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Moyen Orient et Monde

La crise des migrants « pourrait faire perdre son âme » à l’Union européenne

Focus

Des milliers de personnes avancent vers l'UE par la Macédoine et la Serbie, et, en attendant une alternative, certains États édifient des murs et fortifient leurs frontières pour contrer l'afflux de clandestins sur leurs territoires.

OLJ
24/08/2015

Des milliers de migrants, notamment des réfugiés syriens, traversaient hier la Macédoine et la Serbie en direction de l'Europe occidentale. Selon le ministre italien des Affaires étrangères, Paolo Gentiloni, qui s'alarme d'une possible remise en question des accords de Schengen, cette crise risque de faire perdre son « âme » à l'Union européenne.
Après avoir été retenues pendant plusieurs jours à la frontière gréco-macédonienne, plus de 6 000 personnes, selon les chiffres de la Croix-Rouge locale, sont parvenues depuis samedi dans le sud de la Serbie. Dans le village de Miratovac, à la frontière serbo-macédonienne, ces migrants sont pris en charge par les autorités locales et des équipes du Haut-Commissariat
des Nations unies pour les réfugiés (HCR). Dans un campement composé de huit grandes tentes, on leur distribue des vivres. Ils sont épuisés et beaucoup d'entre eux demandent des soins médicaux. Il y a de nombreux enfants et des femmes enceintes. Ils sont ensuite transférés par autobus dans la ville voisine de Presevo à 20 km de la frontière où ils se voient délivrer les documents leur permettant de poursuivre leur périple vers Belgrade et le nord de la Serbie, frontaliers de la Hongrie, pays membre de l'UE. « Nous avons travaillé toute la nuit pour les accueillir. Et ils continuent à affluer » en provenance de Gevgelija, dans le sud de la Macédoine, a déclaré Amet Alimi, un responsable de la Croix-Rouge à Presevo.
Hier, un autre millier de personnes attendaient le départ des trains qui les conduiront vers la Serbie. Certains négociaient avec les chauffeurs de taxi les prix pour faire ce trajet d'environ 180 kilomètres. « C'était la folie toute la nuit, des gens partout, des autobus qui arrivaient et repartaient, des taxis affluaient des autres villes », a raconté Milan, un chauffeur de taxi. Dans la matinée, quelque 500 personnes, selon la police grecque, ont traversé sans entrave la frontière gréco-macédonienne en passant par un no man's land entre le village grec de Idomeni et Gevgelija, là où plusieurs milliers de personnes avaient été retenues entre jeudi et samedi. Quelque 400 autres attendaient en milieu de journée la permission de la police macédonienne pour passer. Le Syrien Mohammad Rostom est passé par l'Irak et a traversé la Turquie avec son épouse et leurs trois enfants, avant d'arriver en Grèce. Il dit avoir payé 4 000 euros aux passeurs pour amener sa famille en bateau en Grèce. « Trois personnes sont mortes sur ce trajet vers la Grèce. Je veux aller en Allemagne pour travailler. Je veux être en sécurité et vivre comme un être humain, c'est pour ça que j'ai choisi l'Europe », dit-il.
Le gouvernement macédonien a décrété la semaine dernière l'état d'urgence et dépêché dans cette zone frontalière des forces de police et de l'armée pour contenir le flux de migrants. Le passage avait été interdit pendant 24 heures, avant une reprise au compte-gouttes qui a provoqué des tensions. Le gouvernement macédonien, qui a accusé les autorités grecques de diriger de façon organisée les migrants vers la Macédoine, affirme que l'état d'urgence continue à être en vigueur. Samedi, un millier de migrants ont débordé le cordon policier et ont pénétré en Macédoine. Peu après, la police a décidé de laisser passer tous les migrants. Avant le passage de cette dernière vague, les autorités macédoniennes ont enregistré l'entrée dans le pays depuis le 19 juin de 42 000 migrants, dont plus de 7 000 enfants.

L'UE en crise
Sur une autre voie de migration vers l'Europe, quelque 4 400 personnes ont été secourues le week-end en mer Méditerranée dans une vaste opération coordonnée des garde-côtes italiens, alors que trois nouvelles opérations étaient lancées hier. Le chef de la diplomatie italienne, Paolo Gentiloni, s'est dit inquiet de cette aggravation de la crise migratoire et a déclaré que l'Europe risquait de montrer « le pire d'elle-même » en matière d'immigration. « Ce qui est en danger est l'un des piliers fondamentaux de l'Union européenne : la libre circulation des personnes, a insisté Paolo Gentiloni. De la côte sicilienne à Kos, de la Macédoine à la Hongrie et Calais, les tensions montent, et, au fil du temps, pourraient remettre Schengen en question. » « Aujourd'hui, c'est sur cette question (de l'immigration) que l'Europe soit redécouvrira son âme, soit la perdra pour de bon », a-t-il asséné, dans une interview publiée hier par le quotidien romain Il Messaggero. De fait, il a exhorté les partenaires européens à commencer à travailler sur une solution commune à la crise. Hier, le vice-chancelier allemand, Sigmar Gabriel, et le ministre des Affaires étrangères, Frank-Walter Steinmeier, ont appelé à une politique du droit d'asile dans l'UE unifiée et renforcée, ainsi qu'une juste répartition des réfugiés entre les pays.

Des murs comme solution ?
En attendant, la Hongrie est en train de construire une clôture de quatre mètres de haut et de 175 km de long, à sa frontière avec la Serbie, pour empêcher les migrants de passer sur son sol. En parallèle, trois autres pays – le Kenya, l'Arabie saoudite et la Turquie – fortifient leurs frontières pour empêcher les infiltrations de jihadistes venant de pays voisins, la Somalie, l'Irak et la Syrie. Bien qu'ils constituent des symboles agressifs, leur efficacité est toute relative, estiment des spécialistes. « La seule chose que tous ces murs ont en commun, c'est qu'ils constituent surtout des décors de théâtre, assure Marcello Di Cintio, auteur du livre Murs, voyage le long des barricades. Ils fournissent une illusion de sécurité, pas une vraie sécurité. »
En fait, les murs ne changent rien aux causes profondes de l'insécurité ou de l'immigration : l'érection de toutes ces barricades n'a en rien enrayé la hausse des demandes d'asile ou des attaques terroristes. Elle a simplement conduit les groupes à s'y adapter. Selon Reece Jones, auteur de l'ouvrage Murs frontières : sécurité et guerre au terrorisme aux États-Unis, en Inde et en Israël, ils ne sont efficaces que contre les plus pauvres et les plus désespérés. « La fermeture des frontières ne fait que déplacer le problème, conduisant les migrants à travers de terribles déserts ou sur des bateaux de fortune en Méditerranée. Cela ne fait qu'augmenter le nombre des victimes », dit-il.
(Source : AFP)

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