L'annonce de son décès est tombée comme un couperet. La faucheuse est aveugle quand elle arrive et ne sait distinguer les gens ordinaires, le commun des mortels, des hommes justes et bons. Lui était un homme « juste » et « bon », et c'était injuste de le prendre ; sa bonté était même « inhumaine ». C'était un géant trempé de culture, avec un cœur d'enfant pétri d'amour.
Il était juste et bon à l'image du Seigneur que tout chrétien conscient de l'être est appelé à répandre. Malheureusement, ce n'est pas toujours le cas. Et c'est ce qui fait la spécificité de Pharès Zoghbi et sa différence. L'homme s'est proclamé chrétien et croyant. Ça va de pair allez-vous me dire, n'est-ce pas ?
Mais combien de chrétiens croient-ils vraiment à l'enseignement du Christ ? Et combien de croyants sont-ils vraiment pratiquants ? Voilà ce que Pharès Zoghbi a su conjuguer. Sans toutefois basculer dans le fanatisme. Bien le contraire. Son ouverture d'esprit et son sens du dialogue ne lui ont valu que des amis. On aurait pu croire que son érudition eut pu empiéter sur sa foi. Nullement. Manifestement, ça ne faisait que la renforcer.
Sa bibliothèque privée colossale, qui rivalise avec les bibliothèques académiques, occupait le plus clair de son temps et ne cesse d'envahir l'espace de sa demeure. Il vivait avec ses livres et ses livres vivaient avec lui. C'était son univers et ses compagnons de vie. Avec eux, il ne pouvait guère s'ennuyer. Il les a glanés un à un et en a fait sa passion. En fait, il avait deux passions : les livres et les hommes. Il s'est intéressé à l'homme dans toutes ses dimensions : politique, économique, sociale, culturelle...et à ses rapports avec son entourage et ses semblables...
Il entretenait méticuleusement ses rayons de livres, qui, mutuellement, l'entretenaient en retour, de ces sujets humains où il puisait sa nourriture spirituelle. D'ailleurs, une distinction officielle (entre autres) lui fut décernée de la république française pour mettre en exergue son attachement aux valeurs humaines véhiculées par la culture et la littérature françaises qu'il s'acharnait à faire rayonner ;
et qu'il enrichit à son tour de ses propres ouvrages qu'ils soient autobiographiques, de réflexion politico-sociale ou autres.
Cette érudition, loin de l'isoler dans sa tour d'ivoire, le propulsait pratiquement vers la philanthropie et le mécénat. Le mécénat pour sa quête du beau ; et la philanthropie pour sa bonté toute naturelle. Et là, tous les fils de notre cher village pourront témoigner à l'unanimité et sans ambages de ses élans de générosité qui venaient du cœur et qui touchaient profondément...Sans souci d'ostentation et en toute discrétion.
« Maître Pharès », pour les intimes, symbolise la courtoisie et le don de soi. C'était le guide, l'arbitre et la référence. Le médiateur incontournable et le conciliateur vénérable. C'était le conseiller du roi et l'ami du peuple. Désormais ta jovialité et ton affabilité resteront gravées dans les esprits de ceux qui t'ont connu, sans jamais s'estomper.
Aujourd'hui, tes amis et tout le village sont en pleurs !
Kornet Chehwane vient de perdre son doyen et son parrain.
Mais on entendra encore et toujours résonner du « café du Centre », lors de tes parties de cartes, tes quintes de rire et de bonne humeur mélangées à la convivialité de ce village et au brouhaha des enfants – que nous étions – qui jouaient sur le parvis de l'église, juste à côté.
Nos lecteurs ont la parole - Rony Gebara
Pharès Zoghbi, « amour de la culture et culture de l’amour »
OLJ / le 14 août 2015 à 00h00


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