Une dynamique internationale, menée conjointement par Moscou et Washington, tente actuellement de convaincre l'Arabie saoudite et les pays du Golfe de concéder à Téhéran, à la suite de l'accord sur le nucléaire, un droit de regard sur les affaires régionales. Or Riyad refuse pour l'instant d'ouvrir la voie au rapprochement avec l'Iran souhaité par les États-Unis, de peur que Téhéran ne profite de la manœuvre pour augmenter son contrôle sur le monde arabe, à travers, notamment, sa contribution à une solution à la crise syrienne.
Il n'en reste pas moins que le compte à rebours pour le règlement des crises régionales, quel que soit le temps qu'il prendra, a commencé, après la signature de l'accord sur le nucléaire iranien. Le dossier de l'échéance présidentielle est l'un des premiers à être directement affecté par l'entrée dans cette nouvelle phase, éminemment politique. Selon un diplomate accrédité au Liban, la quête du candidat consensuel a commencé, après le crépuscule de la candidature des chefs maronites. C'est dans ce contexte – visant à sortir une fois pour toutes Michel Aoun de la course et à ouvrir la voie à un candidat consensuel – qu'il convient de replacer les derniers propos du président de la Chambre, Nabih Berry, relatifs au chef du Courant patriotique libre, ainsi que les déclarations, concernant la présidentielle, du patriarche maronite, Mgr Béchara Raï, du Premier ministre Tammam Salam, mais aussi de l'ambassadeur des États-Unis, David Hale.
En affirmant qu'il ne voterait pas pour M. Aoun parce que ce dernier remet en question la légalité de la Chambre, M. Berry a dit tout haut ce que d'autres refusent encore d'admettre. Mais le camp aouniste refuse d'y voir une position fixe et considère qu'il ne s'agit que d'une volonté du chef du législatif de marquer des points. Si bien que le député Nabil Nicolas, hier, a dû édulcorer la position de son chef, à partir de Aïn el-Tiné.
Selon un diplomate arabe basé à Paris, il est question de résoudre le nœud gordien de la présidentielle dans les prochains mois, sur base d'une liste de candidats qui circule dans les capitales de décision, formée de trois noms. Et pour cause : le Liban n'est plus capable de supporter davantage de vacance. Les répercussions sont trop massives et le risque est grand d'une explosion intérieure à tous les points de vue si le pourrissement institutionnel se poursuit.
De son côté, un diplomate accrédité au Liban estime que selon la cinquième clause de la déclaration d'intentions entre le CPL et les Forces libanaises, qui évoque les qualités que devrait posséder le nouveau président de la République, ni Michel Aoun ni Samir Geagea ne sont plus des candidats viables à présent, dans la mesure où ils ne sont guère « rassurants pour certaines composantes de la population », respectivement les communautés sunnite et chiite du pays.
Ce climat d'optimisme est toutefois contrebalancé par un leader nordiste, selon qui la présidentielle n'est pas prête d'être débloquée, puisque ce dossier est inextricablement lié à la crise syrienne, et que certaines parties régionales, soucieuses de préserver leur suprématie dans le pays, refusent de dissocier le dossier syrien du dossier libanais. Tant pour Riyad que pour Téhéran, le Liban est une arène de luttes d'influence, mais aussi et surtout une carte maîtresse dans les négociations régionales à venir. Riyad veut continuer à faire du containment à Téhéran au Liban, point d'ancrage stratégique pour l'Iran par le biais du Hezbollah. C'est justement l'une des raisons pour laquelle l'Arabie veut barrer la route à une participation de l'Iran à la solution en Syrie. Selon une source parlementaire, Téhéran se réjouit du pourrissement politico-institutionnel accéléré au Liban, du maintien du vide présidentiel et de la situation de précarité au plan de la sécurité. L'objectif iranien serait de convaincre Barack Obama de lui donner carte blanche au Liban comme Georges H. W. Bush avait autrefois livré le pays en pâture à la Syrie de Hafez el-Assad. Téhéran remplirait aussitôt le rôle de gendarme régional pour les États-Unis, comme l'avait fait Assad père après la fin de la guerre.
Quoi qu'il en soit, le dossier de la présidentielle devrait revenir sur le devant de la scène dans les prochains jours, avec l'arrivée notamment du nouvel ambassadeur de France, Emmanuel Bonne, d'autant que Paris joue un rôle crucial dans les tentatives de débloquer l'échéance avec Téhéran. M. Bonne devrait d'ailleurs prendre en charge ce dossier, après la nomination de l'émissaire français Jean-François Girault, qui en était responsable, au poste d'ambassadeur de France au Maroc.
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Un "léger" vent, mais vraiment très, très léger !
07 h 55, le 07 août 2015