L’édito de Émilie SUEUR

Le jour du dépassement

L’édito
17/08/2015

Ça commence par une angoisse diffuse. Une angoisse qui se réveille, comme un réflexe pavlovien, courant juillet. Qui monte avec le mercure. Qui prend corps quand l'oreille perçoit, un soir en rentrant du boulot, le bourdonnement strident d'une pompe, quelque part dans le quartier. Une angoisse qui se concrétise totalement quand des entrailles du chauffe-eau sort, pendant que l'on se brosse les dents, un sinistre glouglou. Le sinistre glouglou qui dit qu'il n'y plus d'eau. Le sinistre glouglou qui signifie que le rationnement sauvage a commencé. Qu'une fois, deux fois par semaine, il va falloir appeler Monsieur Jean, lui commander de l'eau et attendre, une, deux ou trois heures, que le camion arrive pour remplir la citerne, désespérément vide sur le toit, d'une eau sale puisée on ne sait où. En espérant que le camion n'arrive pas pendant une coupure d'électricité. Car sans électricité, pas d'interphone et le risque que les hommes de M. Jean rebroussent chemin.
L'angoisse laisse alors place à la colère, au dégoût et à une extrême lassitude.
Colère, car, chaque année, c'est le même cauchemar qui recommence. Dégoût, car ce rationnement d'eau vient s'ajouter à celui en électricité et à l'amoncellement des ordures dans les rues. Grosse lassitude car face à cette situation, les responsables sont démissionnaires.
Jeudi dernier, en expliquant que l'humanité avait atteint le « jour du dépassement », Mathis Wackernagel, président de l'ONG Global Footprint Network, avait posé une question qui résonne comme un écho au sinistre glouglou du chauffe-eau.
Le jour du dépassement, calculé par Global Footprint Network, marque le moment de l'année où l'humanité commence à vivre à crédit. Cette année, l'humanité a consommé en sept mois et 13 jours la totalité des ressources naturelles que la planète est en mesure de renouveler en un an. Un phénomène qui a débuté en 1970 et ne cesse de s'aggraver depuis.
Pour enrayer la course vers l'abîme, Global Footprint Network préconise de réduire les émissions de CO2 et de revoir les principes sur lesquels repose le développement mondial. « Mais en fin de compte, soulignait Mathis Wackernagel, la question est : ce problème a-t-il de l'importance aux yeux des gouvernements? »
Le problème de l'approvisionnement en eau a-t-il vraiment une importance aux yeux du gouvernement libanais ? Le problème de l'approvisionnement en électricité interpelle-t-il vraiment les responsables de ce pays ? Le problème de la gestion des déchets ménagers intéresse-t-il vraiment nos dirigeants ? Le problème du développement, en général, du pays résonne-t-il vraiment, quelque part, dans les couloirs du Sérail, de Baabda ou du Parlement ?
À l'aune des Conseils des ministres, la réponse semble claire.
Non, car, trop occupés qu'ils sont au partage du gâteau, les dirigeants libanais laissent filer des prêts pour le renforcement et le développement des infrastructures du pays. Non, car, trop occupés à faire du populisme, nos dirigeants n'ont plus de temps pour la politique. Non, car, trop occupés par la défense d'intérêts très particuliers, ces dirigeants, chaque jour, s'essuient les pieds sur l'intérêt général, dans une république où la chose publique est rongée par le privé.
À quand, au Liban, un « jour du dépassement » du seuil de tolérance des administrés pour leurs dirigeants ?

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FAKHOURI

C'est un bilan de la gestion désastreuse de notre pays
C'est un bilan sinistre
Nos politiques nommés ministres ne soutiennent pas Salamm; le PM se débat desesperement dans un pays laissé à l'abandon intentionnellement maintenu par une milice au service des ayatollah
Le blocage de l'élection présidentielle est une catastrophe en soi, le Hezbollah et son vassal à Rabieh en sont les principaux acteurs
Un si petit pays qui est empêchée de se gérer, de vivre selon ses traditions et ses coutumes est à mes yeux un crime contre l'humanité.
Mais si nous avions un espoir de surpasser ces difficultés ... hélas, non;
Chaque semaine un événement nouveau, négatif, empêche le gouvernement intérimaire de trouver une solution viable.
Quand HN, au lieu de nous suriner ses discours hebdomadaires, creux, voudra-t-il réaliser qu'il ruine son pays pour servir un pays étranger qui n'en a rien à faire du Liban. La résistance et le combat contre Israel, c'est un mythe toujours évoqué par HN pour justifier l'existence de sa force armée qui est partie combattre en Syrie, sur ordre ... et pendant ce temps, le problème palestinien n'est pas solutionné laissant Israel continuer impunément poursuivre une politique de facho..., avec une bombe à retardement qu'est Gaza... les problèmes du Liban pas résolus !
Aider l'Iran à semer le chaos dans la région est inacceptable.

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