge Libyen (CRL). Si 198 personnes ont été secourues, des dizaines d'autres sont toujours portées disparues, selon M. Misrati.

Le Croissant-Rouge libyen et les responsables sur place ne savent pas encore combien de migrants s'étaient massés sur l'embarcation dans l'espoir de rejoindre les côtes italiennes. Un responsable des gardes-côtes à Zouara a estimé leur nombre à entre 300 et 400.


"Nous sommes partis vers 01h30 (jeudi) matin à bord d'une barque en bois. Nous étions environ 350, dont mon père et ma mère, ma petite sœur (11 ans), ma grande sœur (27 ans) et mon frère (16 ans)", explique Shefaz, assis à même le sol, blotti contre son frère, dans un commissariat près de Zouara où ont été rassemblés des rescapés. "Une heure et demi après notre départ, l'embarcation a commencé à tanguer, avant de se remplir d'eau", poursuit l'adolescent, la main sur le front et la tête penchée. "Nous nous sommes retrouvés dans l'eau. Le bateau s'est complètement disloqué et ma mère et moi nous sommes agrippés à un des bouts de bois. J'ai pu voir, du coin de l’œil, que mon frère et ma petite sœur n'étaient pas loin".

Shefaz continue son récit. "J'ai vu mon frère éloigner un homme d'un coup de pied parce qu'il essayait de lui arracher son gilet de sauvetage. Quant à ma petite sœur, la dernière fois que je l'ai aperçue, une personne tentait de s'accrocher à ses épaules, la poussant vers le bas, avant qu'elle ne disparaisse sous l'eau".

 

(Lire aussi : Des dizaines de migrants morts en Autriche et en Libye : "Qui va arrêter cette folie?")

 

"Morte dans mes bras"
"Nous avons passé neuf heures dans l'eau, ma mère et moi, accrochés à un morceau de bois. Je n'ai pas cessé de lui dire que tout allait s'arranger mais elle n'a pas tenu le coup et a coulé à peine un quart d'heure avant que les secours n'arrivent", dit-il. "Elle est morte dans mes bras. J'ai demandé à un secouriste de me permettre de prendre son corps avec moi mais il a refusé. Ma mère est morte. Ma petite sœur est morte". Plus tard, Shefaz découvrira que son père et sa grande sœur ont survécu.


Sami est un autre rescapé de Zouara. Ce Syrien de 25 ans originaire de Lattaquié, était arrivé il y quatre mois en Libye via l'Algérie, où il a travaillé pendant trois ans. "A bout de force, trois de mes amis sont morts sous mes yeux", raconte le jeune homme, au bord des larmes. "Cela fait trois ans que je n'ai pas revu les membres de ma famille, depuis qu'ils se sont réfugiés aux Pays-Bas", ajoute-t-il. "Je suis monté dans cette barque avec l'espoir de les revoir après que ma demande de regroupement familial a été rejetée. J'ai fui la mort dans mon pays pour la retrouver en mer". Les larmes se mettent alors à couler. "Pourquoi moi je meurs en mer quand d'autres sont tranquillement assis chez eux ?".


La Libye et ses 1.770 km de côtes ne sont qu'à un peu plus de 300 km de l'île italienne de Lampedusa, que des centaines de migrants venus d'Afrique, de Syrie ou d'autres zones de conflit tentent chaque semaine d'atteindre. Les départs, que les passeurs font payer des milliers de dollars, se sont intensifiés depuis la chute en 2011 du régime de Mouammar Kadhafi, à la suite de laquelle le pays a plongé le chaos.

Depuis janvier, plus de 300.000 réfugiés et migrants ont traversé la Méditerranée et plus de 2.500 personnes sont mortes en mer en tentant de rallier l'Europe, selon le Haut-commissariat de l'Onu pour les réfugiés (HCR).

 

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